Maroc : Le discours d’un roi

Algérie, Mohammed VI – Maroc : Le discours d’un roi

Dans son discours du trône, l’été dernier, le roi Mohamed VI a souscrit à la tradition établie par ses prédécesseurs, avec la moitié du propos consacrée à l’Algérie. Ni la crise avec l’Espagne, ni le jugement de la Cour européenne infirmant les accords avec l’UE, ni la situation au Sahel, ni les souffrances du peuple palestinien martyr, notamment à El-Qods dont il préside le Comité, n’ont perché sur aucune de ses emphases. Pas plus que l’affaire Pegasus ou le réchauffement climatique, à l’heure où son gouvernement tente de vendre un programme forcené d’énergie solaire au Sahara occidental et y propose des recherches en hydrocarbures. Non, tout cela importe peu.

Comme ses devanciers, Mohamed VI a brodé afin de délivrer une «invitation sincère à nos frères en Algérie, pour oeuvrer de concert, et sans conditions, à l’établissement de relations bilatérales, fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage». Euphorique, il s’est ému de la fermeture des frontières entre «deux pays jumeaux qui se complètent», avant d’inviter le président Abdelmadjid Tebboune à «oeuvrer à l’unisson au développement des rapports fraternels tissés par [leurs] deux peuples, durant des années de lutte commune». Et pour couronner le tout, il a été jusqu’à dire au peuple algérien: «Vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc», puisque «la sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple, sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc».

Ces aimables assurances ont été, très vite, balayées. En effet, un mois plus tard, la valse israélo-marocaine a commencé, avec la visite du MAE sioniste qui s’est empressé de tirer une première salve contre l’Algérie, suivie, par celle du ministre de la Défense israélien, concluant un accord militaire dont on connaît les objectifs.

Ce n’est pas la première fois que le Makhzen se livre à ces traîtrises grossières et sa propension à prêcher le faux pour cacher le vrai est proverbiale. Mus par des appétits expansionnistes analogues, le royaume marocain et l’Etat
hébreu partagent des calculs qui, tôt ou tard, vont se télescoper, surtout qu’ils dérangent et inquiètent ceux des pays européens alliés. Cependant, l’objectif est toujours le même.

Le discours de Mohamed VI n’a jamais concerné le peuple algérien. Il cherche, seulement, à maquiller la vérité, prêchant à l’adresse de l’opinion internationale et, accessoirement, marocaine, le message selon lequel le royaume du Maroc, «gentil» et plein de bonnes intentions, est confronté à la «méchante Algérie». Un brouillard qui a longtemps sévi au Moyen-Orient face à des Arabes qui, se félicitent les sionistes, «n’ont pas de mémoire».

Chaabane BENSACI

L’Expression, 30/11/2021

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