Kawtar, 22 ans, son tort d’être algérienne au Maroc

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Elle est belle comme un cœur, des mensurations à faire fantasmer les mauvaises langues. La miss univers Maroc 2021, c’est l’Algérienne Kawtar Benhalima, 22 ans. Pour une jeune et fraîche jeune fille, c’est l’accomplissement d’une ambition, d’un rêve qu’elle nourrissait toute petite. Toute heureuse d’être conviée à un journal d’info pour parler de son sacre, dans son innocence, elle commettra l’irréparable. Elle révèle que ses grands-parents sont algériens, des réfugiés de la guerre de Libération. Ça date diriez-vous, mais parfois les malintentionnés aiment conjuguer le passé au présent.

Brusquement, la Toile s’enflamme, les bons sujets de sa majesté s’émeuvent, vite, il faut réparer ce crime porté à l’authenticité marocaine. C’est une avalanche de critiques, d’une virulence propre aux internautes chargés d’attaquer, de diffamer tout ce qui est algérien. Un sport auquel nous sommes habitués et que l’on observe avec le sourire entendu. Mais pour Kawtar, c’est le ciel tombé sur la tête. Tout juste qu’elle ne soit pas traînée devant les tribunaux. Bien évidemment, elle aurait pu taire ses origines et, représentante du trône alaouite, se limiter à exhiber sa belle couronne sertie de brillants. Pour l’heure, la sortie de Kawtar Benhalima ne fait pas de son élection une affaire d’État.

Toutes proportions gardées, cette affaire nous renvoie au cas du Français Karim Benzema, qui ne chante pas la Marseillaise et qui se dit algérien de cœur. Voué aux gémonies, il ne doit son salut qu’aux services qu’il rend à la France. Mais pour lui, nul besoin de mea-culpa, faisant de son talent son meilleur argument de défense. Par ces temps de crises avec la France, avec le Maroc, affirmer son identité algérienne est un challenge qu’il faut assumer en permanence.

Autres temps, autres mœurs. Marocains, les Frères Megri étaient portés au pinacle en Algérie d’où ils produisent un tube à succès, Lili Touil, conçus et mis en forme avec des artistes oranais. Mais il y a comme quelque chose de pourri dans le royaume de M6. La cour assidue faite à nos artistes en représentations au Maroc ne surprend guère. L’octroi de la nationalité marocaine ne saurait cacher la volonté de dépouiller l’Algérie de ses richesses culturelles.

Notre voisin de l’Ouest ne clame-t-il pas que le genre raï est marocain ? Néanmoins, il s’en trouvera un cheb Khaled pour conforter les officiels marocains. Le natif d’Oran ne met pas de gants pour dire qu’il s’est toujours « senti » marocain. Si, si, il l’a déclaré avec ce qui ressemble à un sourire. Je dois avouer que face à toutes ces petitesses, j’ai la nostalgie des Nass El Ghiwane, Jil Jilala, Abdelwahab Doukkali et Abdelhadi Belkhayat. Non, nous n’oublions pas Najat Aâtabou et, bien sûr, Sanaa Marahati…

Brahim Taouchichet

Le Soir d’Algérie, 18/11/2021

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