Macron l’historien

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Peut-être s’en trouverait-il pour objecter que bien loin d’avoir renoncé aux voix des Algériens de France, au deuxième tour de la présidentielle de 2022, comme cela a été dit hier péremptoirement dans cette chronique, Emmanuel Macron s’assurait d’elles au contraire, en montrant clairement qu’il était pour le hirak et du même coup contempteur du régime algérien. Ce qui aurait été une grande erreur de sa part, c’était de dire du bien des dirigeants algériens, eux tellement affaiblis par le hirak. Il y aurait une sorte de dualité en Algérie, un dipôle politique en quelque sorte, avec d’un côté le pouvoir et de l’autre le hirak, celui-ci étant pour l’heure seulement à l’arrêt, dans l’attente de circonstances favorables pour resurgir plus fort que jamais. Lui-même un révolutionnaire, Macron ne peut être que du côté de ses homologues algériens.

Cette façon de voir pourrait à la rigueur se défendre s’il s’était contenté de se mêler de nos affaires internes sans jouer en même temps à l’historien. Or il a fait bien plus : il a nié l’existence de la nation algérienne au moment de la conquête française. Il n’est pas évident que cette remise en cause plaise aux hirakistes de France, après tout des Algériens comme les autres. La pire des insultes qu’il est possible de faire à une communauté nationale, c’est de dire qu’elle est la pure création d’une autre

Pour Macron, en cela d’accord avec le Mak, soit dit en passant, c’est la France qui par ses crimes innombrables contre l’humanité algérienne a créé ex-nihilo la nation algérienne. Un crime contre l’humanité accoucheur d’une nation. Un nazi, s’il s’en trouve, pourrait dire la même chose aujourd’hui aux Israéliens : ce sont nos persécutions, notre solution finale qui vous a donné un pays. Nous sommes vos véritables bienfaiteurs, et vos faiseurs. Vos devriez chanter nos louanges au lieu de nous vilipender sans arrêt.

L’histoire n’avance-t-elle par ses mauvais côtés ? Le crime est créateur. Il n’y avait pas de nation algérienne, et puis les Français sont venus, qui par le moyen de toutes sortes d’abominations sont parvenus à faire de peuplades diverses une nation. C’est cela la véritable œuvre du colonialisme français. Mais si Macron doute que l’Algérie fût une nation avant 1830, il ne doute pas qu’elle fût déjà un Etat.

Ou alors il faudrait qu’il doute aussi du coup de l’éventail. L’Algérie était un Etat, mais pas une nation, c’est en tout cas ce qu’il semble penser. Un Algérien un peu au fait de l’histoire moderne pourrait lui dire que si son pays était une nation en 1940, en revanche il avait cessé d’être un Etat. Il y a deux France sous la forme Etat, celle depuis son origine supposée, la conversion de Clovis, jusqu’à 1940, et l’autre, depuis la fin de la collaboration avec les nazis jusqu’à aujourd’hui. La deuxième n’est pas une création française, mais britannique. Elle doit tout à Winston Churchill. Rien à Franklin Roosevelt, il faut le préciser.

Sans Churchill, elle aurait été occupée par les Américains, tout comme l’Allemagne. On aurait vu alors clairement que la France d’aujourd’hui n’est pas la même que celle d’avant 1940. Celle-ci n’est pas morte du fait de la défaite militaire mais de la collaboration avec les nazis. Le régime de Vichy a tué la première France, celle des origines. Il revient aujourd’hui sous une autre forme, menaçant de tuer la deuxième, la France britannique d’aujourd’hui. A la différence de son premier avatar, l’extrême droite d’aujourd’hui n’a pas besoin de s’emparer du pouvoir pour arriver à ses fins. Il lui suffit de s’en approcher d’assez près pour que la classe dirigeante française se mette à se convertir à ses idées.

Mohamed Habili

Le Jour d’Algérie, 05/10/2021