Maroc: Le PJD analyse sa déroute électorale

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Le groupe Lafarge impliqué dans l’occupation marocaine du Sahara occidental

Le PJD a décidé de convoquer un congrès extraordinaire «fin octobre» qui choisira une nouvelle direction après la démission collective de son secrétariat général au lendemain de la débâcle électorale, après dix ans de «pouvoir».

Le parti islamiste marocain PJD s’est réuni, samedi, à huis clos pour tirer les enseignements de sa débâche historique lors des élections générales du 8 septembre au Maroc, après une décennie au pouvoir. Le Parti de la justice et du développement (PJD) «est à un tournant important où nous pouvons questionner nos choix (…) sans succomber à la psychologie de la défaite», a reconnu son secrétaire général démissionnaire, Saad Eddine El Othmani, lors d’une session extraordinaire du conseil national du parti, cité par le site pjd.ma. «Nous sommes confrontés à une phase de remous mais pas à la fin de l’Histoire», a toutefois assuré le chef du gouvernement sortant au cours de cette réunion organisée par visioconférence.

Le PJD a décidé de convoquer un congrès extraordinaire «fin octobre» qui choisira une nouvelle direction après la démission collective de son secrétariat général au lendemain de la débâcle électorale. Au pouvoir depuis dix ans, ce parti islamiste modéré s’est effondré à l’issue du scrutin législatif, passant de 125 sièges dans l’assemblée sortante à 13 sur un total de 395. L’ampleur inattendue de la défaite s’est confirmée avec les élections locales, tenues le même jour que les législatives: le parti a dégringolé de 5.021 élus à 777 aux communales et de 174 sièges à 18 aux régionales contre 174. «Nous sommes encore sous le choc. La situation du parti est difficile. C’est comme s’il était en réanimation, mais nous ambitionnons de le ressusciter», a promis samedi une responsable du PJD, Amina Maelainine.

C’est le parti libéral du Rassemblement national des indépendants (RNI), considéré comme proche du palais royal, qui a «triomphé», lors des dernières élections, raflant 102 sièges à la Chambre des représentants. Son patron, le milliardaire Aziz Akhannouch – désigné dès le lendemain de ll’officialisation des résultats du scrutin, chef du gouvernement par le roi Mohammed VI dont il est proche -, a lancé cette semaine des tractations avec les partis politiques représentés au Parlement en vue de former une coalition gouvernementale. Mais le PJD n’a pas pris part à ces discussions, ayant décidé de retourner dans l’opposition.

Par ailleurs, l’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine (ISACOM) a dénoncé l’implication de Lafarge Ciments Sahara, filiale du groupe LafargeHolcim, dans le soutien à l’occupation marocaine du Sahara occidental. Dans un communiqué cité par l’Agence de presse sahraouie (SPS), l’instance sahraouie a estimé qu’en investissant dans un projet en partenariat avec la holding royale «Al Mada» à Layoune occupée, la compagnie internationale s’implique dans un crime contre l’humanité au Sahara occidental.

«Plusieurs multinationales continuent de se soustraire à leurs obligations juridiques et morales et aux exigences du droit international au Sahara occidental en lien avec la question de l’exploitation des ressources naturelles des territoires dont les peuples n’ont pas encore exercé leur droit à l’autodétermination, et ce, en violation de la Charte des Nations Unies, en particulier l’article 73», a affirmé l’ISACOM.

Et d’expliquer que ces sociétés font des investissements et concluent des contrats commerciaux avec les autorités d’occupation marocaines contre la volonté et les intérêts du peuple sahraoui. Faisant l’objet d’une information judiciaire, le cimentier français Lafarge est soupçonné d’avoir versé des fonds à des groupes terroristes en Syrie, a souligné le communiqué, rappelant la décision de la cour de cassation française, en date du 7 septembre 2021, invalidant l’annulation des poursuites pour complicité de crime contre l’humanité.

Selon l’instance sahraouie, LafargeHolcim a fait des investissements dans les territoires occupés du Sahara occidental, au mépris du droit international et des droits inaliénables du peuple sahraoui, notamment à l’autodétermination et à l’indépendance. L’ISACOM a demandé au groupe franco-suisse LafargeHolcim de cesser de soutenir l’occupation du Sahara occidental en mettant fin à la présence illégale de sa filiale dans les territoires sahraouis occupés.

L’Expression, 20/09/2021