Algérie-Maroc : De la patience à la riposte

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Par Mohamed K.

Il y a moins de trois ans, un incident grave mais très significatif a eu lieu à Oran. Le consul marocain avait déclaré à ses concitoyens vivant en Algérie que ce pays voisin est “un Etat ennemi”.

Un mot scandaleux qui avait défrayé la chronique, obligeant le Makhzen à accepter le renvoi de ce consul indélicat et volubile, juste pour étouffer l’affaire. Or, l’incident était symptomatique de la vision que le palais royal marocain avait de ses relations avec son voisin de l’Est.

D’ailleurs à l’époque, beaucoup d’observateurs avaient clairement exprimé qu’à travers de ce comportement inamical, il était clair que les grands fonctionnaires marocains, ses diplomates et autres agents, sont formés, encadrés et totalement convaincus de la position affichée à Oran: L’Algérie était considérée non pas un pays voisin ou frère, mais un pays ennemi.

Le système politique monarchiste du Makhzen était bâti depuis des lustres sur cette approche belligérante, sur une idéologie de l’adversité, de l’agressivité et de recours permanent à la duplicité, aux connivences malveillantes, aux mensonges et à l’hypocrisie. Par la grâce des conseils de ses plusieurs “think-think”, financés par des mouvances proches de l’entité sioniste, le Makhzen a accepté cette doctrine diabolique, refusant toute possibilité ou recours à la mise en place d’un partenariat régional ou bilatéral, dans un monde en pleine mutation et à la recherche de la paix et de la stabilité.

L’incident d’Oran préfigurait, pour nos observateurs, d’une future tension qui ne pourrait déboucher que sur une inévitable rupture. C’est exactement depuis cette date fatidique, que le Makhzen a lancé sa guerre permanente et insidieuse contre l’Algérie, son territoire, son histoire, ses cultures, sa population, son économie.

Cette guerre façonnée par les laboratoires israéliens va prendre des proportions incroyables, notamment dans l’univers cybernétique et électroniques.

Des milliers de sites anti-algériens sont crées en Europe et en Amérique du Nord, des milliers d’autres blogs sont financés et orientés, des milliers de mouches électroniques propagandistes sont mobilisées pour combattre le discours officiel algérien, pour créer des abcès de fixation et des conflits virtuels au sein de la société algérienne. Le complot est immense, alors que le pays vivait une conjoncture des plus délicates, marquées par une lente transition entre un régime déchu d’Abdelaziz Bouteflika après un hirak populaire qui dura plus d’une année, et une effervescence politique et électorale.

Après tant d’actes hostiles et de graves provocations de la part du Maroc, la patience algérienne aura été plus que exemplaire. Elle a été légendaire pour ne pas couper le cheveu de Mouyaouia, en dépit des appels citoyens à des ripostes circonstanciées et à une défense de notre souveraineté et de notre sécurité.

Aujourd’hui, c’est chose faite. En décidant d’aller vers la rupture avec ce régime belliqueux, agressif, subversif et complètement paranoïaque, Alger a fait le meilleur choix. Impossible de maintenir un semblant de rapport alors que des actes incessants et documentés d’hostilité sont menées par le Maroc contre l’Algérie depuis l’indépendance, soit depuis plus de soixante ans et qui se sont accumulées ces derniers mois, notamment après la normalisation avec l’entité sioniste et ses accords de coopération militaire et d’espionnage.

Pour le ministre des affaires étrangères Ramtane Lamamra, qui a lu un communiqué au nom du président de la république Abdelmadjid Tebboune, ” le Maroc a fait de son territoire une rampe de lancement d’une campagne de dénigrement et accusations et des mensonges contre l’Algérie qui se sont traduits par les propos sans précédents tenus par le ministre israélien des affaires étrangères à partir de Rabat contre l’Algérie”.

Pour rappel, la tension entre Alger et Rabat est montée crescendo depuis l’action jugée plus qu’hostile menée par le représentant du Maroc à l’ONU Omar Hilal, qui a diffusé récemment un discours au groupe des non alignés dans lequel il appelé à l’indépendance de la Kabylie, ce qui a été perçu comme un soutien direct au mouvement de l’autonomie de la Kabylie (MAK) classée comme organisation terroriste par l’Algérie.

Cette tension a pris de l’ampleur après les fracassantes révélations de médias occidentaux sur l’utilisation massive du logiciel d’espionnage israélien Pegasus, pour espionner en Algérie des milliers de personnalités politiques, militaires, hommes d’affaires et d’activistes algériens.
En dépit des demandes officielles d’explication de la part des autorités algériennes, le Makhzen s’est muré dans le déni et le silence.

Le Jeune Indépendant, 25/08/2021