Monde arabe: conflits internes plutôt que confrontation avec ses ennemis

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Le monde arabe recherche les conflits internes plutôt que la confrontation avec ses ennemis.

Dr Amira Abou Elfoutouh

Comme si les problèmes internes du monde arabe ne suffisaient pas, il semble que nous ayons besoin de plus de crises et de tensions entre les États régionaux. Le gouvernement algérien a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc et a justifié sa décision en invoquant les actions « hostiles » de ce dernier sur le territoire algérien. L’Algérie accuse le Maroc d’allumer des feux dans certaines régions algériennes et d’espionner les fonctionnaires algériens à l’aide du logiciel espion Pegasus, affirmant que cela fait partie d’un diabolique complot maroco-sioniste visant à déstabiliser l’Algérie en soutenant deux mouvements séparatistes.

En fait, la crise entre les deux pays ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à plusieurs décennies. En 1976, par exemple, les relations entre les pays voisins ont également été coupées sur ordre du monarque marocain de l’époque.

Le conflit frontalier a commencé après l’indépendance de l’Algérie en 1962, lorsque des combats ont éclaté dans ce qu’on a appelé la guerre des sables. À l’époque, l’armée algérienne était soutenue par l’Égypte. Le président égyptien de l’époque, Gamal Abdel Nasser, se considérait comme le parrain de toutes les révolutions arabes et soutenait la révolution algérienne avec des fonds et des armes. Il était hostile à toutes les monarchies arabes, qu’il décrivait comme obsolètes et partisanes de l’impérialisme mondial.

Cette hostilité entre l’Algérie et le Maroc a perduré jusqu’à la signature, en 1988, d’un accord de normalisation des relations sous médiation saoudienne. Cet accord n’a toutefois pas fait disparaître les tensions. À un moment donné, le consul du Maroc dans l’ouest de l’Algérie a décrit ce pays comme « un pays ennemi ».

L’ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, profite d’une réunion des pays non alignés à la mi-juillet pour appeler à l’indépendance du peuple kabyle en Algérie. Le gouvernement d’Alger a convoqué son ambassadeur à Rabat pour consultation, une démarche diplomatique habituelle dans les conflits entre pays. L’ambassadeur n’est toujours pas rentré à Rabat.

Il est certain que l’appel du Maroc à l’indépendance du peuple kabyle était une tentative de règlement de comptes politique avec l’Algérie, en réponse au soutien de cette dernière au Front Polisario et à la reconnaissance de la République arabe sahraouie, que Rabat considère comme un territoire marocain.

La question du Sahara occidental est l’un des plus longs conflits politiques et humanitaires du monde actuel. Le territoire est riche en ressources naturelles et a été une colonie espagnole de 1884 à 1976, après quoi le Maroc et le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, se sont affrontés pour le droit à la souveraineté.

Le Maroc veut s’étendre dans le désert riche en phosphates, accroître son influence et s’ériger à la tête de la région. L’Algérie, quant à elle, veut limiter l’influence marocaine et estime qu’elle est bien qualifiée pour être le leader régional. C’est pourquoi Alger a encouragé le Front Polisario à déclarer une République arabe sahraouie indépendante, a persuadé de nombreux pays de la reconnaître et a soutenu la présence du Polisario dans l’ancêtre de l’Union africaine, l’Organisation de l’unité africaine. Son adhésion ayant été acceptée, le Maroc s’est retiré. Le Sahara occidental reste une question complexe et épineuse pour ses voisins.

L’ancien président américain Donald Trump a utilisé ce territoire comme monnaie d’échange pour amener le Maroc à normaliser ses relations avec Israël, en échange de quoi Washington a reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Le royaume a de toute façon longtemps entretenu des liens étroits avec Israël ; sous le roi Hassan II, il y a eu des décennies de liens sécuritaires qui ont été niés par les deux parties. Le dissident marocain Mahdi Ben Barka a demandé à des officiers de renseignement sionistes de l’aider à assassiner Hassan, mais ceux-ci ont informé le monarque marocain et l’ont aidé à retrouver Barka à Paris. Ce dernier a été torturé à mort, et son corps n’a jamais été retrouvé.

Le roi Hassan a récompensé les Israéliens pour leur soutien en autorisant les Juifs marocains à émigrer et en approuvant l’établissement d’un bureau du Mossad dans le pays. En retour, l’État d’occupation a fourni des armes et une formation à l’armée marocaine. Israël a également fourni au pays d’Afrique du Nord des technologies de surveillance et a supervisé la restructuration de l’agence de renseignement marocaine.

L’aspect le plus dangereux des actions du roi Hassan est qu’il a transmis à Israël des détails sur les capacités militaires des États arabes glanés lors d’un sommet à Casablanca en 1966. Des agents du Mossad étaient prêts à écouter le sommet et à enregistrer eux-mêmes les débats, mais Hassan avait apparemment peur d’être démasqué et a donc accepté de le faire lui-même. En 2016, le chef retraité des services de renseignements militaires israéliens, Shlomo Gazit, a déclaré que « ces enregistrements étaient une réussite miraculeuse et donnaient à l’armée l’espoir de gagner la guerre contre l’Égypte. »

Compte tenu des grands services que le roi Hassan avait rendus aux sionistes, il était naturel qu’il devienne un canal de communication entre Israël et le monde arabe. Des réunions secrètes entre des responsables israéliens et égyptiens ont eu lieu au Maroc avant la signature de l’accord de paix de Camp David. En outre, on dit que c’est Israël qui a convaincu les États-Unis d’accorder une aide militaire au Royaume. Ces relations se sont poursuivies sous le fils de Hassan, le roi Mohammed VI, qui a demandé l’aide d’Israël pour amener les États-Unis à reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.

Ceci est un bref résumé des relations secrètes entre l’entité sioniste et le Maroc, qui ont eu lieu sous le règne du roi Hassan II et se sont poursuivies sous l’ère de son fils le roi Mohammed VI, qui a demandé aux sionistes de l’aider à persuader les États-Unis de reconnaître la souveraineté de son pays sur le Sahara occidental. Le chef de la communauté juive du Maroc, Serge Bargudo, a joué le rôle de médiateur du roi et a rencontré des dirigeants juifs américains et des responsables sionistes pour y parvenir. Aujourd’hui, tous ces liens sont révélés au grand jour.

Les observateurs des récents événements entre l’Algérie et le Maroc n’auraient pas été surpris par la décision de l’Algérie de couper les liens avec Rabat. Le peuple algérien souffre sous le régime, et la décision du gouvernement aurait été prise pour détourner l’attention des problèmes nationaux.

Le Maroc n’est pas innocent dans tout cela. Lorsque le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, s’est rendu à Rabat le mois dernier, il a exprimé l’inquiétude de l’entité sioniste quant au rôle de l’Algérie dans la région et à son rapprochement significatif avec l’Iran.

La situation entre l’Algérie et le Maroc résume la position des Arabes dans leur ensemble. Nous sommes plus enclins à nous disputer entre nous et à chercher le soutien de nos ennemis mutuels dans ce processus, plutôt que de travailler ensemble pour affronter ces ennemis.

Middle East Monitor, 01/09/2021