Avis d’experts : Un challenge à la portée de l’Algérie

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L’Algérie fait face à un défi majeur: augmenter la part du renouvelable dans la production de l’énergie, sachant que celui-ci ne représente que 3% du mix énergétique contre 97% générés à partir des énergies fossiles.
Pour nombre d’experts, un tel challenge n’est pas difficile à relever au vu des potentialités de l’Algérie. C’est ce que confirme le Pr Nadjib Drouiche, chercheur au Centre de recherche en technologie des semi-conducteurs pour l’énergétique (CRTSE). «L’Algérie possède tous les atouts pour réussir ce saut en matière de transition énergétique», affirme-t-il. Il révèle, dans ce sillage, qu’il existe d’ores et déjà quelques sites de production de l’hydrogène vert destiné à la production d’ammoniac dans les complexes d’acier comme celui d’El-Hadjar (Annaba) ou les usines de verre comme celle de Larbaâ (Blida). «Cela permettrait ainsi de prévoir l’exportation de l’hydrogène vert vers l’Europe via les pipelines de gaz.» De son avis, «résilience» et «anticipation» constituent les bases d’une politique environnementale pérenne. De ce fait, il juge important l’implication des scientifiques aux côtés des politiques dans le processus de transition, en élaborant des livres blancs dédiés à la transition énergétique. «La mise en œuvre du plan national du climat sera une opportunité pour le pays de réaliser sa transition énergétique et un pas important vers un avenir meilleur.» Et d’ajouter : «Ce programme devrait être revu et actualisé périodiquement à l’avenir pour tenir compte du contexte socioéconomique futur du pays et pour y introduire plus d’actions d’adaptation, comme le processus de dessalement de l’eau de mer.»

«Une première étape est en train d’être atteinte dans ce sens et cela à travers le programme national de recherche où toutes ces thématiques font l’objet d’un appel à projet et font obligatoirement appel à l’implication du secteur socioéconomique», dit-il. Pour l’expert, l’impératif est «de mettre en place des programmes de recherche dans ce domaine, afin de réussir notre transition énergétique et participer dans les programmes de recherche bilatéraux et internationaux, comme le programme de recherche Horizon Europe, pour assurer un transfert de savoir et de technologie».

Réfléchir aussi à l’exportation
Par ailleurs, le scientifique note que «la décarbonisation de l’économie doit passer par une élimination de l’utilisation des combustibles fossiles dans les secteurs des transports, de l’industrie et le tertiaire. Pour cela, un déploiement massif des énergies renouvelables et l’utilisation de technologies permettant le stockage et la valorisation des productibles intermittents sont des incontournables au succès de la transition énergétique. «L’hydrogène vert a aussi un rôle prépondérant pour réaliser ces objectifs et son introduction comme vecteur énergétique pour la décarbonisation de l’industrie et pallier le problème d’intermittence des énergies renouvelables», souligne encore l’expert.

Des entrepreneurs enthousiastes
Le Dr Hocini, expert en photovoltaïque et président de l’entreprise Aurès Solaire, insiste sur l’impératif de la consommation de l’énergie propre. Il évoque des projets de partenariats entamés depuis 2014 dans le cadre de la politique des énergies renouvelable de l’Union européenne qui engage des partenaires du sud de la Méditerranée. Il s’agit notamment d’un projet très prometteur d’équiper toutes les écoles en panneaux photovoltaïques. Pour pouvoir aller plus loin et faire travailler les compétences algériennes, Houria Kacimi, responsable de la société Syngery, associée à l’entreprise Aurès Solaire, relève que les autorités doivent réfléchir et à la production et à l’exportation. Ceci doit se faire «en accompagnement des acteurs économiques dans leur démarche de production et d’exportation pour réussir le pari de la transition énergétique».
Samira Azzegag

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Communes vertes : Les élus locaux y croient

Le président de la République a donné des instructions pour obliger toutes les communes à utiliser l’énergie solaire dans l’éclairage public, y compris au niveau des voies express et les zones montagneuses, à l’instar des Aurès, l’Ouarsenis et Djurdjura. Ces instructions ont été données à l’issue d’un exposé sur le secteur de la transition énergétique présenté, dimanche dernier, lors du Conseil des ministres.

