Museveni: « L’Occident doit arrêter de nous donner des leçons »

Museveni: « L’Occident doit arrêter de nous donner des leçons » – Afrique, Ouganda, économie, diplomatie, Chine, investissements,

Dans une interview, le président ougandais Yoweri Museveni a défendu ses choix économiques et diplomatiques. Il s’en est notamment pris aux entreprises occidentales.

Dans une récente interview, accordée à l’agence de presse Reuters, le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni, a demandé aux entreprises occidentales d’« arrêter de donner des leçons » à son pays. Il a aussi nié ouvertement la saisie de l’aéroport international d’Entebbe par son créancier chinois, la Banque d’exportation et d’importation de Chine (Exim Bank). « Je ne me souviens pas avoir hypothéqué l’aéroport pour qui que ce soit », a déclaré Museveni, ajoutant que Kampala paierait ce qu’elle doit à la Chine. « Il n’y a pas de problème, ils seront payés », assure le chef d’Etat ougandais.

Pour Museveni, sous le feu de la critique à cause du rapprochement de son pays avec la Chine, l’augmentation des investissements privés chinois dans son pays est due à plusieurs facteurs. Le président ougandais indique que les encouragements à l’investissement entrepris par l’Etat sont « une opportunité » que les entreprises chinoises ont su saisir « très vigoureusement ».

Le chef de l’Etat considère aussi que « les entreprises occidentales sont myopes, elles n’ont plus les yeux pour voir les opportunités ». Il a aussi éreinté la tendance des investisseurs occidentaux à donner des leçons. « Les entrepreneurs occidentaux qui viennent nous donner des leçons pensent-ils savoir quelque chose que l’on ignore ? », ironise le président ougandais.

La peur du piège de la dette est-elle justifiée ?
Les prêteurs chinois du secteur public et privé sont depuis longtemps les principaux créanciers des Etats en Afrique. Des milliards de dollars ont été déboursés dans le cadre de l’initiative « Belt and Road » (BRI) du président Xi Jinping — la nouvelle route de la soie. Selon l’agence de promotion des investissements ougandaise (UIA), l’Ouganda est au troisième rang en Afrique en ce qui concerne les investissements directs en provenance de Chine ces dernières années.

Une enquête du Parlement ougandais a révélé en octobre que l’Exim Bank chinoise avait imposé des conditions lourdes au pays, dans le cadre d’un prêt pour l’agrandissement de l’aéroport d’Entebbe. Le ministre des Finances, Matia Kasaija, avait présenté ses excuses pour « la mauvaise gestion » de ce prêt.

Une enquête journalistique a révélé que les conditions d’échéance du prêt permettaient à l’Exim Bank de saisir l’aéroport en cas de non-paiement. L’autorité d’aviation civile (UCAA) devait demandé l’approbation de la banque pour son budget, et tout différend ne pouvait être résolu que par la Commission chinoise d’arbitrage.

Des conditions disproportionnées, qui ne sont pas sans rappeler la stratégie des créanciers chinois en Afrique, communément appelée « le piège de la dette ». Des pourparlers seraient en cours entre l’Ouganda et la Chine pour trouver une solution à cette situation.

Museveni, retour aux sources
D’un autre côté, la sortie du président ougandais fait d’une pierre deux coups. Tout d’abord, les déclarations de Museveni devraient rassurer les créanciers chinois et les encourager à avancer dans les discussions. Ensuite, elles mettent un coup d’arrêt aux spéculations de la presse quant à l’affaire de l’aéroport d’Entebbe, unique aéroport international du pays et symbole fort de la souveraineté de l’Etat ougandais.

Museveni a aussi profité de son interview pour clarifier certaines choses. Il faut rappeler que le chef d’Etat ougandais, au pouvoir depuis 1986, en est actuellement à son sixième mandat. Le pays avait enregistré une croissance économique moyenne de 6,5 % dans les années 1990, et de plus de 7 % dans les années 2000, et le taux de pauvreté avait été divisé par trois en vingt ans. Un réel miracle pour le pays qui avait connu des décennies de guerre civile.

Toutefois, la crise globale a mis un frein au développement de l’Ouganda durant la dernière décennie. Autrefois considéré comme le dirigeant africain le plus proche du FMI, et l’un des rares modèles de la réussite du capitalisme en Afrique, Museveni a été rapidement pointé du doigt par les instances internationales. Ainsi, le président ougandais a continué à gouverner en marge de ses anciennes alliances avec l’Occident. Cela a commencé avec un différend avec la France en 2016.

Or, ce que l’Occident oublie, c’est que Yoweri Museveni est un marxiste. Son alliance avec les Occidentaux relevait d’une nécessité pour l’Etat. Moins aujourd’hui. Le président ougandais explique son rapprochement avec la Chine par « des similitudes idéologiques ». Quant à sa relation avec les investisseurs occidentaux, il dénonce la passivité de ce qu’il considère comme une force économique « habituée à sa zone de confort ».

Le journal de l’Afrique, 06/12/2021

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