Lettre d’un facebooker au temps du coronavirus

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Amine Bouali

Dès que j’ouvre les yeux le matin, je saute sur mon smartphone pour voir les dernières nouvelles du coronavirus. Avant même d’avaler mon petit déjeuner, c’est devenu une sorte de réflexe : quel malheureux, dans la nuit, a contracté le terrible virus et qui en est mort à cause de son imprudence, de la malchance ou du manque d’oxygène ? J’en arrive naturellement à faire le constat troublant que ce gaz vital, qui fait cruellement défaut dans nos hôpitaux pour sauver des vies humaines, nous est habituellement offert gracieusement par Dame-nature.

Étrange époque où nous ressentons comme un devoir le fait de présenter nos condoléances aux familles des victimes du Covid quand bien même elles ne feraient pas partie de nos connaissances ! Cruelle période où nous sommes réduits à guetter chaque soir l’annonce du nombre de contaminés des dernières 24 heures, où nous sommes presque soulagés d’apprendre que telle personne est décédée de n’importe quelle maladie et non de ce maudit virus !

Depuis une année et demi, la vie s’est organisée, peu ou prou, selon les contraintes fixées par la pandémie et sur le petit écran de mon portable défilent davantage les tristes nouvelles que les annonces réjouissantes qui font remonter le moral. Sans m’en rendre compte, je suis devenu un prisonnier de Facebook, de son ton libre et de ses lubies ! Mais parfois, il m’arrive de détourner les yeux pour fuir la photo insoutenable d’un homme hagard avec un masque à oxygène suspendu sur son nez ou pour échapper à une vidéo émise en direct à partir d’un lit d’hôpital.

Seigneur, comment définir cette tournure d’esprit qui fait que des citoyens ordinaires se prennent pour des reporters de guerre voulant immortaliser, en quelque sorte, la maladie et la mort de leurs proches ? Seigneur, dans quelle drôle d’époque vivons-nous où des parents craignent de passer pour des êtres qui manquent de tact en annonçant la venue au monde de leur dernier-né !

Mais, en même temps, sur le petit écran de mon portable, je vois se déployer, ému et reconnaissant, la belle flamme de la solidarité nationale. Des associations de jeunes et moins jeunes se créent spontanément et se mobilisent pour apporter conseils et aides. Des quêtes sont lancées sur Internet pour mettre à la disposition des malades du Covid des extracteurs d’oxygène. Des voix sages appellent à se serrer les coudes et éviter le dénigrement systématique qui ne sert à rien. N’est-ce pas dans les moments de crise que se révèle le véritable visage d’un peuple et n’est-ce pas, à chaque fois, une occasion pour revivifier l’avenir ?

Algérie1, 04/08/2021