L’Algérie, sans références lexicographiques propres à elle

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Le dictionnaire monolingue est un recueil contenant des mots, des expressions d’une langue, présentés dans un ordre alphabétique, et qui en donne les définitions, des informations sur eux quant à leurs différents usages et acceptions. Les dictionnaires bilingues et multilingues sont nécessaires pour aider à la traduction d’une langue à une autre. Ne pas disposer des ses propres références lexicographiques est désastreux pour un pays tel que le nôtre, cela laisse le champ libre à l’usage fantaisiste de sa langue et prive les usagers étrangers de celle-ci, quand elle est en partage, de trouver la signification des algérianismes et des mots et expressions purement algériens en usage dans le parler populaire et dans la sphère médiatique. 

L’Algérie n’a pas de références lexicographiques propres à elle ; cela est pour le moins dramatique. Depuis son indépendance notre pays n’a toujours pas numérisé ses bibliothèques ni pourvu ses communautés linguistiques de références lexicographiques algériennes, à savoir un dictionnaire monolingue arabe, un dictionnaire bilingue tamazight-arabe, un dictionnaire bilingue arabe-français, un dictionnaire bilingue français-arabe et même un dictionnaire monolingue français. Il se contente d’importer des dictionnaires conçus dans et pour d’autres pays pour leurs populations.

Pouvons-nous compter sur deux académies mortes-nées ? Aucunement, car leurs textes respectifs de création sont toujours lettre morte. Le ministère de l’enseignement supérieur, celui de l’éducation ainsi que le conseil supérieur de de la langue arabe ne se sont jamais considérés concernés par la conception et l’édition papier et électronique de dictionnaires monolingues arabe et tamazight algériens censés être des références lexiculturelles proprement algériennes destinées à fédérer les algériens en tant que communauté linguistique autour de leurs deux langues nationales et à unifier l’orthographe, la prononciation et la déclinaison de leurs mots.

Il est pour le moins regrettable qu’à l’heure où des pays disposent depuis longtemps de plateformes lexicographiques numériques gratuitement accessibles en ligne où chercher chaque mot de leurs langues géolocalisé et trouver sa définition, sa signification en fonction des pays où elle est utilisée, et l’origine de chacune de ces significations, l’algérien reste encore démuni de références lexicographiques algériennes.

Les dictionnaires algériens qui manquent à nous autres algériens avec nos composantes linguistiques ne constituent pas un luxe, ils sont indispensables pour renforcer notre cohésion linguistique nationale. Les pouvoirs publics jusque là défaillants sont appelés à se ressaisir et combler cette grave lacune à l’origine du règne d’usages linguistiques aléatoires, voire anarchiques. La meilleure option et la moins couteuse pour se doter des références lexicographiques nécessaires est de créer une plateforme numérique algérienne qui sera accessible à tous.

Merzoug Hamimi
Universitaire

Algérie1, 08/09/2021

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