L’Algérie rompt avec le Maroc : Il était temps !

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L’ALGÉRIE ROMPT SES RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC LE MAROC : Il était temps !

Face à un voisin qui démontre chaque jour que Dieu fait son hostilité innée lorsqu’encore il fait mine d’ignorer royalement son entreprise belliqueuse à son égard, l’Algérie, dont la patience aura été de trop, rompt ses relations diplomatiques avec le Maroc. Cette décision souveraine à bien des égards a été annoncée hier, par le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, lors d’une conférence de presse organisée au CIC d’Alger.

« Dans le prolongement de l’annonce par le Haut Conseil de Sécurité de sa décision concernant les relations algéro-marocaines, je voudrais, au nom de Monsieur le président de la République, chef suprême des Forces armées, ministre de la Défense nationale, et au nom du gouvernement algérien, faire la déclaration suivante », a d’emblée indiqué Lamamra, avant d’exposer les méfaits dont s’est rendu coupable le Maroc, assumés au plus haut niveau de responsabilité du Royaume, sachant qu’il n’a pas fait écho à l’appel officiel de l’Algérie quant à clarifier officiellement sa position sur les dernières provocations en date de son représentation diplomatique à l’ONU. Mais ce n’était là qu’une agression d’une longue série rappelée de fil en aiguille par le chef de la diplomatie nationale.

Ainsi, Lamamra relève qu’il est établi « historiquement et objectivement » que le Royaume du Maroc n’ « a jamais cessé de mener des actions hostiles, inamicales et malveillantes à l’encontre de notre pays et ce, depuis l’indépendance de l’Algérie ». Cette animosité, aux caractères systématique, méthodique, prémédité et documenté, avait débuté avec l’agression marocaine de 1963 contre l’Algérie. Cette guerre engagée par les forces royales avec des armements et des équipements lourds et meurtriers a coûté la vie à 850 martyrs algériens, qui ont défendu vaillamment l’intégrité territoriale de leur patrie.

Malgré le prix fort payé par notre pays et « les blessures béantes laissées par cette confrontation armée », rappelle Lamamra, l’Algérie s’est engagé à bâtir des relations d’Etat à Etat avec son voisin. Ainsi, il rappelle le Traité de fraternité, de bon voisinage et de coopération et une Convention de délimitation des frontières conclus à Ifrane et à Rabat. Des textes qui ont consacré le principe de l’intangibilité des frontières héritées aux indépendances.

En 1976, lorsque l’Algérie et d’autres pays ont reconnu la souveraineté à la République arabe sahraouie démocratique, le Maroc revient à la charge et rompt alors brutalement ses relations diplomatiques avec l’Algérie. En 1988, rappelle Lamamra, les deux pays ont décidé à nouveau de « normaliser leurs relations » et projeter sur une « perspective historique » focalisée sur le destin commun entre les peuples algérien et marocain et sur « une coopération féconde à impulser entre les deux pays ». Le communiqué commun rendu à l’issue de ces efforts sert de « fondement et d’ancrage à la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, est rédigé dans une telle perspective ambitieuse et responsable ». Bref, selon Lamamra, il y avait volonté commune de promouvoir entre les deux peuples des relations « permanentes de paix, de bon voisinage et de coopération, et réaffirmation de la pleine validité des traités, conventions et accords conclus entre les deux pays ». Un effort qui allait même booster la construction du Grand Maghreb Arabe en vue de resserrer les rangs des pays arabes, le tout autour de la question palestinienne, son droit à un Etat tout comme la libération de tous les pays arabes. Également, le soutien à une « solution juste et définitive au conflit du Sahara occidental à travers un référendum d’autodétermination, régulier et libre se déroulant dans la sincérité la plus totale et sans aucune contrainte ».

La propagande médiatique et le concours du MAK et Rachad

Passant en revue ces éléments qui fondent preuve à l’appui la politique hostile du Maroc à l’égard de notre pays, Lamamra a rappelé que l’Algérie « s’interdit par principe de s’ingérer dans les affaires intérieures du Royaume du Maroc et des attitudes de sa part, historiquement bien établies, en ont fait l’ample démonstration, singulièrement dans le contexte de graves crises politico-militaires qui ont ébranlé la stabilité et la sécurité du Royaume. » Allusion faite au double coup d’Etat opéré au Maroc dans les années 70. Mais, malgré cela, la machine sécuritaire et de propagande du Maroc, notamment le Makhzen, mène une « guerre médiatique de bas niveau et de grande envergure contre l’Algérie, son peuple et ses dirigeants, n’hésitant pas à forger des scénarios fantaisistes, à inventer des rumeurs et à propager des propos diffamatoires », dénonce le chef de la diplomatie nationale, mettant l’accent sur le plus grave méfait en date opéré par l’ambassadeur Omar Hillale à l’ONU : « Un plénipotentiaire du Royaume s’est illustré par une dérive particulièrement dangereuse et irresponsable en invoquant un prétendu « droit à l’autodétermination du vaillant peuple kabyle », admoneste-t-il ce qui est aujourd’hui un soutien à deux organisations terroristes, le MAK et Rachad, mises à contribution dans les derniers incendies criminels et meurtriers en Algérie. « La provocation a atteint son paroxysme », charge Lamamra, estimant que l’Algérie a fait preuve de retenue lorsqu’elle a demandé officiellement une clarification de la part du Maroc à ce sujet. Mais, « le silence est assourdissant de la partie marocaine », et lequel persiste depuis le 16 juillet dernier. Ce qui, aux yeux de l’Algérie voire une suite logique des choses, « marque d’une caution politique de la plus haute autorité marocaine. »

