Algérie-Maroc : Le courant n’est jamais bien passé

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Même quand elle ne lui tournait pas totalement le dos, l’Algérie s’est toujours méfiée de son voisin, du roi de l’Ouest pour parler comme Kateb Yacine. Non sans beaucoup de raisons.

Les historiens qui se sont penchés sur les motivations qui ont conduit l’Emir Abdelkader à cesser sa résistance en 1847 ont toujours souligné la traîtrise du sultan du Maroc. Mais d’un point de vue historique, c’est sans doute l’agression du roi Hassan II en octobre 1963, alors que l’Algérie était encore exsangue après une longue et dure Révolution qui traduit le pire de cette propension à la trahison.

Un peu plus tard, le conflit du Sahara occidental révéla, dès 1975, la profonde antinomie entre deux pays qui ont choisi des voies diamétralement opposées. Longtemps, l’Algérie s’est toujours trouvée aux côtés des peuples qui luttaient pour reconquérir leur liberté quand le royaume soutenait les régimes inféodés aux intérêts étrangers. Ce dernier n’a pas hésité à envoyer son armée, entre autres au Zaïre, actuelle République démocratique du Congo, pour sauver un président, le sinistre Mobutu menacé par une révolte.

Le courant ne passait pas entre une république qui avait fait du socialisme et de la justice sociale son socle et un régime qui tenait par la poigne son peuple qui ployait sous l’injustice sociale qui avait conduit à de nombreuses révoltes matées dans le sang.

Accusations fausses et injustes

Cette affaire de décolonisation avait conduit à une rupture des relations diplomatiques le 7 mars 1976, quand l’Algérie et d’autres pays ont reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD). L’exclusion du Maroc des instances de l’OUA – Organisation de l’unité africaine – avait exacerbé les ressentiments vis-à-vis de l’Algérie.

En Février 1989, la venue du roi Hassan II à Alger et la naissance de l’UMA ont provisoirement refermé la parenthèse. Depuis l’arrivée de Chadli, les signes de décrispation se sont multipliés sans dissiper la méfiance.

Le 26 février 1983, le roi Hassan II et Chadli se retrouvent en tête-à-tête. En avril, la libre circulation est rétablie pour les résidents des deux pays et en mai, un accord sur la libre circulation progressive des personnes et des biens et l’ouverture des lignes aériennes et ferroviaires est signé.

Ce processus de normalisation est couronné le 16 mai 1988 par la reprise des relations diplomatiques et la naissance de l’UMA.

Le 5 juin, leurs frontières sont rouvertes et le 7 juin, Hassan II effectue sa première visite à Alger depuis 15 ans, où il participe à un sommet arabe extraordinaire.

Début février 1989, la visite du président Bendjedid à Ifrane, la première d’un chef d’Etat algérien au Maroc depuis 1972, scelle la réconciliation. Un accord est conclu pour un projet de gazoduc devant relier l’Algérie à l’Europe, à travers le Maroc.

En juin 1992, la promulgation par Rabat de la convention de juin 1972 met fin aux problèmes frontaliers.

Arrière- pensées

Tout sera remis en cause le 26 août1994, le Maroc instaure un visa d’entrée pour les Algériens après l’attaque d’un hôtel de Marrakech, où deux touristes espagnols ont été tués par des islamistes franco-maghrébins. Rabat accuse les services de sécurité algériens d’être derrière l’attentat. L’Algérie ferme sa frontière avec le Maroc.

La décennie noire vit le Maroc souffler sur les braises et ses accusations fausses et injustes contre l’Algérie ont conduit à une fermeture des frontières. Cet épisode a montré avec éclat que la partie marocaine n’est jamais sincère et exempte d’arrière-pensées.

De récents «actes hostiles incessants perpétrés par le Maroc contre l’Algérie», pour reprendre les mots de Ramtane Lamamra qui faisait référence au soutien apporté au MAK classé par les autorités comme «terroriste» et les accointances ouvertement assumées avec Israël, ont conduit à une riposte de l’Algérie.

Les propos du chef de la diplomatie israélienne, un pays que le Maroc a introduit comme un pays dans une bergerie, sont un nouveau signe inquiétant.

Ce sont des gouttes qui ont fait déborder un vase trop plein, depuis longtemps.

H. Rachid

Horizons, 25/08/2021