Accord militaire Maroc-Israël: Menaces au grand jour

Algérie, accord de défense, accord sécuritaire – Accord militaire Maroc-Israël: Menaces au grand jour

Le président du Sénat est la première voix officielle algérienne à s’être exprimée au sujet de la visite du ministre de la Défense israélien à Rabat. «L’Algérie est directement visée», a-t-il déclaré ce jeudi, une journée également marquée par la diffusion d’une somme d’informations qui confirme le caractère extrêmement grave des menaces qui pèsent sur le pays.

Abla Chérif – Alger (Le Soir) – « Tout est clair aujourd’hui : le ministre de la Défense de l’entité sioniste s’est rendu au Maroc. Cette visite survient après celle effectuée par le ministre des Affaires étrangères. Ce dernier avait menacé l’Algérie à partir du Maroc et il n’y a eu aucune réaction du gouvernement marocain. S’il s’agissait du ministre du Tourisme ou de l’Economie de l’entité sioniste, cela aurait pu être interprété comme étant une visite entrant dans le cadre des relations déjà en place, bien que dissimulées, entre ce pays (Maroc) et l’entité sioniste, mais là, c’est le ministre de la Défense qui se trouve au Maroc, c’est l’Algérie qui est visée », déclare Salah Goudjil, à l’issue de l’adoption de la loi de finances 2022.

Il s’interroge, ensuite, sur le silence du monde arabe et même celui des Palestiniens. « Où sont les frères du monde arabe ? Où sont les Palestiniens ?» s’écrie-t-il ? Pour l’heure, seul le FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine) et le Hamas palestinien ont dénoncé la visite de Benny Gantz a Rabat, « dans un contexte non innocent » et la signature et l’accord sécuritaire signé entre les deux parties considérant qu’il ne s’agit pas « d’une affaire interne, car il porte atteinte à la sécurité de la Nation arabe et musulmane ».

Les menaces qui planent sur l’Algérie se précisent, quant à elles, chaque jour davantage. Elles dépassent les mots, les discours politiques qui alertent, elles sont concrètes. Ce jeudi, second jour de la visite du ministre de la Défense israélien à Rabat, a apporté suffisamment d’éléments le prouvant. Des médias dépêchés par Tel-Aviv pour couvrir l’événement ont fait des directs (i24News) pour annoncer que «les soldats marocains sont prêts à la guerre contre l’Algérie, ils rêvent de s’entraîner avec les soldats israéliens en Israël ou ailleurs ». Plus grave encore, ils ont fait la comparaison entre « l’excès de confiance qui règne au sein des militaires marocains avec celle qui régnait avant la guerre du Kippour (offensive syrienne et égyptienne qui avait surpris l’armée israélienne en 1973) ». Cette confiance n’a cependant rien de surprenant aujourd’hui, car les soldats marocains sont en fait habitués à ce genre de collaboration avec les militaires israéliens.

Le conseiller de Benny Gantz a indiqué, ce jeudi encore, que « des générations et des générations sont venues en Israël mais undercover (sans que cela soit rendu public), personne ne savait cependant qu’ils étaient là » mais, poursuit la même source, « tout cela se fait au grand jour maintenant, cette visite de Benny Gantz est la concrétisation de relations qui a commencé par la politique, la diplomatie puis par la défense ». Cette coopération se fait au grand jour à présent. Durant le second jour de sa visite à Rabat, Benny Gantz s’est rendu, en compagnie de hauts responsables de l’armée sioniste, dans une base de parachutistes marocains vêtus de l’uniforme militaire israélien. Il y a eu aussi une rencontre avec le chef des services secrets marocain avec lequel il s’est entretenu de « questions de stratégie ». Lui-même (Benny Gantz) avait annoncé à son arrivée que ses entretiens allaient également porter sur la « menace iranienne » et qu’il n’était « pas là pour parler diplomatie ». Ces propos ont aggravé la déclaration faite en été dernier par le chef de la diplomatie israélienne qui évoquait, à partir de Rabat, « l’inquiétude que suscite le rapprochement de l’Algérie avec l’Iran et son rôle (celui de l’Algérie) dans la région ».

Alger avait alors accusé le Maroc de « vouloir entraîner Israël dans une aventure » et le fait a accéléré la cassure entre les deux pays et mené à la rupture des relations diplomatiques. Les actes d’hostilité et les discours haineux en provenance de Rabat ont, en effet, redoublé depuis la normalisation avec Israël. Les Marocains avouent d’ailleurs eux-mêmes que Mohammed VI a rendu publique son alliance secrète avec Tel-Aviv dans le but de nuire à l’Algérie. Tous les observateurs étrangers ont également noté le fait que la visite du ministre israélien de la Défense au Maroc se soit déroulée dans un contexte de grande tension avec l’Algérie. Au-delà de leur aspect inédit, les accords de défense passés entre les armées israélienne et marocaine signent la mise en place d’un plan dangereux pour la région et il devrait passer l’implantation d’une base israélienne à Nador (Maroc) à moins d’une centaine de kilomètres des frontières algériennes.

