Maroc-Algérie : Conflit imminent

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Ce qui devait arriver, est arrivé. L’Algérie et le Maroc ont rompu leurs relations diplomatiques. Que va-t-il se passer maintenant ?

Ce qui devait arriver, est arrivé. L’Algérie et le Maroc ont rompu leurs relations diplomatiques. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, en a fait l’annonce le mardi 24 août 2021, lors d’un point de presse. Avant d’annoncer cette issue fatale, Lamamra a fait un long exposé dans lequel il a énuméré tous les griefs de son pays envers le Maroc depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Lamamra a commencé par rappeler la guerre des sables, qui a opposé les deux armées maghrébines entre fin 1963 et début 1964. Il a ensuite décrit tous les malentendus entre les deux Etats depuis 60 ans, rappelant bien sûr l’éternel différend sur le Sahara occidental entre les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenu par Alger, et le Royaume du Maroc depuis 1975. Il est ensuite passé à l’histoire récente, en évoquant les récentes tensions, qui secouent les deux pays et qui ne sont pas mineures.

Voici les raisons qui ont poussé Alger à rompre ses relations avec Rabat. L’Algérie considère que la normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël en décembre 2020 signifie l’installation d’une « avant-garde sioniste » au Maghreb. Et cela, affirme-t-elle depuis décembre, constitue une menace pour sa sécurité. La récente visite officielle au Maroc du ministre des affaires étrangères et futur premier ministre d’Israël, Yair Lapid, n’a fait que jeter de l’huile sur le feu.

Bien que l’on ne sache pas encore s’il l’a fait avec l’approbation des autorités marocaines, depuis Raba, Lapid a critiqué le « rapprochement [de l’Algérie] avec l’Iran », exprimant ainsi l’opposition de l’axe Rabat-Tel Aviv au supposé axe Alger-Téhéran. Ce faisant, il a exporté au Maghreb la rivalité géostratégique entre Israël et l’Iran. Cette démarche a été perçue comme une erreur aux yeux de nombreux Marocains qui, malgré une campagne saoudienne amère qui a conduit à la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Iran, ne considèrent pas l’Iran comme un ennemi.

Depuis plusieurs années, Rabat tente d’accréditer l’idée que Téhéran, par le biais du mouvement libanais Hezbollah, soutient militairement le Front Polisario, avec l’assentiment de l’Algérie.

Depuis plusieurs années, Rabat tente d’accréditer l’idée que Téhéran, à travers le mouvement libanais Hezbollah, soutient militairement le Front Polisario, avec l’assentiment de l’Algérie. Mais pour l’instant, malgré quelques rares articles d’opinion dans les médias marocains et étrangers liés au régime marocain, aucune enquête sérieuse n’a pu confirmer ce scénario. Même les Américains, pourtant vigilants vis-à-vis de l’Iran et du Hezbollah, n’ont rien détecté.

L’autre bévue marocaine qui a mis le feu aux poudres est la quasi-reconnaissance du MAK, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, soutenu par Rabat et considéré comme une « organisation terroriste » par le gouvernement algérien.

Lors d’une réunion virtuelle des pays du Mouvement des Non-Alignés, qui a eu lieu à New York les 13 et 14 juillet, le représentant permanent de la mission diplomatique marocaine auprès de l’ONU, l’Ambassadeur Omar Hilale, a distribué une note aux Etats membres de l’ONU dans laquelle il décrit le « vaillant » peuple kabyle qui a subi la plus longue occupation étrangère et qui « mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination. » La Kabylie est une région algérienne, et contrairement au Sahara occidental, elle ne figure pas sur la liste des territoires non autonomes qui ont le droit à l’autodétermination.

L’indignation et la réponse menaçante du ministre algérien des affaires étrangères Lamamra témoignent du niveau de tension entre les deux pays. Il a dit que le Maroc utilise une partie du territoire algérien pour dire qu’il mérite l’autonomie, qu’il est occupé, et que c’est quelque chose de très grave qui peut conduire à des choses plus graves comme un conflit armé.

