Accord d’association Algérie-UE : Une flagrante asymétrie

Accord d’association Algérie-UE : Une flagrante asymétrie – La nécessité de revoir l’accord est de plus en plus d’actualité, au regard de ses bilans négatifs

La nécessité de revoir l’accord d’association liant l’Algérie à l’Union européenne est de plus en plus d’actualité, au regard de ses bilans négatifs. Depuis son investiture à la magistrature suprême du pays, le Président Tebboune a fait sienne cette revendication justifiée par l’impératif de faire valoir les intérêts économiques de l’Algérie face aux pertes qu’elle subit unilatéralement depuis la mise en œuvre de l’accord en 2005.

Lors de la réunion du Conseil des ministres, dimanche dernier, le président de la République a donné des instructions à l’effet de revoir les dispositions de l’accord en question, «clause par clause, en fonction d’une vision souveraine et d’une approche gagnant-gagnant, en tenant compte de l’intérêt du produit national en vue de créer un tissu industriel et des postes d’emploi». En août 2020, et dans le même contexte, le chef de l’État avait donne instruction au ministre du Commerce de procéder à une évaluation des accords commerciaux multilatéraux, régionaux et bilatéraux, notamment le dossier relatif à l’accord d’association avec l’UE, devant bénéficier «d’une attention particulière faisant valoir nos intérêts pour des relations équilibrées».

Cette démarche a été engagée en raison des pertes constatées en matière de revenus fiscaux, due, en particulier, à une «mauvaise application de l’accord conclu avec l’UE», affirmait Mme Wahiba Bahloul, directrice de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie. Elle avait révélé que «le bilan en termes de chiffres fait ressortir une perte fiscale de 2 milliards de dollars», mais qu’«il y a quand même d’autres pertes dont les dommages collatéraux qu’il va falloir recadrer», précisant que «tout le chapitre relatif à l’investissement n’a pas été pris en charge».

Dans le même contexte, une analyse de cet accord, diligentée par Dr. Rahal Farah (EHEC d’Alger) et Lydia Harbi (HEC Montréal), actuellement conseillère en stratégie et gouvernance (Arsenal Conseils-Montréal (Canada), établit le constat que l’accord «a été mal négocié», du fait que «l’Algérie sortait d’une période tragique, l’aspect politique a été mis en avant au détriment de l’aspect économique. La priorité était de gagner une légitimité sur la scène internationale», soulignent les auteurs de cette analyse.

En conséquence, notent les deux universitaires, «le protocole censé garantir les intérêts des deux parties n’a pas généré les résultats escomptés». Bien au contraire, «l’intérêt recherché s’est effectué unilatéralement, presque exclusivement en faveur de la partie européenne».

À ce titre, l’analyse fait ressortir «une flagrante asymétrie entre les deux partenaires» en matière d’échanges. Aussi, «le manque à gagner de l’Algérie est mis en exergue, vu que des secteurs clés, comme l’industrie ou encore l’agriculture, n’a pas profité des opportunités offertes par l’accord et de l’ouverture du marché européen», indiquent les auteurs.
D. Akila

El Moudjahid, 02/11/2021