Ce mercredi, certains médias espagnols ont exprimé l’inquiétude de Madrid sur le sujet, soulignant que cette base allait être implantée non loin de Melilla, au sud de l’Espagne. Les mêmes sources ont établi le lien entre la visite de Benny Gantz et ce projet.

Abla Chérif

Le Soir d’Algérie, 27/11/2021

La menace sur l’Algérie se confirme

La visite du ministre israélien de la Défense à Rabat s’est révélée chargée de messages dangereux qui confirment, au besoin, les menaces pesant sur l’Algérie.
Abla Chérif – Alger (Le Soir) – «La question de la menace iranienne sera également abordée dans les entretiens», a déclaré Benny Gantz aux journalistes de i24News qui l’accompagnaient. Le responsable de l’armée israélienne ajoute, ensuite, qu’il ne se trouve pas à Rabat pour «parler de diplomatie», des propos qui marquent une aggravation dans le discours que tient depuis un moment Tel-Aviv sur le sujet. La partie qui paraît être ciblée semble être une nouvelle fois l’Algérie déjà visée par des propos similaires durant l’été dernier.
En visite à Rabat au cours du mois d’août, le chef de la diplomatie israélienne avait fait part de « l’inquiétude » d’Israël au sujet du rôle joué par l’Algérie dans la région et son rapprochement avec l’Iran qui se trouve dans «l’axe du mal».
L’Algérie avait, elle, réagi par la voie de son ministre des Affaires étrangères en accusant le ministre marocain des Affaires étrangères d’être à l’origine de ces propos et de vouloir «entraîner Israël dans une aventure». «Nous avons des relations normales avec l’Iran. Certes, il y a eu une série de sanctions économiques et financières contre l’Iran, (…) nos relations économiques sont modestes.»

Les propos de Benny Gantz ne sont cependant qu’une partie de la mission qu’il s’est fixée au Maroc. Des accords militaires de haute importance ont été conclus hier entre lui et le ministre marocain de la Défense. L’événement qui focalise l’attention depuis mardi 23 novembre, date d’arrivée de Benny Gantz à Rabat, est loin d’être anodin. C’est le premier responsable de l’armée israélienne à poser les pieds au Maghreb, au Maroc précisément, depuis la normalisation avec Tel-Aviv, et la première démarche israélienne surtout à déboucher sur des accords de cette nature.
S’exprimant par voie de presse, des responsables israéliens ont d’ailleurs tenu à relever le caractère inédit de l’opération qui vient de se dérouler. «Nous avons des relations sécuritaires avec la Jordanie et l’Égypte, mais aucun accord militaire n’a encore été passé à ce jour. C’est pour cette raison que les accords portant sur la coopération en matière de défense avec le Maroc sont inédits», rapporte Times of Israël, citant un chef militaire hébreu.

Avant son départ pour Rabat, Benny Gantz avait, lui, qualifié son voyage « d’historique» marquant un «grand succès» qui sera couronné par des «accords de défense». Pour l’heure, très peu d’informations officielles sont disponibles sur le mémorandum ratifié par les deux parties. L’attention est davantage focalisée sur le caractère inédit de ce qui vient de se dérouler, mais la presse israélienne évoque, elle, déjà, la possibilité d’assister à «des exercices militaires entre les armées des deux pays et une coordination sécuritaire».

Tous s’accordent cependant à noter que cet événement survient dans un contexte de tensions avec l’Algérie, ce que relèvent également certains médias français, qui suivent de très près l’affaire, ainsi que plusieurs analystes qui tentent, eux, de décrypter les nouvelles donnes qui se jouent dans la région. Il y a quelques jours, le site en ligne Algérie 54 a interviewé un écrivain israélien connu pour ses positions antisionistes, qui éclairent davantage sur le sujet : «C’est une alliance stratégique fondamentale (…) Un élément décisif qui devrait assurer une place prépondérante à la monarchie marocaine dans la région, c’est donc l’Algérie qui est visée en premier lieu.» «Le ministre Gantz se déplace rarement à l’étranger. Il a dû se rendre une seule fois aux États-Unis depuis la formation de son gouvernement. C’est dire si sa visite au Maroc doit comporter des aspects stratégiques essentiels (…) Peut-être la livraison d’armement de pointe, manœuvres communes (…) il est possible que les deux armées définissent des plans à long terme pour verrouiller la région à leur profit et définir plusieurs scénarios d’attaque ou de défense.»

Ce qu’il faut également savoir est que la visite du ministre israélien de la Défense intervient au moment où est évoquée la création d’une base militaire maroco-israélienne à Nador. Le 21 novembre dernier, le journal El Espanol révélait qu’un accord devait être signé entre Rabat et Tel-Aviv pour la création de cette base.
En Algérie, un sénateur FLN, Dhiaa Eddine Belhebri, a d’ailleurs très vite rebondi sur cette information. Selon lui, «l’Algérie est ciblée par la visite du ministre israélien de la Défense qui se déplace pour un projet de création d’une base militaire à Nador qui est proche des frontières algériennes. Son objectif est de se rapprocher des frontières algériennes ». Israël aux portes d’Alger ?

Abla Chérif

Le Soir d’Algérie, 25/11/2021

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