Video: Reportage sur la virginité au Maroc

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Si les années de plomb donnent mauvaise conscience, le Maroc d’aujourd’hui laisse trop à désirer. « BLAD SCHIZOPHRENE », comme disent les « Hoba Hoba » qui, d’ailleurs, résument bien les choses dans leur dernier album. Et je ne ferais probablement pas mieux : une société déchirée, perdue entre traditions et modernité mais surtout plein de tabous et d’hypocrisie, tant de facteurs pour porter dignement les deux têtes de la célèbre expression Marocaine « Wahad rass kaygouli nkhraj… wahad rasss akhour kaygouli nbka f ddar… »(1).

C’est ainsi qu’on va redécouvrir ces deux visages du Maroc, fruit de trois mois d’étude: forums, sondages, salons de discussion, et micros-trottoirs, cet article a tout mit en œuvre pour essayer d’avoir une petite idée de ce que les marocains pensent d’un sujet fort sensible, la virginité, qu’est ce que cela représente pour eux ? Comment ils la vivent ? Comment ils l’assument ? Et comment le sexe masculin à eu ce singulier avantage que personne ne le lui a jamais accordé ? Enquête sur un sujet tabou, qui ne laisse pas d’indifférents.

Et dieu dit : que l’hymen soit !

L’hymen est une petite membrane située à l’entrée du vagin, bien qu’elle ne bloque pas totalement l’entrée (il faut que le sang des règles passe quand même) elle en cache suffisamment pour ne pas pouvoir procéder à une pénétration sans que cela ne se déchire. Les marocains – pour ne citer que le Maroc – livrés à eux-mêmes, ont pris de cette hymen l’ultime critère existentiel pour décider de leur avenir. La façon dont s’est développé ce concept durant l’histoire ferait probablement un très joli sujet de thèse, le docteur Imane BENCHEKROUN, nous explique que l’hymen, en aucun cas, ne pourrait être une preuve de virginité: « La membrane peut se déchirer accidentellement durant des séances de gymnastique, des cours de vélos ou encore via une mauvaise utilisation des tampons. Une fille peut saigner pendant plusieurs rapports sexuels car l’hymen peut ne pas se déchirer en une seule fois, il y a même des cas où l’hymen se déchire sans saigner. Sans oublier qu’avec une hymenorraphie(2), un gynécologue peut recoudre la membrane en quelques minutes » affirme le docteur BENCHKROUNE.

A l’issu de ce constat, et en sachant que beaucoup de filles ont recours à la sodomie pour garder leur (soit disant virginité), quelle valeur faut-il porter à l’hymen? Pire, sous quel contexte faut-il classer le rituel du mouchoir nuptial tâché de sang comme témoin de la virginité de l’épouse? Aucune réponse n’est disponible, sauf peut être la perpétuation d’une croyance culturelle archaïque sans intérêt social ni fondement scientifique.

Il était une fois… un Maroc schizophrène…

Innombrables sont les témoignages sur le sujet, entre ceux qui exaltent l’affaire et ceux qui la traitent d’une certaine ferveur, on peut distinguer trois catégories de marocains:

Les « wlad nnas »: généralement des musulmans pratiquants, cette catégorie représente 10% de la population sondée, ces principes de fonctionnement se traduisent par une application correcte de la lois sacrée, « nul n’a le droit d’avoir des rapports sexuels hors le lien du mariage », confit Saâd, 37 ans fonctionnaire et père de 2 enfants, « Dieu à interdit et punit gravement zzina(3) pour les deux sexe, je suis resté puceau jusqu’à mon mariage et j’ai tenu à ce que ma femme le soit » ajout Saâd, un peu gêné par ma question. Cette population, bien qu’elle soit en voie de disparition, on ne peut qu’espérer que « llah ykattar mn amtalhoum »(4)

Les honnêtes: 31% des sondés affirment et assument le fait d’avoir des relations sexuelles hors mariage, cette population est remarquablement jeune et convaincue par ces principes, à l’image de Akram, 20 ans, élève gendarme, « Le fait que ma femme ne soit pas vierge ne me pose aucun problème, étant moi même vécu l’expérience, je sais qu’il existe des filles, victimes de l’adolescence… je ne peux pas juger quelqu’un pour une chose que j’ai déjà faite ». Des jeunes fautifs certes, mais conscients de leurs fautes et tiennent à les corriger.

