Algérie.- La tartufferie musicale

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Le directeur de la radio nationale a limogé le directeur en charge de la radio régionale de Constantine, et l’animatrice d’une émission, ex journaliste à la retraite de cette radio. Le motif: la diffusion d’une chanson de la diva libanaise Fairouz, chanson invoquant le christianisme sur un air connu, en l’occurrence une chanson dédiée à Noël. On se pince pour voir si on ne rêve pas !

Componction inutile et zèle dégoulinant pour quelques refrains d’une chanson dont la chanteuse (Fairouz ) est elle-même chrétienne ? Les dièses virent aux bémols. Dans ces conditions, il faut carrément supprimer la chaîne3, qui diffuse à longueur de journées et d’années, des chansons qui ont des connotations religieuses plus prononcées, telles que les chansons des Beatles, des Pink Floyd, des Beach Boys, de Jimmy Hendrix, d’Aretha Franklin et autres chanteurs du gospel, genre d’essence fondamentalement évangéliste.

Fairouz chante El Qods, et chante la vie, l’amour, la guerre. Farid El Atrache d’origine druze habita pendant longtemps les ondes de nos chaînes radios. Joan Baez icône du folk chante les hippies avec des chorus très alléluia. Tout ça est audible sur la chaîne 3.

Dans la musique classique, les scherzos de Chopin ou la 40e de Mozart renvoient vers la religion.

Les Beatles, chantent Hey Jude et Let it Be. Combien de fois les a-t-on écouté sur la chaîne 3 ?

Madonna chante Like Pryer , chanson aux relents cabalistiques, mais la star américaine n’est pas pour autant interdite sur nos ondes.

Fairouz remue les entrailles quand elle entonne El Qods…la diffusion de cette chanson donne la trouille à Israël plus que toutes les « intifada » réunies.

La splendide tartufferie musicale du directeur limogeur, chante ici un abus de pouvoir à capella.

Et son diapason autoritaire ,émettant un faux La, lui fait perdre la clé de Sol qui fait les patrons de radios où ne les fait pas.

Kafka se mettant au solfège n’aurait pas réagi comme moudir El Idaa.

La musique adoucit les mœurs…dit le proverbe. Ici elle amplifie les heurts.

Heurts qui consacrent définitivement l’homme qu’il ne faut pas, dans un poste qui mérite mieux.

Madjid Khelassi

La Nation, 15/10/2021