La politique « surréaliste » de la France en Libye

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Emmanuel Macron, flatté par ses ministres, poursuit une stratégie libyenne controversée basée sur des objectifs surréalistes
Selon l’histoire et la géopolitique de la Libye, la France ne doit pas afficher un schéma susceptible de s’isoler davantage. C’est ce que l’on voit dans la politique libyenne de la France menée par le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, qui a fait passer la politique étrangère maghrébine de son pays du réalisme à l’idéalisme. Pour mieux comprendre la politique étrangère de la France en Libye, il faut la relativiser. Pendant longtemps, Paris a eu une relation ambiguë avec le régime de feu le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. Depuis un siècle et demi, la France n’a jamais eu de stratégie cohérente en Libye. Les autorités françaises ont été incohérentes et impatientes avec ce territoire qui agit comme une sorte de trou noir pour son cadre de politique étrangère au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA).

L’histoire des relations franco-libyennes est jonchée de volte-face diplomatiques. C’est moins le signe d’une compréhension approfondie des réalités locales que le signe de la fermeté française dans les interprétations arbitraires ou déformées de la politique libyenne. Selon le président français Emmanuel Macron, les relations bilatérales renouent avec un renouveau du napoléonisme et le retour français en Libye est un impératif stratégique. En 2019, cependant, les liens se sont détériorés lorsque Paris a apporté son plein soutien au putschiste libyen, le général Khalifa Haftar, tout en approuvant le gouvernement légitime d’entente nationale (GNA) à Tripoli dirigé par Fayez Sarraj, qui a ensuite été remplacé en mars 2021 par un exécutif intérimaire créé. En Libye.

En mai 2018, la France a organisé une réunion à Paris réunissant les quatre principaux dirigeants concurrents de la Libye pour approuver une feuille de route pour le processus de paix au point mort du pays, qui devait être sanctionné par les principales parties prenantes externes, dont les Nations Unies. Le projet d’accord proposé appelait la Libye à organiser des élections d’ici la fin 2018, à soutenir l’adoption d’un cadre constitutionnel, à réintégrer les forces militaires dans le cadre du dialogue sur la sécurité dirigé par l’Égypte et à réunifier les institutions financières. C’était une version allégée de la conférence de Paris du 12 novembre de la même année vers la Turquie et la Russie.

Le rôle militaire de la France
Macron a fait des tentatives désespérées pour rapprocher les deux principaux belligérants du conflit armé libyen, Haftar et Sarraj. L’initiative de Macron était trop peu trop tardive en raison de sa politique ambiguë et paradoxale dans le pays. Pendant ce temps, Macron était confronté à de sérieux défis socio-économiques au niveau national à la suite de l’impact de la mauvaise gestion de la crise du COVID-19, qui a été ajoutée comme une autre couche au récit de son discours populiste de la campagne présidentielle en avril 2022.

Dans le contexte de la guerre civile libyenne, les Français ont une présence militaire dans l’Etat maghrébin. Ce n’est un secret pour personne, malgré tous les efforts déployés par les ministères français de la Défense et des Affaires étrangères pour cacher la présence militaire et des services de renseignement français en Libye soutenant Haftar, qui a la double nationalité (libyenne et américaine). La France est impliquée dans le conflit libyen depuis le début du soulèvement libyen contre Kadhafi en 2011. La France a joué un rôle majeur dans la capture de Kadhafi, selon des sources militaires françaises responsables du ciblage du convoi du leader libyen, ce qui a conduit à sa capture et exécution sommaire par les forces rebelles.

Une enquête du journal français Le Monde en février 2016 a révélé que la France avait déployé secrètement ses forces spéciales et le bras opérationnel appelé « action de service » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pour des frappes très précises contre des cibles désignées comme affiliées à Daech en Libye. Son objectif était de contenir le développement éventuel de la menace de Daech en Libye.

Bien que Paris n’ait jamais officiellement reconnu avoir fourni des armes, une formation et une assistance en matière de renseignement à Haftar, il semble que Paris ait été impliqué probablement depuis 2015 dans la formation des forces militaires de Haftar. Paris, sous les ordres de Le Drian, qui était le ministre de la Défense dans l’administration de l’ancien président François Hollande, a décidé que Haftar serait le prochain homme fort à gouverner le pays.