« Conflit armé » a été dit et en public. Puis les choses sont devenues très sérieuses : le président algérien Abdelmadjid Tebboune a convoqué une réunion du Haut Conseil de Sécurité (HCS) qui s’est terminée par des annonces solennelles et très explicites.

L’Etat algérien annonce sa décision de « revoir » ses relations avec Rabat et d’intensifier le contrôle sécuritaire aux frontières occidentales en raison des « actes hostiles incessants » du Maroc.

Quelques jours plus tard, l’Algérie a déclaré que les feux de forêt qui ont ravagé le nord du pays ont été causés par des militants du MAK. Pour accroître encore sa pression sur le Maroc, Alger accuse ce dernier d’entraîner les militants du MAK dans des camps militaires.

La rupture des relations diplomatiques n’a été qu’une question de jours. Pour montrer qu’il n’y a pas de retour en arrière et pour signifier que les ponts entre les deux pays sont définitivement coupés, Alger annonce le 26 août qu’elle n’utilisera plus le gazoduc Maghreb-Europe qui relie les champs pétroliers algériens à l’Europe via le Maroc. Mohamed Arkab, le ministre algérien de l’énergie, a expliqué aux Espagnols que désormais, le gaz algérien passerait uniquement par Medgaz, un autre gazoduc qui relie directement l’Algérie à l’Espagne, sans passer par le Maroc.

Cette décision algérienne constitue une perte économique pour le Maroc, qui pompait 900 millions de mètres cubes de gaz naturel par an, sans parler des pertes financières que subira Rabat, qui ne percevra plus d’argent de l’Espagne pour l’utilisation de son territoire.

Que va-t-il se passer maintenant ? Il est peu probable que l’escalade entre l’Algérie et le Maroc se termine par la rupture des liens diplomatiques.

Que va-t-il se passer maintenant ? Il est peu probable que l’escalade entre l’Algérie et le Maroc se termine par la rupture des liens diplomatiques. La crainte que les Marocains et les Algériens résidant dans les deux pays soient expulsés de leurs foyers comme ce fut le cas en 1976 au plus fort de la reconnaissance du Front Polisario par Alger est palpable, mais peu probable, à moins que la situation ne s’aggrave.

Aujourd’hui, il n’y a que des escarmouches entre les Forces Armées Royales (FAR) et les indépendantistes sahraouis qui ont rompu le cessez-le-feu avec le Maroc l’année dernière après les événements du poste frontière de Guerguerat qui sépare le territoire contesté du Sahara Occidental de la Mauritanie.

Mais nous sommes toujours dans une situation de pré-guerre qui a le potentiel de se poursuivre. Elle peut également basculer dans un conflit total si l’Algérie autorise et soutient le Front Polisario à aller au-delà des engagements militaires actuels.

Le Maroc et l’Algérie se sont engagés dans une dangereuse course aux armements au cours des dernières décennies. En 2015, le budget militaire de l’Algérie était de 11 milliards de dollars, tandis que celui du Maroc n’était que de 3 milliards de dollars. Le Maroc a rattrapé l’Algérie après avoir lancé un plan de réarmement quinquennal de 22 milliards de dollars en 2017, puis réintroduit le service militaire obligatoire en 2018. Les deux pays ont sans doute atteint un dangereux équilibre militaire qui, selon les experts, se terminera souvent par une conflagration.

Une guerre, même limitée et courte, affaiblirait considérablement les deux économies, déjà mal en point, provoquerait des sentiments, et rendrait lointaine la réconciliation tant attendue. Surtout, elle déstabiliserait toute la région du Maghreb. Cela ne convient pas à l’Union européenne, qui a besoin de l’Algérie et du Maroc pour lutter contre l’immigration clandestine.

Le Maroc et l’Algérie partagent une histoire, des religions et des langues vernaculaires communes. Même si les deux peuples ne se reconnaissent pas dans les querelles diplomatiques et les velléités belliqueuses de leurs dirigeants, un conflit avec mort et destruction briserait ce lien fraternel qui aujourd’hui, malgré les assurances des deux parties, ne tient qu’à un fil.

Ali Lmrabet

Politics Today, 02/09/2021

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