Biden n’est pas Trump, le Maroc le sait désormais

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La nomination d’un Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental «n’est pas une fin en soi», avaient tenu à souligner les responsables sahraouis, alors qu’Antonio Guterres rencontrait des difficultés à nommer le successeur du démissionnaire Horst Köhler, l’ancien président allemand. Mais depuis mai dernier et le rejet par le Maroc de la proposition du SG de l’ONU de nommer à ce poste l’Italo-Suédois Staffan de Mistura, la donne a changé avec une plus grande implication de Washington.

Le changement de l’approche de l’administration Biden se confirme, à la faveur de l’acceptation par le Maroc, ce jeudi, de la nomination du même de Mistura et au même poste d’émissaire. Il est vrai aussi que lorsque les Américains frappent sur la table, rares sont ceux qui sont en mesure de s’y opposer. Or, le secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires du Proche-Orient, Joey Hood, qui avait effectué une visite de travail en Algérie les 25 et 26 juillet avant de se rendre au Maroc avait été bien clair : «Nous voulons voir le nom de l’Envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies dès que possible» et aider (l’émissaire) à se mettre au travail le plus rapidement possible, avec notre soutien ainsi que celui de nos partenaires et alliés, dont l’Algérie», avait-il déclaré.

D’aucuns pourront spéculer sur ce que le Maroc a obtenu en échange de son acceptation, mais il n’en reste pas moins que présentement, il a perdu une nouvelle manche dans ce combat qu’il mène politiquement et médiatiquement pour faire croire à sa prétendue souveraineté sur le Sahara occidental. Une prétention qu’il veut légitimer via la nomination d’un émissaire onusien acquis à sa thèse. D’où du reste le rejet du diplomate italo-suédois.

Rabat et ses relais médiatiques avaient attaqué Staffan de Mistura sur tous les plans, lui trouvant mille et un défauts qui, à leurs yeux, le discréditent pour être nommé.

Cinq mois plus tard, ils vont devoir lui trouver des qualités et des compétences pour expliquer les raisons de ce changement. Mais le Maroc n’en est pas à sa première volte-face. C’est même sa marque de fabrique, et ce, depuis toujours. C’est pourquoi aussi les Etats-Unis sont tenus de maintenir la pression sur Rabat afin d’éviter un remake des scénarios imposés à ses prédécesseurs.

Faut-il juste rappeler qu’ils ont été, dans leur majorité, poussés à la démission par le Maroc, qui n’avait ménagé aucun effort pour faire échouer leur mission en multipliant les obstacles sur leur chemin ? Staffan de Mistura ne doit pas se trouver dans le même cas de figure.

Pour les Sahraouis, son rôle est de «faciliter un processus de paix vigoureux et limité dans le temps qui conduirait à l’exercice libre et démocratique par le peuple sahraoui de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance». Or jusqu’à présent, le Maroc ne l’a pas entendu de cette oreille. L’administration américaine fera-t-elle en sorte que cela change ?

«Notre position est claire. Nous voulons voir un processus dirigé par l’ONU qui aboutisse à un accord acceptable par toutes les parties et qui mènera à la paix et à la stabilité ; c’est ce qu’il y a de mieux pour la région et c’est (l’approche) à laquelle nous allons consacrer notre temps, notre énergie et nos efforts», avait déclaré Joey Hood à Alger.

Cet engagement sera-t-il honoré ? Car la nomination de l’ Envoyé personnel du SG de l’ONU, aussi difficile qu’elle ait pu être, ne constitue qu’un premier pas. «Ce n’est pas une fin en soi». Le plus important est ce qui s’en suivra et ce qui en sortira.

El Moudjahid, 18/09/2021