Le Maroc et les liaisons dangereuses

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Que le Maroc multiplie et diversifie ses attaques contre l’Algérie procède de la logique de confrontation qu’il recherche. Et des plans qu’on lui demande d’exécuter.

Le makhzen nous espionne. Le contraire eut été étonnant. Surtout venant d’un pays en animosité déclarée avec le nôtre. La réalité connue de tous et pratiquée par tous, est que tout le monde espionne tout le monde ; espionnage et contre-espionnage relèvent de la banale normalité d’un binôme inséparable. Il y a quelques années, la CIA a été prise, à ce propos, la main dans le sac de Merkel et dans la poche de Sarkozy. On se surveille même entre amis. On l’a vu à ce scandale vite étouffé.

Les stations d’écoute téléphoniques pullulent, et, sont un secret de polichinelle. Le logiciel Pegasus est connu de tous les services secrets, depuis plusieurs années. Tout comme son utilisation à des fins de recueil d’informations. Que le Maroc multiplie et diversifie ses attaques contre l’Algérie procède de la logique de confrontation qu’il recherche. Et des plans qu’on lui demande d’exécuter. À quoi peut-on s’attendre d’un pays qui, pris dans la masse de ses alliances, pyromaniaques, est prêt à tout et au pire ?

La normalisation de ses relations avec l’entité sioniste pour tirer profit de son influence diplomatique et de sa puissance militaire, et, son adhésion, ouverte, et, assumée, aux plans de l’OTAN, sont une suite logique aux reniements qu’il opère dans le cadre de son offensive.

Le Maroc a tout simplement, décidé de jouer son va-tout, et d’enfoncer le clou pour hâter, à son profit l’isme de la question sahraouie.

Prêt, pour ce faire, à s’allier au diable, et, à contribuer à la déstabilisation de la région. Sachant qu’en cas de conflit, sont de son côté ceux qui poussent au pire. Donc, prêt à l’internationalisation du conflit marocco-sahraoui, selon une feuille de route répondant aux intérêts extra régionaux des puissances militaires. Tableau, en préparation, d’un classique remake de l’affrontement indirect, des blocs, par exacerbation des conflits sous-régionaux,
au grand bonheur des vendeurs d’armes et des futurs bénéficiaires des marchés de reconstruction. Schéma itératif des guerres par procuration, auquel est en train de donner corps l’extensionnisme marocain sous l’impulsion et les calculs de ses sponsors. Ne pouvant plus reculer, le makhzen travaille sur commande à la déflagration. L’atteste le rapprochement avec l’ennemi juré. L’espionnage téléphonique à grande échelle au profit du vrai maître d’œuvre et de l’ouvrage qu’est l’entité sioniste est une véritable agression.

Elle s’ajoute à l’immixtion dans les affaires intérieures avec le soutien apporté aux séparatistes du MAK. L’objectif est de pousser à l’irréparable. À en découdre. Ce scénario est clair.

S’agissant de Pegasus, le ministre algérien de la Communication, avait, début 2021, fait état de l’existence d’attaques informatiques. On imagine mal que dans un tel contexte, l’Algérie soit restée depuis sans prendre des dispositions requises.

Par contre, ce qui étonne le plus, est la lenteur de la réaction diplomatique algérienne. Les relations bilatérales étant au point mort depuis des lustres, leur rupture totale aurait dû être, il y a belle lurette, une première mesure immédiate, cinglante.

D’autant que ces relations sont, tout à fait, inutiles au vu du bellicisme déclaré du royaume.

Même si la diplomatie à ses raisons et ses mécanismes, il n’en demeure pas moins que la retenue diplomatique n’a de sens qu’en cas de symétrie dans le respect des conventions en usage dans les relations internationales. Conventions allègrement bafouées par la monarchie alaouite qui se sont pousser des ailes depuis son adhésion aux Accords d’Abraham et sa collusion d’intérêts avec la publication des bans de son mariage avec l’ennemi historique, qu’elle introduit dans la région et qui va se faire un devoir d’amplifier les désaccords et la zizanie. Et plus si nécessité.
Avec la carte sioniste, la monarchie marocaine joue ses ultimes atouts pour se sortir du piège de la question sahraouie, plus que jamais, inscrite au chapitre de la décolonisation dans les registres onusien et africain. Ménager l’avenir ne devrait pas conduire à se satisfaire de déclarations de condamnation des nombreux casus belli de la partie marocaine. Il ne s’agit pas, ici, de pousser à l’aventure guerrière, mais la réaction se devrait être multiforme, globale, nettement plus énergique et dissuasive.

La résiliation du contrat gazier qui se profile a le mérite d’aller dans ce sens, et appelle des réactions sévères à chaque récidive provocatrice.

