Tunisie : Sortir de l’ornière

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Deux mois après le limogeage de l’ancien cabinet, le président tunisien KaisSaied a chargé NajlaBouden de former un gouvernement dans les plus brefs délais. La principale mission assignée au futur staff dont les rênes ont été confiées à une géologue de formation sera « de mettre fin à la corruption et au chaos qui s’est répandu dans de nombreuses institutions de l’Etat » a indiqué le président tunisien.

Sur son compte facebook Mme Bouden a promis d’ « œuvrer à la formation d’un gouvernement homogène pour faire face aux difficultés du pays et lutter contre la corrution ». Mais outre le fait que la nomination de NajlaBouden en qualité de cheffe du gouvernement est une première dans l’histoire de la Tunisie et du monde arabe, il reste surtout à se demander si cette annonce est à même de constituer une amorce de règlement de la crise politique qui secoue le pays, et qui a pris une nouvelle tournure après la décision du président de limoger le 25 juillet dernier le Premier ministre et le gel du Parlement tunisien.

En effet, si Kais Saeid et les tunisiens peuvent être fier de cette nomination , qui démontre une nouvelle fois que la Tunisie est pionnière en matière d’émancipation de la femme, et qui est de l’avis des associations « le fruit de la lutte des femmes », il reste aussi à se demander si MmeNajlaBouden aura toutes les clés pour mener à bien sa mission.

La question que doivent se poser les tunisiens est celle de savoir si son gouvernement pourra réussir là où les précédents ont échoué. Une interrogation légitime d’autant que la situation économique ne cesse de se détériorer. Un ancien ministre tunisien du commerce, cité par les médias a rappelé que la crise tunisienne, caractérisée par une croissance en berne depuis 10 ans et une forte inflation (6% par an), a été aggravée par la pandémie de covid-19 qui a mis le pays à l’arrêt et l’a privé de cruciales recettes touristiques (jusqu’14% du PIB et environ 400 000 emplois en jeu).

Au plan social, les signaux sont également au rouge. Le chômage est passé de 15% avant la pandémie à près de 18 % dont une forte proportion de femmes et de jeunes. Et un cinquième des 12 millions d’habitants sont considérés comme pauvres ou vulnérables.

C’est dire que la marge du nouveau gouvernement est réduite et surtout qu’il n’a pas droit à l’erreur. La dégradation des conditions de vie a aussi poussé des milliers de tunisiens dans la rue pour revendiquer des changements et des réformes permettant l’amélioration de la situation socio-économique de la population. Les attentes sont très grandes.

Le soutien apporté par la majorité de la population au président après l’annonce de mesures exceptionnelles, dont le gel du Parlement et la levée de l’immunité des députés, renseigne aussi sur le rejet de la classe politique accusée des maux que vit le pays. « Le Parlement (était) un danger pour l’Etat » avait déclaré le président tunisien. Ainsi ce dont Najla Bouden peut être certaine c’est que sa mission ne sera pas une sinécure.

Nadia Kerraz

El Moudjahid, 01/10/2021