Staffan De Mistura entame son mandat sur un terrain miné

Staffan De Mistura entame son mandat sur un terrain miné. L’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental doit relancer le processus de négociation entre le Polisario et le Maroc dans un contexte de reprise des hostilités et d’horizon fermé à tout dialogue sérieux. Les indépendantistes sahraouis, qui ont réagi à sa dernière résolution, accusent le Conseil de sécurité d’encourager le «statu quo»…

Lundi 1er novembre, le nouvel émissaire des Nations unies pour le Sahara occidental a pris ses fonctions après avoir été nommé, début octobre, par le Secrétaire général Antonio Guterres. Staffan de Mistura prend en main le dossier dans un contexte marqué par la fin du cessez-le-feu après l’attaque par le Maroc de la zone tampon de Guerguerat et la reprise des armes par le Polisario. Il aura la lourde tâche de relancer les négociations entre ces deux belligérants et, à une plus grande échelle, les contacts diplomatiques avec les pays et les organisations susceptibles d’influer sur le cours de ces négociations.

Avant lui, l’ONU avait déjà nommé quatre médiateurs pour tenter de régler, en vain, le conflit, vieux de quarante-six ans. Il s’agit des deux Américains James Baker et Christopher Ross, du Néerlandais Peter van Walsum et de l’Allemand Horst Köhler, qui a démissionné de son poste en mai 2019, officiellement pour «raison de santé», en raison de «l’irresponsabilité» du Conseil de sécurité à résoudre le conflit, avaient dit à l’époque des diplomates sahraouis. M. Köhler s’est retrouvé dans une position politique, morale et psychologique qui le poussait à se retirer de sa mission, avait également déclaré le ministre sahraoui des Affaires étrangères, Mohamed Salem Ould Salek. Qu’en sera-t-il pour son successeur ?

Vendredi 5 novembre, Staffan De Mistura s’est entretenu, à New York, avec le représentant du Polisario auprès des Nations unies et responsable de la coordination avec la Minurso, Sidi Mohamed Omar, qui «a informé l’Envoyé spécial de la position du Front sur le processus de paix au Sahara occidental», selon l’agence de presse sahraouie (SPS). Le Polisario, qui avait déjà indiqué que la nomination d’un nouvel envoyé spécial onusien «n’est pas une fin en soi», a réagi sévèrement à la dernière résolution votée par le Conseil de sécurité, vendredi 29 octobre, et qui demande aux indépendantistes sahraouis de «respecter le cessez-le-feu» sans s’attarder sur la responsabilité de Rabat dans la détérioration de la situation sur le terrain. C’est un «grave échec» aux retombées graves sur la paix dans la région, a affirmé le Front. «Il n’y aura pas un nouveau cessez-le-feu tant que l’occupation marocaine poursuit, en toute impunité, ses tentatives d’imposer par la force son fait accompli colonial dans les territoires occupés de la République sahraouie et d’entraver l’organisation du référendum d’autodétermination du peuple du Sahara Occidental», a-t-il expliqué dans un communiqué en date du dimanche 31 octobre.

Le Front Polisario a réaffirmé son rejet «catégorique de l’inaction et du silence du Conseil de sécurité, notamment de certains membres influents, une attitude manifeste dans la nouvelle résolution qui constitue un grave échec aux retombées graves sur la paix et la stabilité dans la région entière».

«Face à l’inaction continue du Conseil de sécurité, il ne reste «d’autre choix que d’intensifier» le combat et de «poursuivre» la lutte armée légitime pour «garantir l’exercice du droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance», a-t-il souligné.

Pour le Maroc, le responsable, c’est l’Algérie

L’adoption par le Conseil de sécurité de sa résolution 2602 (2021) constitue un retour regrettable à la politique «du maintien du statu quo», car l’instance onusienne «ignore complètement la situation de guerre», en cours, dans le territoire depuis le 13 novembre 2020 en raison de la violation flagrante par l’occupant marocain du cessez-le-feu de 1991 et des conventions militaires pertinentes, a encore relevé le Front Polisario dans son communiqué. Mardi 2 novembre, et pour résumer la position du Polisario, son représentant en Europe et auprès de l’Union européenne (UE), Abi Bouchraya Bachir, a qualifié la résolution de «premier clou dans le cercueil de la mission de l’Envoyé spécial onusien De Mistura». Tout observateur de la dernière résolution onusienne, censée constituer le cadre de la mission de De Mistura, «constate qu’il s’agit d’un ancien cadre, de mêmes expressions ambiguës qu’avant qui ne font que confirmer l’impression qu’il n’y a pas de processus, mais qu’il s’agit de nombreux processus menant tous vers une spirale infinie», a-t-il déclaré dans un entretien au quotidien algérien EChaâb.

Pour Abi Bouchraya Bachir, la résolution 2602 est «décevante», non seulement en raison de sa teneur, car toutes les autres résolutions étaient décevantes, mais surtout «en raison de la situation dangereuse au Sahara occidental et la guerre qui fait rage depuis le 13 novembre 2020», une guerre «susceptible de prendre des dimensions plus graves à n’importe quel moment». «Il est clair que des parties influentes au sein du Conseil de sécurité misent sur le statu quo qui n’est autre qu’une consécration de l’occupation», a-t-il dit. Ajoutant que ces parties «entravent toute démarche pour amener le Conseil de sécurité à assumer la pleine responsabilité, à déterminer la véritable partie responsable de la rupture de l’Accord de cessez-le-feu, à définir la feuille de route basée sur l’accord signé entre les deux parties au conflit, à savoir le plan de paix ONU-UA portant organisation d’un référendum libre et démocratique d’autodétermination du peuple sahraoui».

Côté marocain, son représentant permanent aux Nations unies, Omar Hilale, a, de nouveau, désigné l’Algérie comme «responsable» dans la «création» et le «maintien» du conflit au Sahara occidental. Le diplomate marocain, qui s’est exprimé devant la 76e session du débat général de la quatrième commission de l’ONU (chargée des questions de décolonisation), a fait réagir la chargée d’affaires de la mission algérienne. Zakia Ighil a ainsi rejeté le récit marocain «trompeur» visant à déformer les réalités juridiques et politiques du conflit. «Nous sommes contraints d’aborder le discours partial et déformé de la délégation marocaine et de rappeler que la question du Sahara occidental est et reste inscrite à l’ordre du jour de cette auguste assemblée depuis 1963 comme une question de décolonisation relevant de la mise en œuvre de la déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux peuples et pays coloniaux», a-t-elle déclaré. «Une simple lecture des nombreuses résolutions et rapports des Nations unies sur la question du Sahara occidental montre que, depuis son origine, le conflit au Sahara occidental a opposé le Royaume du Maroc au Front Polisario (…)», a-t-elle encore soutenu.

Anis Remane

Reporters, 07/11/2021