Les hypocrites: ce sont des gens sans aucune éthique, qui se donnent le droit de faire des choses et qui les interdisent pour d’autres, cette catégorie est largement représentée durant le sondage, 52% des cas déclare avoir des relations sexuelles hors mariage mais refuse que leurs femmes (futures femmes) en fassent autant. A la question, Karim, 23 ans, licencié en droit, répond: « Écoutez je n’oblige personne, il y a des filles qui cherchent l’aventure et c’est ce que je leur donne, après tout je suis un homme et c’est une période qui passe, mais au moment du mariage, je vais revenir à mes traditions et aller demander à Lwalida de me choisir une bant al asal(5) », Bant al asal, oui, mais est ce que vous vous considérez comme wald al asal pour la mériter? karim a préféré ne pas répondre à ma question.

Les 7% restant n’ont pas manifesté de position claire.

« Kankhabiw chamss bl gourbal » proverbe marocain.

Abdelkader, 63 ans, retraité, content de savoir que son nom apparaîtra dans un article, il n’a pas pu s’empêcher de me souhaiter le bonheur et la longue vie, « Allah yrdi alik a waldi ». Mais une fois le sujet abordé, je me suis rapidement fait passer pour un non éduqué – Blad schizophrène je vous ai dis – « Ach had lmsakh w kallat trabi! ntouma li kadirou siba f lblad » il commente, choqué par mes questions.

Depuis quand montrer une vérité telle qu’elle est du « siba »? Nous sommes entrain de « Cacher le soleil par un tamis » comme dit le proverbe. Il faut que cela change! Mais comment? Le changement, d’une manière générale, fait peur même en sachant que c’est pour notre propre bien, alors que quand il s’agit de « Hchouma » qui, d’ailleurs, s’attache d’une manière incohérente avec « sexualité », les choses ne peuvent que s’empirer. Une telle mentalité a mis des années, voire des siècles pour être forgée, essayer de la changer n’aboutira à rien, ce sera qu’une perte de temps et d’efforts (une fois de plus), il faut repenser à la façon dont les sujets tabous sont traités à l’école (s’ils sont traités déjà), tout le pari est sur la nouvelle génération, un pari à relever. « L’idéal de la virginité est l’idéal de ceux qui veulent dépuceler » Karl Kraus.

Avant tout, il s’agit de « Femme et virginité » et pourtant, rares sont les femmes qui osent parler du sujet, un réel problème de société et une ampleur méconnue, l’homme, dominateur naturel, n’a jamais cessé d’imposer ses lois, des lois que la femme a fini par adopter, à dire que la virginité chez nous n’est valable que pour les femmes, « Mon future mari, puceau ou non, peu importe par ce que l’important pour moi est que je puisse vivre avec lui sans me prendre la tête et sans problèmes, la virginité de mon future époux j’y pense pas trop comme un facteur qui va conditionner mon mariage » avoue Safaa, 19 ans, étudiante. Le problème est périlleux, pourquoi tant de tolérance de la part de nos femmes et pas du coté des hommes ? Pourquoi nos femmes ne réclament-t-elles pas la même chose que l’homme? La virginité vue par nos hommes, ne serait-elle pas juste la preuve de ne pas apporter avec soi le souvenir d’un autre homme? Une autre forme de machisme absolu de l’homme?

Âazba wla blach… ! (5)

Laila 29 ans, fiancée, assistante exécutive: « La virginité n’est jamais un facteur essentiel pour un mariage nul n’est vierge, le mari ne peut pas être vierge tant qu’il fréquente des femmes avant le mariage et la femme n’est plus vierge tant qu’elle se laisse toucher par un homme, l’essentiel est la pureté d’esprit mais pas de l’organe, qui dit vierge dit pure, ça n’a rien a voir avec le coté sexuel », Laila, fait la différence entre la virginité physique et la virginité morale, une autre façon d’approcher la sujétion sexuelle, mais quoi qu’il en soit, la femme a toujours été un tabou en elle même, depuis le début de la vie, la complexité du corps féminin et de ses mécanismes génitaux (menstruation, grossesse…), incompréhensible par l’homme de cette époque, ont fait d’elle un véritable champs d’expérimentations. Aujourd’hui que nous savons exactement la nature des choses, il est temps de lever le voile, il est temps d’assumer nos actes, il temps de crier « Baraka », cela suffit, assez d’hypocrisie, assez de tartuferie… pour une fois que le Maroc a une chance de se développer.

(1): Traduction possible : « Une tête me dit de sortir, une autre de rester ».
(2): Hymen orraphie ou chirurgie réparatrice de l’hymen.
(3): Relation sexuelle hors mariage.
(4): Traduction possible : « Que dieu les bénisse »
(5): Traduction possible : « Une vierge ou rien ».

Mohammed SLIMANI

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