UA: L’axe Alger-Pretoria pour contrer le duo Rabat-Tel Aviv

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Au sein de l’Union africaine, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) bénéficie du soutien de l’Algérie et de l’Afrique du Sud face aux pressions exercées par le Maroc. Alger et Pretoria mènent également le front des pays qui s’opposent à l’attribution du statut de membre observateur à Israël, devenu le partenaire stratégique du Maroc.
Les gouvernements algérien et sud-africain ont renouvelé leur soutien au Front Polisario à l’occasion de la visite à Alger de Naledi Pandor, la ministre des Relations internationales et de la Coopération de la République d’Afrique du Sud. Naledi Pandor et Ramtane Lamamra, son homologue algérien, ont déclaré que les deux pays soutiennent « le droit des peuples à l’autodétermination et apportent leur appui ferme au Sahara occidental ».

Sur la question du droit à l’autodétermination du Sahara occidental, l’axe Alger-Pretoria est sur le qui-vive depuis le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA), en janvier 2017. Le Maroc, qui avait quitté l’Organisation de l’unité africaine (OUA) 32 ans auparavant, signe un retour stratégique afin d’entraver les actions de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui est membre fondateur de l’UA.
Depuis cet été, Rabat a lancé une nouvelle offensive en se faisant l’avocat du maintien d’Israël en qualité de membre observateur de l’Union africaine. Statut accordé en catimini le 22 juillet 2021 par Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’UA.

Lobbying
C’est suite à des pressions de l’Algérie et de l’Afrique du Sud que la question du maintien d’Israël sera soumise aux chefs d’État à l’occasion du prochain sommet de l’UA prévu en février 2022. Il est utile de rappeler qu’Israël avait le statut de membre observateur au sein de l’OUA, mais l’avait perdu lors de la création de l’Union africaine, en juillet 2002, au sommet de Durban.

Alger et Pretoria ont, à plusieurs reprises, dénoncé le « jeu trouble » du président de la Commission de l’UA. « Moussa Faki Mahamat opère pour le compte de lobbies israéliens et marocains à travers son chef de cabinet, le diplomate mauritanien Mohamed El Hacen Ould Lebatt. On lui a même fait miroiter la possibilité de devenir le prochain secrétaire général de l’Onu », explique à Sputnik un diplomate algérien.

Reste à savoir si Alger et Pretoria auront la capacité d’éviter un retour d’Israël au sein de l’organisation africaine? Malainin Lakhal, ambassadeur de la RASD au Botswana, en est persuadé.
« Ces deux grandes puissances africaines peuvent faire face à cette démarche maroco-israélienne qui vise le continent africain à travers son organisation continentale. Cette initiative vise également la capacité de l’UA à s’unir et à développer l’Afrique sur la base des principes des pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine. Il faut aussi rappeler que l’Algérie et l’Afrique du Sud ne sont pas seules face à cet agenda de recolonisation », indique le diplomate sahraoui.

Malainin Lakhal précise que l’ensemble des pays membres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (CDAA), ainsi que d’autres États africains partagent la position de l’Algérie et de l’Afrique du Sud.
« L’essentiel des soutiens du Maroc se trouvent en Afrique de l’Ouest. C’est évidemment le résultat des pressions de la France, force coloniale dans cette région, et partenaire stratégique du Maroc », ajoute l’ambassadeur sahraoui.

Discrétion nigériane
Si le soutien de l’Algérie aux indépendantistes sahraouis est connu de tous, celui de l’Afrique du Sud est cependant moins connu. En fait, il est le résultat de liens étroits qui unissent le Front Polisario au Congrès national africain (ANC) depuis plusieurs décennies. Le soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui est une cause sacrée pour le parti de Nelson Mandela.

Un autre pays pivot de l’Union africaine semble être plus discret lorsqu’il s’agit de soutenir le Front Polisario. Il s’agit du Nigeria, considéré comme le point central de cet axe continental qui relie l’Algérie à l’Afrique du Sud.
Les trois États ont été considérés comme les leaders de l’UA depuis sa création, grâce notamment au Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) initié dès la création de l’Union africaine. Rabat tente ces dernières années de « séduire » Abuja dans le but de déstructurer cet axe. La construction d’un gazoduc qui relierait les deux pays est au cœur de leur relation.

Malainin Lakhal reconnaît que le Nigeria fait partie des pays africains qui n’affichent pas ouvertement leur soutien au Front Polisario. Il assure cependant qu’au sujet du droit à l’autodétermination du peuple sahraoui « la position du Nigeria est conforme aux positions de l’UA et de l’Onu ».

« Le Nigeria maintient des relations diplomatiques avec la RASD depuis les années 1980. Il n’y a eu aucune interruption dans ces relations. Pour ce qui est de la discrétion, il faut comprendre que plusieurs pays évitent de se prononcer sur la question sauf lorsque cela est nécessaire, notamment lors d’Assemblée générale ou de Sommet », note l’ambassadeur.

À titre indicatif, Malainin Lakhal rappelle que le Nigeria faisait partie des pays africains qui s’étaient opposés « aux tentatives maroco-japonaises d’exclure la RASD de la 7e Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) qui s’est tenue en 2019 à Yokohama ».

Tarek Hafid

Sputnik France, 18/11/2021

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