L’aide US au Sahel pourrait-elle réparer les dégâts d’AUKUS?

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Lors du récent sommet du G20, le président américain Joe Biden a récemment rencontré son homologue français Emmanuel Macron pour la première fois depuis que l’accord AUKUS a laissé Paris en plan. Biden était clairement désireux de réparer les liens, concédant que l’accord sur les sous-marins avec l’Australie avait été exécuté de manière  » maladroite  » et jetant un os à Macron en s’engageant à coopérer plus étroitement dans l’une des zones prioritaires de la France, la région du Sahel en Afrique. Quelques jours plus tard, la vice-présidente de Biden, Kamala Harris, a entamé une tournée de cinq jours en France au cours de laquelle elle a rencontré Macron et a souligné que les États-Unis et la France ont une « préoccupation mutuelle » concernant les défis actuels au Sahel.

En effet, si Washington continuait à engager des moyens supplémentaires pour soutenir les efforts de lutte contre le terrorisme en grande partie français au Sahel, cela représenterait un soulagement majeur et une victoire diplomatique pour Macron. Le président français a récemment tenté de transformer un combat mené par Paris en un effort plus multilatéral, étant donné que les alliés africains ont besoin d’aide pour relever les défis de sécurité importants dans la région. Le soutien américain pourrait également endiguer le flot d’ingérences russes en Afrique, le tristement célèbre groupe Wagner étendant son influence sur le continent ces derniers mois.

LES ALLIÉS AFRICAINS SOUHAITENT ET VEULENT
La France s’est d’abord profondément impliquée dans la lutte contre le terrorisme au Sahel en 2013, lorsque le président de l’époque, François Hollande, a envoyé des troupes au Mali dans le cadre d’une mission surnommée Opération Serval. Des groupes rebelles avaient conquis les deux tiers du territoire du pays et se rapprochaient de Bamako, mais avec l’aide de la France, les insurgés ont été repoussés et le gouvernement malien maintenu.

Cependant, la situation ne s’est pas améliorée dans les années qui ont suivi. Le terrorisme s’est propagé au-delà des frontières maliennes dans les environs, entraînant une plus grande implication du G5 Sahel. Cette collaboration militaire entre le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger vise à maintenir la paix dans la région, mais de nombreuses forces de sécurité sahéliennes manquent des équipements et de la formation dont elles ont besoin. En conséquence, la France est restée beaucoup plus longtemps au Sahel qu’elle ne l’aurait souhaité, avec son opération initiale Serval remplacée plus tard par l’opération à plus long terme Barkhane.

Certains des alliés les plus proches de la France au Sahel ont payé un lourd tribut pour leur engagement à éradiquer les factions terroristes. Le défunt président tchadien Idriss Déby Itno était en effet tellement engagé dans la cause antiterroriste qu’il lui a coûté la vie lorsque des rebelles l’ont assassiné sur le front en avril dernier. La mort prématurée de Déby a fait craindre que le Tchad, pilier de la lutte contre le terrorisme au Sahel, ne sombre dans l’instabilité. Le fils du leader déchu, Mahamat Idriss Déby, est toutefois intervenu pour diriger un gouvernement de transition qui supervise actuellement un dialogue national visant à ramener le pays à un régime civil.

Général quatre étoiles, Déby le jeune avait déjà mené de multiples opérations militaires contre des groupes extrémistes avant la mort de son père. Depuis qu’il dirige le gouvernement de transition, il a rendu visite à Macron à Paris pour discuter du retrait imminent de la France de la région et de la meilleure façon dont l’armée tchadienne peut manœuvrer au mieux par la suite pour maintenir la pression sur les groupes terroristes, ainsi que pour signaler son intention de presque doubler la taille de son l’armée à 60 000 soldats d’ici la fin de l’année prochaine en préparation.

LA FRANCE RECULE, LA RUSSIE PRÊTE À BONDIR
Ce plan ambitieux pourrait bien s’imposer au lendemain du retrait français, alors qu’en réalité la France rencontrait déjà des difficultés à soutenir seule ses partenaires sahéliens. D’une part, le statut de la France en tant qu’ancienne puissance coloniale dans une grande partie de la région a précipité une couche de méfiance latente à l’égard de Paris.

Ce sentiment anti-français s’est particulièrement installé au Mali, menaçant de mettre un frein aux travaux de la lutte antiterroriste. En effet, ces dernières semaines ont même vu des accusations (non fondées) de la part du gouvernement malien selon lesquelles la France aurait secrètement entraîné des terroristes pour fomenter des tensions ethniques dans le pays. Dans un contexte de plus en plus hostile, Macron a finalement décidé de mettre un terme à ses opérations et a entamé le mois dernier le processus de retrait des troupes. On s’attend à ce que l’équipe de Barkhane de 5 100 membres soit réduite à seulement 3 000 d’ici la fin de l’année, tandis que le groupe de travail de Takuba s’est vanté de le remplacer a obtenu un soutien limité de partenaires non traditionnels comme la République tchèque, l’Estonie et la Suède à ce jour.

Ceci, couplé à la décision de la Maison Blanche de suspendre le soutien américain au Mali à la suite du coup d’État d’août 2020, signifie que Bamako a peu d’options qui s’offrent à elle en termes d’aide internationale. Faites avancer le tristement célèbre groupe Wagner, dont on pense généralement qu’il opère sous la direction du Kremlin. De nombreux citoyens maliens sont descendus dans la rue pour protester contre l’engagement militaire français et appeler les Russes à les remplacer.

Le groupe Wagner est déjà très actif dans les pays voisins, comme la République centrafricaine. Avec 2 000 bottes signalées au sol dans le pays en RCA, les mercenaires russes ont en effet repoussé les rebelles et les terroristes – mais ils sont également accusés de violations flagrantes des droits humains et d’avoir attisé davantage de troubles. En conséquence, la France et les États-Unis ont mis en garde Bamako contre l’ acceptation de l’aide douteuse de Wagner.

PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE PUISSANT
Le Sahel a besoin d’une autre option de soutien, une force véritablement internationale pour renforcer les efforts africains de lutte contre le terrorisme dirigés par les principales puissances militaires régionales comme le Tchad. C’est pour cette raison que Biden doit donner suite à son acte de contrition au sommet du G20 en promettant des avions, des drones et des troupes au groupe de travail Takuba. Heureusement, tous les signes sont positifs que l’administration Biden est en effet sérieuse pour combler le manque à gagner laissé par son prédécesseur et réparer les dommages causés aux relations euro-américaines par l’accord sur les sous-marins AUKUS.

La France a d’abord répondu à cette gifle en rappelant son ambassadeur du sol américain pour la première fois depuis plus de 250 ans. Alors que l’insulte à l’honneur de la France sera sûrement encore intelligente, il n’est pas trop tard pour se racheter. Cependant, ne pas le faire n’entraînera pas seulement une offense aux sensibilités françaises, mais aura également des répercussions bien plus importantes sous la forme d’un Moscou opportuniste exhibant davantage ses muscles en Afrique et provoquant potentiellement des années supplémentaires de conflits, d’effusions de sang et de conflits politiques et le chaos en conséquence.

European views, 15/11/2021

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