Algérie et Maroc : les frères ennemis !

Algérie et Maroc : les frères ennemis ! – Sahara Occidental, Front Polisario, Israël

Les deux pays ne sont pas encore sur le chemin de la guerre mais sont loin de vouloir fumer la chicha de la paix.
À quelques centaines de kilomètres de notre île, le Maroc et l’Algérie se regardent en chiens de faïence. Depuis le 24 août dernier, les deux pays n’entretiennent plus de relations diplomatiques. Depuis cette rupture, la tension est encore montée d’un cran car, selon l’Algérie, l’armée marocaine aurait dernièrement provoqué la mort de trois camionneurs algériens. Le Maroc et l’Algérie vivent des relations conflictuelles depuis près d’un demi-siècle. Tout a commencé après l’accession de l’Algérie à l’indépendance le 5 juillet 1962.

Malgré le soutien actif que le Maroc avait apporté au FLN algérien, des heurts ont opposé les Forces Armées Royales marocaines et l’Armée Nationale Populaire algérienne dès le 8 octobre 1963. Etant la conséquence de revendications territoriales marocaines sur une partie du territoire algérien, ces heurts ont donné lieu à la « Guerre des Sables ». Les hostilités ont cessé le 5 novembre 1963 laissant les frontières inchangées. Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 février 1964 sous l’égide de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Première rupture diplomatique

Les relations conflictuelles entre les deux frères devenus ennemis ont rebondi quand le Maroc et la Mauritanie ont émis des revendications territoriales sur le Sahara occidental. Le 6 novembre 1975, le roi du Maroc a initié une marche pacifique de 350 000 volontaires et pris ainsi le contrôle des territoires ambitionnés. Ne souhaitant pas voir son voisin s’emparer de ces territoires, notamment en raison de leur fort potentiel économique (fer, manganèse, uranium, or, phosphate, façade maritime riche en ressources halieutiques, potentiel touristique), l’Algérie a alors apporté une aide politique et militaire au Front Polisario qui, ayant proclamé la création d’une République Arabe Sahraouie Démocratique, a mené une guérilla meurtrière contre le Maroc et la Mauritanie. Ceci a provoqué la première rupture diplomatique entre l’Algérie et le Maroc. En 1979, la Mauritanie ayant renoncé à ses revendications territoriales, le Maroc a persisté.

Entre 1980 et 1987, il a construit dans le désert un mur qui a interdit les intrusions du Front Polisario. La signature d’un cessez le feu a eu lieu le 6 septembre 1991 et il a été prévu d’organiser un référendum d’autodétermination. Le Maroc faisant preuve de la plus grande mauvaise volonté, le referendum n’a jamais eu lieu. Le Sahara Occidental reste contrôlé à 80 % par le Maroc et 20 % par le Front Polisario.

Espoir déçu

Un espoir de réconciliation entre la Maroc et l’Algérie est apparu à la fin des années 1980. Le 17 février 1989, a été créée l’Union du Maghreb Arabe (UMA), une organisation politico-économique comprenant l’Algérie, le Maroc, la Libye, la Tunisie et la Mauritanie. Mais cette structure s’est très vite révélée être sans lendemain. De 1993 à 1996, un projet ambitieux de gazoduc associant le Maroc et l’Algérie, ainsi que le Portugal et l’Espagne, a été engagé pour assurer l’approvisionnement en gaz naturel de la péninsule ibérique et d’autres pays européens. Mais, le 24 août 1994, ayant accusé les services secrets algériens d’être impliqués dans un attentat perpétré contre un hôtel à Marrakech, le Maroc a expulsé des algériens et instauré des visas pour entrer sur son territoire et l’Algérie a riposté en fermant la frontière. Enfin, le 27 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, venant d’être élu président de la République algérienne démocratique et populaire. a tenté un rapprochement entre les deux pays. Mais l’Algérie ayant réaffirmé son soutien à la cause du Front Polisario, la démarche a fait long feu.

Nouvelle crise

La normalisation diplomatique entre le Maroc et Israël intitulée « les accords d’Abraham » qui a été validée le 22 décembre 2020, a entraîné une nouvelle dégradation des relations entre Rabat et Alger. L’Algérie a renforcé son soutien militaire au Front Polisario. En mars 2021, elle a accusé la Maroc d’utiliser le trafic de drogue comme moyen de déstabilisation et interdit aux agriculteurs marocains de franchir la frontière. Le 14 juillet 2021, elle a rappelé son ambassadeur après que le représentant du Maroc à l’ONU ait affiché son soutien au Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK). Le 18 juillet 2021, elle a dénoncé l’usage par le Maroc du logiciel israélien Pegasus à des fins d’espionnage de journalistes, de personnalités politiques et de militaires algériens. le 30 juillet 2021, le roi du Maroc a tenté l’apaisement en évoquant la possibilité d’une réouverture de la frontière fermée depuis 1994. Mais, quelques jours plus tard, les efforts du roi ont été rendus vains par la visite au Maroc du ministre des affaires étrangères israélien qui a accusé Alger de faciliter les actions de l’Iran. En effet, le 24 août 2021, après avoir accusé le Maroc d’être partie prenante de feux ayant ravagé la Kabylie du fait de son soutien au MAK, l’Algérie a décidé de cesser les relations diplomatiques et de fermer son espace aérien, et menacé de stopper l’approvisionnement du gazoduc Maghreb-Europe. Les frères ennemis ne sont pas encore sur le chemin de la guerre mais sont loin de vouloir fumer la chicha de la paix.

• Alexandra Seren

Journal de La Corse, 03/12/2021

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