L’Algérie ne lâche pas

L’Algérie ne lâche pas – Justice, fonds détournés, Bouteflika, Issaba,

Intervenant sur le plateau de la télévision privée, Echorouk TV, le directeur les affaires judiciaires et juridiques au ministère de la Justice a indiqué vendredi qu’il a été procédé à l’émission de 150 commissions rogatoires internationales dans le cadre les affaires de corruption traitées au niveau de différentes juridictions. Le but de cette procédure judiciaire est de récupérer l’argent détourné durant le règne de Bouteflika et la « Issaba » et placés dans les banques à l’étranger. Selon le même responsable, plusieurs pays ont déjà répondu favorablement à la requête. Lotfi Boudjemaâ n’a donné aucune indication, ni sur les pays concernés, ni sur l’identité des personnes ciblées, et encore moins sur les montants détournés. Il est à rappeler que lors des marches populaires du Hirak, les Algériens avaient évoqué la somme de 1 000 milliards de dollars, dilapidés selon eux en 20 ans, sans que l’Algérie n’en tire profit. Dans la foulée, la question des 1 000 milliards, à laquelle Djamel Ould Abbès et Ahmed Ouyahia avaient tenté de répondre en justifiant le bien-fondé de l’utilisation de cet énorme budget, a été récupérée par des chefs de partis à des fins politiciens et démagogiques. Mais officiellement, aucune partie ne s’est « aventurée » à comptabiliser avec plus ou moins de précision les sommes détournées. Ce qui est sûr cependant c’est qu’elles sont estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars ; transférés illégalement dans des comptes bancaires à l’étranger, ou convertis en biens immobiliers dans les pays occidentaux et les pays du Golfe. Ce qui est certain également, c’est que le préjudice financier causé à l’Algérie est monumental ! Dans sa campagne pour les élections présidentielles du 12 décembre 2019, Abdelmadjid Tebboune s’était engagé à récupérer l’argent volé, affirmant qu’il savait où les trouver. Pour mettre toutes les chances du côté de l’Algérie dans quête légitime, le président de la République a mis en place un comité d’experts chargé d’assurer le suivi de ce dossier. En octobre, le Premier ministre avait rappelé les instructions données par le président de la République aux ambassadeurs algériens accrédités dans les pays ciblés, tenus à s’impliquer dans l’opération de récupération de l’argent détourné, en « intensifiant les contacts avec les autorités étrangères compétentes pour suivre l’issue des différentes délégations judiciaires et demandes d’entraide judiciaire émises par les autorités algériennes concernées ». De nombreux experts se sont exprimés à ce sujet, pour dire que le processus n’est pas de tout repos et qu’il très complexe. La récupération de l’argent volé et placé à l’étranger nécessite une maitrise du dossier sur le plan financier et juridique. Il est à signaler dans ce contexte, et à titre d’exemple, qu’un pays comme la Tunisie n’a pas encore réussi à récupérer les fonds spoliés sous le régime de Ben Ali, que la Banque centrale tunisienne a localisé en Suisse, en France, au Canada, en Belgique, au Liban et en Allemagne entre autres. L’Organisation non gouvernementale Association Tunisienne pour la Transparence Financière a estimé à environ 23 milliards de dollars, les fonds détournés par le clan Ben Ali-Trabelsi et les anciens dignitaires du régime tunisien. En 2013, la Tunisie a pu récupérer 22 millions d’euros placés au Liban. En 2021, la Suisse a remis à la Tunisie 5 millions de dollars. Ce qui reste très insignifiant par rapport aux sommes détournées ! Tout cela pour dire que le processus de récupération de l’argent volé par la « Issaba » en Algérie est d’une grande complexité. C’est un travail de longue haleine.

Mohamed Mebarki

L’Est Républicain, 14/12/2021

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