Le juteux business des visas Schengen en Afrique

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Les pays européens font appel à des sociétés privées pour gérer les demandes de visas Schengen. Cela donne lieu à un processus opaque et souvent humiliant pour les postulants à l’Europe.

Almaviva, TLS Contact, BLS… Ces noms ne disent pas grand-chose aux Européens. Du côté des demandeurs de visa, ils sont presque devenus inévitables. Voilà plusieurs années que ces entreprises privées ont obtenu des contrats de gestion des visas pour l’Italie, la France ou l’Espagne. Pour les demandeurs, le parcours du combattant pour l’obtention du fameux sésame est désormais différent : alors qu’il fallait auparavant se rendre dans les services des consulats, le passage se fait désormais via les plateformes de ces acteurs privés, qui font payer des frais de dossier conséquents, non remboursés en cas de refus de la part des autorités consulaires.

Des services VIP pas très légaux
En interne, on explique la sous-traitance de la gestion des visas par le manque de moyens humains. Il est vrai qu’Almaviva, TLS Contact ou BLS sont de véritables usines à gaz. Si les locaux tunisiens de BLS sont généralement plutôt calmes, le prestataire du consulat d’Espagne ayant un planning peu chargé, du côté de TLS Contact, sur les Berges du Lac à Tunis, les files d’attente sont quotidiennes. Autour du siège du prestataire de la France, la tension est, chaque matin à la première heure et tout au long de la journée, palpable, chaque demandeur de visa n’hésitant pas à vérifier plusieurs fois s’il dispose de tous les documents nécessaires à l’ouverture de son dossier.

A l’intérieur des locaux, entre membres du personnel, on préfère parler chiffre d’affaires. Il faut dire que la demande de visa est un véritable business : outre les frais de visa collectés pour le compte de l’autorité consulaire, les demandeurs doivent s’acquitter de « frais de service », qui s’élèvent à 80 euros minimum pour un visa Schengen de court séjour. Surtout, TLS Contact, comme ses homologues, ne manque pas une occasion de remplir ses caisses en proposant des « services additionnels ». Comme pour un billet d’avion, il est en effet possible pour un postulant au visa Schengen d’opter pour le service « premium ». « C’est une honte, les citoyens africains sont différemment traités en fonction de leurs revenus », résume un juriste qui remet en doute la légalité d’une telle pratique.

Des refus non justifiés
Dans une interview accordée à un journal sénégalais, un diplomate américain expliquait qu’un tel business permettait à son consulat d’être financièrement autonome. En réalité, c’est bien plus que cela. Si les chiffres sont relativement confidentiels, une enquête réalisée en 2009 montrait que l’activité visa permettait à la France, dans six pays parmi lesquels le Maroc, de récolter 130 millions d’euros par an. Sur la totalité de cette somme, 10 % sont issus des demandeurs n’ayant pas obtenu leur visa. Des refus qui agacent : l’ONG Cimade estime qu’il existe un flagrant manque d’information et que les décisions de refus, qui sont non justifiées, posent problème. De plus, l’organisation dénonce des coûts trop élevés et un accueil lamentable de la part des prestataires.

Sans oublier la corruption. Comme dans tout business opaque, certains intermédiaires en profitent. Ce fut le cas en Algérie. En 2019, la police algérienne a démantelé un réseau, qui facilitait l’obtention de visas pour des sommes allant jusqu’à 4 000 euros. « L’insuffisance de règles et de critères clairs et précis rend ce dispositif très opaque », résume la Cimade qui déplore le fait que des documents « sont exigés alors qu’ils n’ont aucun rapport avec le motif de la demande ». En 2011, l’Union européenne a tenté d’introduire dans le Code communautaire des visas une obligation de justifier les refus. Une demande restée lettre morte. Et d’autant plus depuis qu’Emmanuel Macron a annoncé la baisse du quota de visas pour les pays nord-africains. Demander un visa Schengen est toujours aussi difficile, voire humiliant.

Le Journal de l’Afrique, 25/11/2021

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