Maroc-Algérie: un vieux conflit entre monarchistes et républicains

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Le conflit chronique entre l’Algérie et le Maroc : Une exception dans le monde arabe ?

Les tensions diplomatiques actuelles entre l’Algérie et le Maroc sont le reflet d’un long conflit historique entre monarchistes et républicains dans le monde arabe ; par conséquent, un cadre de référence étroit ne peut pas l’expliquer.

Les tensions entre l’Algérie et le Maroc ont une longue histoire. Bien que l’Afrique du Nord, de la Libye au Maroc, soit une société homogène partageant des cultures et des langues similaires, les différences politiques entre les États entretiennent des tensions erratiques entre les pays de la région. Les familles s’étendent au-delà des frontières sous les mêmes noms de famille. La région compte différents dialectes, mais tous les dialectes proviennent de deux langues maternelles : l’arabe et le tamazight.

Historiquement, les tensions se sont concentrées autour de deux entités politiques fondamentales.

Les racines historiques

Entre 120 et 91 avant J.-C., le roi Bocchus de Mauritanie (actuel Maroc) trahit son beau-père Jugurtha, le roi de Numidie (actuel Algérie), et s’allie aux Romains contre Judurtha. Bien des siècles plus tard, au XVIe siècle, alors que les Ottomans étaient sur le point de libérer Oran, une ville algérienne, de la domination espagnole, la dynastie Saadi dirigée par Abdallah ibn Muhammad al-Shaykh, également connu sous le nom d’Abu Muhammad al-Ghalib, s’est alliée à l’Espagne contre les Ottomans afin de rester au pouvoir (voir le livre : « L’Afrique du XVIe au XVIIIe siècle »).

Au XVIIe siècle, alors que les Ottomans sont occupés à conquérir la Tunisie, Moulay Ismail Ibn Sharif entre dans le massif de l’Amour, dans l’ouest de l’Algérie, en 1678-1679, avant d’être vaincu par les Turcs. Cette défaite obligea Moulay Ismail à reconnaître la frontière établie, d’autant plus que ses prédécesseurs l’avaient reconnue par écrit. Sous le règne de Moulay Souleyman, la ligne frontalière est scellée à la vallée de Wadi Kiss en 1795.

Au XIXe siècle, alors que les Algériens luttent contre la colonisation française, l’armée de Marrakech envahit la partie orientale de la Moulouya (Malwiya). Le sultan de Marrakech a trompé el-Amir Abdulkadir (Emir Abdelkader) en fermant la frontière contre Abdulkadir, qui avait l’habitude de traverser son territoire afin de déjouer l’armée française.

À l’époque moderne, l’agression s’est poursuivie : l’implication du roi du Maroc dans l’enlèvement de dirigeants pendant la résistance algérienne contre les Français ; la guerre des sables en 1963 ; la mise en cause de l’Algérie dans les attaques terroristes à la veille des attentats de Marrakech en 1994 ; l’affaire Pegasus. Néanmoins, l’implication du Maroc dans les affaires intérieures algériennes (le Maroc est accusé d’avoir allumé des feux de forêt en Algérie), et le soutien réel de Rabat au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) – classé comme organisation terroriste en Algérie – par l’intermédiaire de son ambassadeur à l’ONU, ont contraint Alger à couper ses liens diplomatiques avec Rabat.

L’impact de la guerre froide

Pourtant, si cette agression témoigne de la position marocaine à l’égard de l’Algérie, les tensions entre les deux pays reflètent un dur contentieux historique opposant royaumes et républiques. À l’époque de la guerre froide, le conflit arabo-arabe (également connu sous le nom de guerre froide arabe) a débuté dans les années 1950 avec l’ascension du président égyptien Gamal Abdel Nasser en 1952, représentant les républiques arabes contre les royaumes arabes dirigés par Faisal bin Abdulaziz Al Saud.

Les républiques se sont rangées du côté des Soviétiques tandis que les royaumes se sont alignés sur le camp américain. Bien qu’elles se soient alliées aux Soviétiques sur le plan stratégique et aient adopté le socialisme, les républiques arabes ont éliminé la plupart des partis communistes et ont emprunté la voie du nationalisme arabe. De l’autre côté, les royaumes du camp américain ont maintenu des structures économiques semi-féodales ou rentières.

L’objectif derrière l’adoption du nationalisme arabe était de rassembler les Arabes afin de mettre fin à leur dépendance vis-à-vis du camp occidental. L’approche de Nasser consistait donc à remodeler les États arabes et à les transformer en républiques en évinçant les dynasties au pouvoir dans les royaumes. Il n’est donc pas surprenant de constater que le dirigeant irakien renversé Saddam Hussein, le dirigeant libyen Moammar Kadhafi, les Assad (père et fils Hafez et Bashar) de Syrie ont tous eu une relation inégale avec les rois arabes.

Si la guerre froide est désormais terminée, ce différend historique s’est poursuivi entre les États arabes. En 1990, Saddam Hussein envahit le Koweït et annonce une nouvelle république dirigée par Ali al-Khafaji al-Jaber. Dans le même ordre d’idées, l’Arabie saoudite accueille le cheikh déchu Jaber al-Ahmad al-Sabah, qui forme le gouvernement koweïtien en exil. En Afrique du Nord, le Maroc soupçonne l’Algérie d’être responsable des attentats de Marrakech en 1994 et impose des visas aux Algériens. L’Algérie a riposté en fermant sa frontière avec le Maroc. Par ailleurs, les États du Golfe ont soutenu l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

À la veille du soulèvement arabe, les royaumes ont largement soutenu l’effondrement des républiques. Outre l’effondrement de l’Irak en 2003, le soutien des royaumes forts était évident lors du soulèvement arabe contre la Libye et la Syrie. Bien que la position envers le régime de Bachar Assad n’était pas claire au début de la révolution, la plupart des royaumes ont clairement commencé à s’opposer à Assad en 2012. En Afrique du Nord, certains royaumes arabes ont soutenu de manière flagrante l’intervention de l’OTAN en Libye pour renverser le régime de Kadhafi.

Les tensions arabo-arabes s’intensifieront avec la nouvelle dispute entre les États-Unis et la Chine pour le leadership mondial. Pendant la guerre froide entre les Soviétiques et les États-Unis, les Arabes ont connu de fortes tensions entre leurs entités politiques. Après la guerre froide, le conflit entre les royaumes et les républiques du monde arabe a pris une tournure différente de celle qui prévalait pendant la guerre froide. Avec la montée en puissance de la Chine et les tentatives des États-Unis de récupérer leur statut mondial, la tension entre les Arabes pourrait aboutir à un recadrage des républiques arabes et au maintien des royaumes.

Bien que la tension entre les Arabes continue de refléter la même tension entre les royaumes et les républiques, l’architecture de certaines des positions des républiques se distingue des versions précédentes. Certaines républiques se sont rangées du côté de la clique des royaumes (comme l’Égypte), tandis que d’autres ne méritent pas d’être critiquées aux yeux des monarchistes. Alors, qu’est-ce qui a changé ? Mon prochain article analysera cette question.

*Chercheur associé au Centre pour l’islam et les affaires mondiales (CIGA) de l’université Sabahattin Zaim d’Istanbul.

Daily Sabah, 24/09/2021