La déclaration de guerre qui ne dit pas son nom

La déclaration de guerre qui ne dit pas son nom – Quand ses relations se tendent avec le Maroc et qu’elle a envie de sévir contre lui, que fait l’Algérie ?

Quand ses relations se tendent avec le Maroc, ce qui n’est pas rare, et qu’elle a envie de sévir contre lui, que fait l’Algérie ? Elle ferme ses frontières avec lui, ou bien elle rappelle son ambassadeur. Et si après cela, il persiste dans son hostilité, elle va plus loin encore, elle rompt ses relations diplomatiques avec lui ; et si malgré tout il ne change pas de comportement et que sa colère à elle est à son comble, elle ferme son espace aérien à ses avions. Le hasard du calendrier lui a permis de lui porter dernièrement un coup plus sévère encore : elle a décidé de ne pas renouveler le contrat Gaz Maghreb Europe arrivé à son terme, en vertu duquel elle approvisionnait ses partenaires européens en gaz naturel à travers son territoire, ce qui lui conférait des droits plutôt substantiels de prélèvement. Elle ne l’aurait probablement pas privé de cette manne en dépit de tout ce qu’elle lui reproche, si le contrat en question n’avait pas expiré de lui-même.

Le Maroc, lui, quand il veut passer aux actes, que fait-il ? Il espionne à grande échelle, ou il tue, ou il fait les deux à la fois. A propos d’espionnage, notons au passage que la société israélienne NSO fabricant du logiciel Pegasus, vient d’être placée sur la liste noire américaine. Le même sort devrait être réservé aux Etats qui s’en sont servis, dont le Maroc, apparemment d’ailleurs celui qui en a fait le plus grand usage.

Le Maroc, ne disposant pas de moyens de pression pouvant être mis en œuvre graduellement contre l’Algérie, est porté à l’irréparable d’entrée de jeu. L’assassinat, commis un 1er novembre qui plus est, de trois Algériens sur une route commerciale passant à l’intérieur du Sahara occidental, un territoire qui ne lui appartient pas, ne laisse d’autre choix à l’Algérie que d’y répondre, quand bien même il serait évident que ce soit justement le but recherché par lui.

Cet acte, quel est-il? Un acte de haine pure, une agression caractérisée, une provocation évidente, une déclaration de guerre qui ne dit pas son nom ? Quel qu’il puisse être aux yeux de ses auteurs marocains, qui d’ailleurs ne cherchent même pas à le nier, pour nous, il signifie que le Maroc est passé à l’action armée contre nous. Il n’est pas possible de faire comme si cet acte inqualifiable ne s’était pas produit. D’ici à ce que la guerre éclate pour de vrai, quelle que soit en définitive sa portée, cela ne dépend plus du Maroc mais de l’Algérie.

Un Etat ne fait pas carboniser à l’intérieur de leurs véhicules trois ressortissants confiants et désarmés d’un Etat voisin, sans qu’il se soit déjà placé dans le coup d’après. C’est la raison principale qui fait des trois assassinats une déclaration de guerre, particulièrement lâche par-dessus le marché, les tirs n’ayant pas été précédés de sommation. Si l’Algérie décide de ne pas répondre, elle n’en sera pas quitte pour autant. D’autres assassinats, d’autres agressions se produiront.

Ce n’est pas que le régime marocain soit devenu fou, ou qu’il se soit convaincu qu’Israël l’aidera à remporter la victoire, ou même à se battre à sa place contre nous. C’est qu’il se sait condamné s’il n’obtient pas la reconnaissance internationale de son occupation du Sahara occidental. Il a lié son sort à la possession d’une terre qui n’est pas la sienne, qu’il occupe par la force, et qui peut toujours se libérer de lui. Si elle était sienne, qui la lui contesterait ?

Entre se retirer du Sahara et entrer en guerre avec l’Algérie, il préfèrerait ceci à cela. Une guerre avec l’Algérie, c’est même de son point de vue, ce qu’il peut lui arriver de mieux dans la situation qui est la sienne, son but ayant toujours été de l’impliquer au premier chef dans le conflit l’opposant au Polisario. L’idée a été exprimée ici, il y a encore peu, que son intention était bien de nous attaquer, mais qu’il attendrait pour cela que la guerre éclate entre Israël et ses alliés d’une part, l’Iran et les siens de l’autre. Il l’a fait plus tôt que prévu, tout en restant convaincu sans doute d’un embrasement prochain du Golfe.

Mohamed Habili

Le Jour d’Algérie, 06/11/2021