Partant de ces faits et méfaits, l’Algérie relève l’évidence selon laquelle le Royaume du Maroc « a renié, en totalité ou en partie », de manière « grave et répétée », les quatre engagements fondamentaux sur lesquels est basé le principe de normalisation des relations entre les deux voisins.

Base-arrière des actions hostiles contre l’Algérie

Revenant sur la dernière visite du Mae israélien à Rabat, lequel n’a pas manqué de provoquer l’Algérie à cause de son rapprochement avec l’Iran qui met l’entité sioniste dans tous ses états, Lamamra pointe du doigt le Royaume comme étant une base-arrière qui abrite les ennemis dirigés contre le pays. Autrement, « les accusations insensées et les menaces à peine voilées proférées par le ministre israélien des Affaires étrangères en visite officielle au Maroc et en présence de son homologue marocain qui a manifestement été l’instigateur de tels propos injustifiables. »

Pour mémoire, depuis 1948 aucun membre d’un gouvernement israélien n’a été entendu émettre des jugements et proférer des messages contre un pays arabe à partir du territoire d’un autre pays arabe », relève Lamamra. Ce qui est révélateur « d’une hostilité extrême et d’une fuite en avant sans discernement ni limites. »

En effet, souligne le chef de la diplomatie nationale, le fait que le Maroc fasse entrer une puissance militaire dans la région et d’inciter son MAE à tenir des propos provocateurs à l’égard de l’Algérie constituent « un acte grave et irresponsable sur le plan sécuritaire, notamment suivant le Traité conjoint du 16 mai 1988. Pas que, Lamamra rappelle l’action hostile concernant « la collaboration active et documentée du Royaume du Maroc avec deux organisations terroristes dites MAK et RACHAD » dont il rappelle le crime des derniers incendies en Algérie et l’assassinat odieux du jeune Djamel Bensmail. Il y a également l’affaire non moins grave du scandale Pegasus dont le Maroc est impliqué jusqu’au cou dans l’espionnage de centaines d’Algériens entre citoyens et responsables de l’Etat.

Dans cette longue liste, l’imposition du visa aux ressortissants algériens depuis 1994 suite de l’attentat de Marrakech commis par un réseau de terroristes marocains et étrangers alors que le Maroc a accusé gravement, à tort et injustement l’Algérie qui avait alors procédé à la fermeture de ses frontières. Non sans rappeler « la violation injustifiable de l’enceinte du Consulat général algérien à Casablanca, avec la profanation du drapeau national un certain 1er novembre 2013 », qui est tout aussi une grave dérive diplomatique.

La question sahraouie

À propos de la question du Sahara occidental, il n’y pas lieu de revenir sur la violation flagrante du droit international à travers la rupture par le Maroc du cessez-le-feu, novembre 2020, en agressant militairement les Sahraouis. Un acte par lequel le roi Mohammed VI a renié l’engagement solennel de son prédécesseur Hassan II comme consignés dans les documents officiels de l’OUA et de l’ONU.

À propos de la construction de l’UMA, il s’avère encore que c’est le Maroc qui « a ratifié le plus petit nombre d’accords avec exclusion des accords structurants », rappelle Lamamra à celui qui prétend que c’est l’Algérie qui bloque le processus. « Le Royaume du Maroc a sapé, systématiquement et durablement, la base consensuelle sur laquelle les deux pays ont tracé le cap et les contours harmonieux d’une relation bâtie sur la bonne foi, la confiance mutuelle, le bon voisinage et la coopération », charge Lamamra ciblant la « très lourde responsabilité » des dirigeants du Royaume dans la succession de crises.

En tout état de cause, « l’Algérie refuse de subir des comportements et des actes condamnables et qu’elle condamne énergiquement. L’Algérie refuse les faits accomplis unilatéraux aux conséquences funestes pour les peuples maghrébins », tranche le chef de la diplomatie nationale. Encore plus, l’Algérie « refuse de continuer à entretenir une fausse normalité ayant pour effet de maintenir l’ensemble maghrébin dans une situation de grave précarité, en porte-à-faux par rapport au droit international. »

Farid Guellil

Le Courrier d’Algérie, 25/08/2021