Les élus ne sont pas contre l’utilisation des énergies renouvelables et y sont même favorables. Toutefois, ils demandent plus de soutien financier pour lancer ce type de projets. Laïfa Teldjoune, P/APC d’Oued El Berdi(Bouira), a estimé que le recours aux énergies renouvelables est une option intéressante pour peu que les pouvoirs publics y mettent les moyens financiers nécessaires. «J’ai tracé tout un programme pour équiper, en premier lieu, les écoles primaires en énergies renouvelables mais faute de budget, le projet n’a pas pu être concrétisé», a-t-il regretté. Il a fait savoir qu’en tant que commune déficitaire, «notre marge de manœuvre est très réduite. Nous devrons sélectionner les projets et agir par ordre de priorité, et nous avons préféré commencer par les raccordements en eau et aux réseaux du gaz et de l’électricité». Notre interlocuteur n’a pas omis de poser le problème de l’entretien et de la maintenance des équipements des énergies renouvelables nécessitant une formation spécialisée.

Le président de la commune d’Ath Mansour (Tizi-Ouzou), Amrane Youcef, abonde dans le même sens. Il a soutenu que les énergies renouvelables représentent une alternative aux énergies traditionnelles. «Notre commune est une région du soleil qui peut développer facilement l’énergie solaire. Cependant, rien n’a été fait jusque-là et aucun projet n’a été concrétisé, faute de ressources financières», regrette-t-il. Il a expliqué que se doter en énergies renouvelables permettra à l’APC de réduire sa facture d’énergie. «On n’arrive à peine à payer nos factures d’électricité et de gaz. Les énergies renouvelables nous permettront d’économiser et de réutiliser cette argent dans d’autres projets de développement», ajoute-t-il.

Un exemple, Boudjima
Smaïl Boukherroub, président de l’APC de Boudjima (Tizi-Ouzou), a fait savoir que 80%de l’éclairage public du chef-lieu de la commune est alimenté en énergie solaire. Mais la prouesse reste l’alimentation par cette source d’énergie de 6 écoles primaires sur les 8 que compte la commune. «Les deux écoles restantes le seront dans deux semaines au plus tard», annonce non sans fierté notre interlocuteur. Ila précisé que la plupart de ces projets sont financés par le budget communal. Il a indiqué que l’objectif est de généraliser l’utilisation de cette source d’énergie dans toute la commune. «Ce mode d’alimentation en énergie permet de réduire de moitié la facture énergétique de la commune et de préserver l’environnement», rappelle-t-il. Selon lui, l’argent économisé dans la consommation de l’électricité sera utilisé pour notamment améliorer les services des cantines scolaires. Il a ajouté que sa commune amorce une dynamique d’énergie verte à travers la réalisation de tous ces projets. Il a relevé que ces derniers ne coûtent pas cher et ne demandent pas une haute technicité pour la maintenance du réseau. «Les coûts de réalisation varient selon les dimensions des installations. Ils oscillent entre 0,6à 1,6 million de dinars», a-t-il conclu.
Amokrane H.

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Tizi-Ouzou : Les écoles de Boudjima passent à l’énergie solaire

Les établissements scolaires de la commune de Boudjima, au nord-est de Tizi-Ouzou, seront alimentés dans leur totalité en énergie solaire d’ici 15 jours, a appris l’APS, ce mercredi, du premier responsable de cette commune, Smaïl Boukherroub.

«Sur les 8 écoles que compte la commune, 6 sont déjà équipées en installations solaires et sont fonctionnelles, et les 2 autres restantes le seront dans 2 semaines, au plus tard», a-t-il indiqué à l’APS, ajoutant que «80% du réseau d’éclairage public du chef-lieu de la commune a été également remplacé par des panneaux photovoltaïques». L’idée du passage à l’énergie solaire a germé en 2018 à cause de la facture très salée de l’énergie électrique due à la Sonelgaz par la commune qui était dans l’incapacité d’honorer sa dette.

