Rupture de fourniture du gaz algérien au Maroc: Une riposte géo-économique

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Le gaz algérien ne transitera plus par le territoire marocain avant d’approvisionner le marché espagnol. L’Algérie se prémunit donc d’un éventuel nouveau chantage de la partie marocaine.

Par Khaled Remouche

L’Algérie a décidé de ne pas renouveler le contrat qui la lie au Maroc inhérent à ses fournitures de gaz au marché espagnol via le gazoduc Maghreb-Europe qui transite par le territoire marocain.

En effet, le ministre de l’Energie, Mohamed Arkab, a indiqué jeudi dernier, lors d’une entrevue avec l’ambassadeur espagnol à Alger, que l’ensemble des approvisionnements de l’Espagne sera assuré par le gazoduc Medgaz. Une information destinée surtout à l’opinion publique locale, car le sort du GME était déjà scellé.

«Le contrat qui lie les parties Espagne, Portugal, Maroc et Algérie court sur 25 ans. Il expire en octobre prochain», explique Khaled Boukhelifa, ancien Directeur de l’énergie, qui connaît bien cette infrastructure puisqu’il a été, entre autres, directeur de la sécurité industrielle au ministère de l’Energie à la réalisation du gazoduc et chapeautait, en particulier, les équipes qui devaient contrôler la qualité de l’ouvrage. Ce qui veut dire qu’à partir de cette échéance, l’Algérie ne fournira plus de gaz au marché espagnol et portugais via ce gazoduc.

«Au titre du droit de transit, le Maroc prélevait 7% des quantités transportées par le gazoduc, soit 700 à 900 millions de mètres cubes annuellement suivant ce contrat.» L’éclairage du ministre de l’Energie signifie implicitement que l’Algérie a décidé de ne pas renouveler ce contrat, et donc l’accord avec le Maroc. C’est bel et bien la fin du GME.

Khaled Boukhelifa a ajouté que le Maroc devient propriétaire du gazoduc après l’expiration du contrat. Quelle sera alors son utilité avec des tuyaux vides ? A la veille de l’expiration de ce contrat, le Maroc, à travers des médias économiques, a tenté d’abord de faire du chantage en affichant ses intentions de ne pas renouveler le contrat, une sorte de pression sur Sonatrach pour qu’elle révise ses prix du gaz.

En omettant un fait surprenant, les prix du gaz avaient flambé de 640% entre 2020 et 2021 sur le marché européen, de 1,55 dollar à 12 dollars le million de BTU, affirme Noureddine Legheliel, spécialiste pétrolier. La donne avait changé au profit de l’Algérie. Ce qui explique, face au peu d’empressement des Algériens, le récent revirement marocain de renouveler le contrat. Or, aujourd’hui, le gros perdant dans l’affaire est le Maroc qui se verra obligé, faute de gaz algérien, d’importer ce gaz à un prix très cher. L’Algérie n’avait donc pas intérêt économiquement à renouveler ce contrat, d’autant qu’elle dispose du Medgaz qui permet d’assurer les approvisionnements de l’Espagne avec une capacité de transport de 10 milliards de mètres cubes/an, une fois la station de compression achevée, en principe vers la fin de l’année. En termes simples, le Maroc n’aura plus à prélever annuellement 700 à 900 millions de mètres de gaz algérien.

Khaled Boukhelifa nous explique qu’avec la mise en service du Medgaz, qui relie directement l’Algérie à l’Espagne, la partie espagnole ne voyait pas à la longue l’utilité du GME qu’elle considérait comme un facteur de surcoût pour les consommateurs espagnols.

Ce spécialiste en énergie raconte qu’à l’époque, il y avait un arbitrage à faire à haut niveau : décider s’il fallait réaliser le Galsi, le nouveau gazoduc qui devait relier l’Algérie à l’Italie ou le Medgaz. Si la première option avait été choisie, l’Algérie serait dans de beaux draps, laisse-t-il entendre.

A noter que le gazoduc Maghreb-Europe a été mis en service en 1996. Le premier contrat de commercialisation a été signé avec l’espagnol Enagas en juin 1992, le deuxième en octobre 2001, avec le portugais Galp Gas Natural en novembre 1996, le marocain l’ONE en juillet 2011.

La capacité du gazoduc est de 11,5 milliards de mètres cubes/an. En 2017, l’espagnol Gas Natural devenu Naturgy, qui détient aujourd’hui les contrats d’Enagas à l’époque, a enlevé environ 6 milliards de mètres cubes du GME, 2,5 milliards de mètres cubes du Galp Gas Natural et 688 millions de mètres cubes de l’ONE.

Naturgy, le principal client espagnol de Sonatrach, se fournira en gaz algérien désormais à partir du gazoduc Medgaz.

Reporters, 29 sept 2021