Le 12 novembre, Paris, pour la deuxième fois en trois ans, a accueilli une conférence internationale sur la Libye, faisant avancer l’élection présidentielle prévue le 24 décembre tandis que les élections législatives ont été reportées à janvier 2022. Cependant, les analystes semblent sceptiques, arguant de ceux-ci au niveau national. des élections importantes ne seraient pas percées et fourniraient aux Libyens des dirigeants légitimes, compte tenu des deux candidats déclarés controversés, Seif al-Islam Kadhafi et Haftar, candidats à l’élection. Dans ce cas, la Libye commencera à ressembler à la Syrie.

Question de crédibilité
Ainsi, Paris s’est cette fois positionné comme un intermédiaire « pertinent » dans la crise libyenne pour n’avoir publiquement soutenu aucun candidat déclaré à l’élection du 24 décembre. Autrement dit, il n’a pas de candidat. Pourtant, sa realpolitik – ou appelez-la « surrealpolitik » – menée par Le Drian, montre clairement que Paris est derrière Haftar, dont la candidature ramènera la crise libyenne à la situation d’avant 2014.

La deuxième conférence de Paris s’est déroulée dans un climat de haute crise diplomatique morale entre l’Algérie et la France. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décliné les invitations de son homologue français et les deux principaux dirigeants régionaux et superpuissances du dossier libyen n’ont pas participé, à savoir le président Recep Tayyip Erdoğan et le président russe Vladimir Poutine.

Politique du second vent
La deuxième conférence de Paris était la deuxième chance de Macron pour sa politique en Libye. Pourtant, les développements complexes en cours sur le terrain font que l’idéalisme français continue de soutenir aveuglement Haftar et le coup d’État constitutionnel du président tunisien Kais Saied le 25 juillet. Les Libyens d’aujourd’hui, comme la majorité des Algériens et des Tunisiens, ne sont pas fans du rôle de la France dans la région. . Les Libyens, par exemple, sont toujours indignés par le soutien explicite de Paris à l’offensive meurtrière de Haftar sur Tripoli.

La tactique de double jeu de la France en Libye la fait apparaître sur la scène publique comme un médiateur de la paix tout en pariant sur un belliciste en coulisses. Paris sait bien que sa politique maghrébine, comme sa politique globale au Sahel et donc toute sa politique étrangère MENA, est un désastre total. Macron fait face à une élection présidentielle cruciale au printemps prochain et la politique étrangère n’est pas son point fort. Le débat rhétorique en France aujourd’hui porte sur l’islam et l’immigration.

La deuxième conférence de Paris a aggravé la politique floue de Macron en Libye, même en ce qui concerne l’élection présidentielle post-décembre et les élections législatives de janvier 2022 au lendemain du processus de reconstruction, dont la France sera la grande perdante. La Turquie, la Russie et les pays arabes voisins comme l’Algérie et l’Egypte joueraient un rôle majeur dans le processus de reconstruction et de stabilité politique. La Chine ferait également partie de la prospérité économique de la Libye.

En somme, la deuxième conférence de Paris a montré que la Libye est toujours l’otage d’acteurs internes hétérogènes qui opèrent avec des agendas et des idéologies opposés. Il a essentiellement créé beaucoup de confusion entre les principales puissances régionales et internationales dans lesquelles Paris préfère le statu quo. Paris souhaiterait-il cependant voir la Libye devenir la Somalie ou le Soudan ? Ni l’Algérie ni l’Égypte ne laisseraient jamais la Libye se transformer en un État de milices ou la diviser en trois États. Par conséquent, la politique de Paris en Libye est liée à sa politique globale au Sahel où sa sécurité nationale et ses intérêts économiques doivent être protégés. Par conséquent, Paris devrait quitter sa politique étrangère MENA idéologisée et sa politique surréaliste en Libye promue par Macron et ses ministres.

ABDENNOUR TOUMI

Daily Sabah, 19/11/2021

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