La redondance des mises en garde, des démonstrations de force et des exhibitions des biceps, a ceci d’inutile, est qu’elle est inopérante face à des agressions planifiées, répétées, encouragées et impunies.

Il est vrai que la réponse, en ce domaine, exige de mûres réflexions.

Ce bellicisme, unilatéral, a fait l’objet d’une théorisation et d’une planification par un centre de réflexion, commandées par le makhzen, d’une stratégie d’attaque. Il s’agit d’un plan de guerre identifiant les ennemis du Nord et de l’Est, et les cibles militaires algériennes.

La mise en œuvre de ce plan a commencé avec l’installation de bases militaires, à proximité de la frontière, avec le concours de l’ingénierie et de la technologie de l’entité sioniste.

Alors que la modernisation et le renforcement technologique de l’armée algérienne obéissent à des impératifs et des contingences géo et macro stratégiques qui n’ont aucun lien avec l’hostilité affichée du Maroc, la normalisation affichée de ce pays avec l’entité sioniste c’est aussitôt dit aussitôt fait, traduite par une coopération militaire, concrétisée par un contrat d’armement qui prévoit la fourniture de drones kamikazes, dans un message, de nouveau, provocateur.

L’hostilité marocaine ne date pas d’aujourd’hui.

L’Émir Abdelkader a, déjà, en son temps, eu à pâtir de la trahison du Maroc. L’arraisonnement, durant la lutte de Libération des cinq dirigeants révolutionnaires du FLN, en est une autre. L’agression armée de 1963, alors que notre pays sortait d’une épuisante guerre de 7 ans et demi, est un autre coup de poignard. L’attitude du makhzen et ses déclarations durant la décennie rouge, les accusations gratuites avec expulsions d’Algériens à la suite des attentats terroristes de Marrakech, les déclarations du consul marocain à Oran, Pegasus, le soutien au MAK, la drogue, les récurrentes hystéries médiatiques anti-algériennes, la déclaration du ministre sioniste en visite au royaume, en sont d’autres.

En dépit de ce stakhalanovisme dans la production des actes hostiles et dans une attitude de sagesse visant à prémunir l’avenir des conjonctures passagères, notre pays n’a jamais eu à l’endroit du Maroc, la moindre initiative belliqueuse.
La guerre des sables, la fermeture de la frontière terrestre et la récente rupture des relations diplomatiques sont toutes sans exception des réactions à des agressions marocaines.

Dès lors, force est de croire que les raisons de cette agressivité, permanente, malgré la retenue et le pacifisme algériens, relèvent de l’obsessionnel et du complexe psychopathologique, qui habitent l’esprit revanchard makhzénien.
Ces raisons laisseraient à penser que le Maroc, géographiquement enclavé et à l’étroit sur sa portion congrue, a, contrairement aux apparences, mal vécu notre indépendance et la non reconfiguration de la frontière, telle qu’il l’espérait dans le cadre de sa lubie du grand Maroc. Et qu’il vit, également, mal le voisinage d’un pays, territorialement plus grand au sous-sol plus riche et de surcroît souverainiste.

S’inscrivant dans le cadre du respect du droit international, et parce qu’elle freine l’idéal maghrébin, l’opposition algérienne aux ambitions extensionnistes, téléguidées et multidirectionnelles, du royaume, a mis à nu l’hostilité atavique, qui caractérise, depuis au moins la trahison de l’Émir Abdelkader, la vraie nature faite de dépit et de prédisposition au pire de la relation du makhzen à l’Algérie.

La fraternité, la solidarité et le respect entre les deux pays et leurs dirigeants ont vécu. L’anti-algérianisme et l’anti marocanisme se sont imposés de fait. La réconciliation n’est pas pour demain tant sont irréconciliables les oppositions fabriquées et entretenues par des intérêts extra-régionaux.

À la cupidité extentionniste marocaine correspond l’inflexibilité de la situation de principe algérienne. Au regard des blocage au sein du conseil de sécurité de l’ONU qui empêchent à dessein le règlement de la question sahraouie, les perspectives d’évolution qui s’annoncent n’appellent pas à l’optimisme. Même s’il ne faut pas préjuger de l’avenir, l’idéal maghrébin ressemble de plus en plus à une chimère.

La grande satisfaction de ceux qui tirent les ficelles. Enfin et pour terminer, pour éviter de sombrer dans les travers d’un tourbillon qui nous sera imposé, notre seul espoir est de comprendre maintenant la situation géopolitique présente au sein de laquelle tous les développements de l’avenir sont déjà noués et de mettre en œuvre une politique et des actions capables de maîtriser ces complexités à venir.

Par : Dr MOHAMED MAÏZ
UNIVERSITAIRE

Liberté, 28/09/2021