Maroc: Le royaume des seigneurs

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Chaabane BENSACI

Fin de l’entr’acte! Le Makhzen vient de mettre fin, à sa manière, au deal convenu avec les islamistes du Parti de la Justice et de la Démocratie, depuis 2011. Plaisanterie mise à part, plus besoin ni de justice ni de démocratie, au royaume des seigneurs.

Afin de surmonter l’épreuve du Printemps arabe, Mohamed VI et son cabinet noir ont caressé les islamistes marocains dans le sens du poil, tout en leur accordant quelques concessions de pure forme. A eux les grandes décisions et les principaux leviers de l’économie du pays, à eux l’ivresse d’un pouvoir de pacotille dont ils ont fini par mesurer la triste vanité.

La débâcle du 9 septembre aura secoué le cocotier avant que ne se tienne un congrès où les délégués ont déjà aiguisé les couteaux. Mais à quoi bon, les jeux sont faits.

Après que Abdellilah Benkirane, l’ex-secrétaire général du PJD, ai été démis de ses fonctions de chef du gouvernement, en raison de ses critiques envers une normalisation avec l’Etat hébreu, très prisée par Mohamed VI et son cercle proche, voilà Saad-Eddine El Othmani qui croyait essuyer les plâtres et se découvre un fossoyeur des illusions perdues. De 127 sièges, dans la précédente Assemblée, le parti ne compte plus que 13 représentants.

Une terrible humiliation pour une mouvance dont on sait qu’elle n’a rien perdu de son ambition, même s’il lui faut, aujourd’hui, ravaler son amertume. Avec une représentativité limitée aux dimensions d’une cabine téléphonique, qui n’existe plus d’ailleurs, le Makhzen peut, à bon compte, parler du «temps venu de la modernité». Et qu’importe la vague de colère qui agite les réseaux sociaux et secoue la base électorale du PJD, outrée par le rôle de l’argent sale et les manoeuvres sordides qui ont favorisé l’émergence des prétendues «forces de la modernité».

Le RNI de l’agriculteur milliardaire, Aziz Akhannouch, très proche du palais, le parti de l’Authenticité et de la Modernité (PAM) de l’opposant Abdellatif Ouahbi, son frère ennemi de circonstance, et…l’Istiqlal pavoisent et clament leur vertu, malgré les faits.

Le PJD, lui, crie à l’infamie et à la corruption, comme s’il s’agit d’un phénomène nouveau. El Othmani qui a avalé bien des couleuvres, croit-il sincèrement que le choix de Mohamed VI, réel ou supposé, n’a pas pesé sur cette élection?

Les grands gagnants sont l’un pour la légalisation du cannabis, rejetée par le PJD, l’autre pour la fraternisation avec Israël, et le dernier, un porte-étendard de l’expansionnisme du Royaume.

Bref, les instruments dont a besoin, aujourd’hui, le Royaume pour poursuivre sa dangereuse politique de déstabilisation de la région.

L’Expression, 12/09/2021

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