A la même période, souligne-t-il, la fondation Zinedine-Zidane avait proposé un don d’une ambulance équipée au profit de la commune dans le cadre d’un programme d’aide. «Je lui avais alors suggéré d’équiper l’école du chef-lieu en panneaux photovoltaïques, en lieu et place de ce don. Elle a marché pour la première, et l’APC a équipé depuis 5 autres écoles», explique le maire.
Ensuite, poursuit-il, «nous avons commencé à remplacer le réseau d’éclairage public en luminaires fonctionnant à l’énergie solaire, vu que celui électrique est défectueux. Et comme ça a bien marché, nous avons procédé par tranche en fonction du budget de la commune».

Le coût approximatif de ces opérations s’élève, selon Boukherroub, à environ 12 millions de dinars. «Une somme conséquente pour une commune rurale comme la nôtre, mais ça valait le coup car cela nous permettra de réduire de moitié nos dépenses en énergies, soit entre 2 à 2,5 millions de dinars par an», a-t-il conclu.

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Transition énergétique : Vert l’éclairage

La transition énergétique est un choix stratégique prôné par les plus hautes autorités du pays, à travers un programme national de développement des énergies renouvelables. Cette option devra permettre à l’Algérie de se libérer progressivement de la «dépendance» vis-à-vis des hydrocarbures et de voir l’émergence d’une énergie verte fondée sur la valorisation des ressources d’énergie durables et inépuisables.
Il est question de mettre en place un programme de développement des énergies renouvelables d’une capacité de 15.000 mégawatts (MW) à l’horizon 2035, dont 4.000 d’ici trois ans. C’est du moins ce qui est énoncé dans le plan d’action du gouvernement qui précise, à ce propos, que «la réalisation de ces capacités permettra non seulement d’économiser près de 240 milliards de mètres cubes de gaz naturel», mais aussi l’éviction de l’émission de «200 millions de tonnes de gaz carbonique».

La réalisation de cette capacité aura tout autant un impact sur le plan économique, à travers la création d’un tissu de petites et moyennes entreprises dans l’ensemble des métiers et services gravitant autour des énergies renouvelables. Ce levier permettra aussi la création d’emplois et l’émergence de nouveaux métiers qui vont booster et favoriser le développement local. Concrètement parlant, la priorité du gouvernement consiste en «l’hybridation de la production de l’électricité de source conventionnelle au niveau du sud du pays par la production photovoltaïque». La réglementation d’encouragement de la production d’électricité à partir de sources renouvelables devrait, à cet égard, bénéficier d’une réactualisation et d’une véritable mise à niveau dans l’objectif d’«intégrer des mécanismes adaptés à l’autoproduction par les résidentiels», peut-on lire dans le programme du gouvernement.

Dans le document, il est fait état de la mise en œuvre par le gouvernement d’une «politique d’efficacité énergétique», au travers de «mesures fortes» pour permettra à terme de «réduire drastiquement le gaspillage et de préserver les ressources énergétiques du pays». Dans les faits, cela devrait se traduire par un encouragement dans les différents secteurs d’activité de «la généralisation des procédés d’isolation thermique dans les nouvelles constructions, la mise en place d’un programme national pour la conversion des véhicules au GPLc et le développement du GNC pour les véhicules de transport collectif». Mais pas seulement, puisqu’il s’agit tout autant d’intégrer ce procédé dans «l’équipement du réseau d’éclairage public et des administrations publiques avec des dispositifs à basse consommation ainsi que la mise en place d’un cadre réglementaire prohibant l’importation et la production d’équipements énergivores».

Dans le même ordre d’idées, les pouvoirs publics ambitionnent de favoriser l’investissement dans ce projet au travers de «l’élargissement du dispositif incitatif à l’investissement aux filières permettant la localisation de l’activité de production d’équipements et de composants dédiés à l’efficacité énergétique».
Fatma-Zohra Hakem

Horizons, 25/11/2021

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