Mohammed VI sur l’Algérie: Entre hypocrisie et belles promesses

Par Mohamed Kouini

Comme à son habitude et comme dans ses rares discours, le roi du Maroc, Mohammed VI, a une nouvelle fois fait appel du pied à l’Algérie, samedi soir, l’invitant à la réouverture des frontières terrestres, fermées depuis 1994, arguant que “les raisons ayant conduit à la fermeture des frontières sont totalement dépassées et n’ont plus raison d’être aujourd’hui”.

Un discours où il ne cessa de répéter les mêmes arguments sur le bon voisinage, l’histoire commune des deux peuples, évitant soigneusement de faire allusion aux deux affaires récentes qui ont provoqué l’ire des autorités algériennes et qui ont soulevé un mécontentement populaire.

Deux affaires qui furent dénoncées en leur temps par l’Algérie, d’abord, quand un diplomate de haut rang du Makhzen, établi au siège de l’ONU, a expressément annoncé le soutien marocain à une organisation qualifiée de terroriste, le MAK, et à une soi-disant autodétermination du “peuple kabyle”. Cette position a poussé le gouvernement algérien à rappeler son ambassadeur de Rabat pour consultations, en attendant d’autres décisions dans le futur.

Au même moment, plusieurs médias occidentaux ont fait des révélations troublantes et avérées sur un vaste réseau d’espionnage contre l’Algérie, ses personnalités politiques, des chefs militaires, des activistes de l’opposition, des hommes d’affaires et des journalistes. Au moyen d’un logiciel israélien Pegasus, les services marocains ont été accablés par des preuves tangibles.

Mais pour le Roi, ces deux affaires ne constituent point un sujet important. Ni regret ni excuses, M6 s’est fendu d’un discours classique, allant jusqu’à lancer une banderille codée, au milieu de sa diatribe, en évoquant le mot “intrus”, allusion claire au Polisario et au peuple sahraoui. Pour certains observateurs, c’est déjà de l’hypocrisie pure de la part de la monarchie marocaine.

Dans ce discours à la nation à l’occasion du 22e anniversaire de son accession au trône en 1999, Mohamed VI affirme : “Nous renouvelons notre invitation sincère à nos frères en Algérie pour œuvrer, de concert et sans conditions, à l’établissement de relations bilatérales fondées sur la confiance, le dialogue et le bon voisinage”.

Pour le roi du Maroc, qui feint de faire le bilan des relations bilatérales, “l’état actuel de ces relations ne nous satisfait guère car il ne sert en rien les intérêts respectifs de nos deux peuples. Il est même jugé inacceptable par bon nombre de pays. Entre deux pays voisins et deux peuples frères, l’état normal des choses, c’est notre conviction intime, est que les frontières soient et demeurent ouvertes”.

Poursuivant son discours, Mohamed VI souligne qu’”à cet égard, force est de constater que ni Son Excellence, l’actuel président algérien, ni l’ex-Président, ni moi-même ne sommes à l’origine de cette décision de fermeture. Néanmoins, devant Dieu, l’histoire et nos concitoyens, nous sommes responsables politiquement et moralement de la persistance du statu quo”.

“Nous ne voulons ni faire de reproches ni donner de leçons à quiconque. Nous nous percevons plutôt comme des frères qu’un corps intrus a divisés, alors qu’il n’a aucune place parmi nous. Par ailleurs, d’aucuns soutiennent l’idée erronée que l’ouverture des frontières apporterait seulement un cortège de malheurs et de problèmes à l’Algérie et au Maroc. A l’ère de la communication et des nouvelles technologies, personne ne peut donner crédit à pareils discours”, ajoute le roi du Maroc.

Visiblement, Mohamed VI, qui paraissait malade ou affaibli, prononçant difficilement son allocution, a voulu balayer, selon ses assertions, des contre-vérités sur le Maroc, colportées par des médias.

Il dit : “A ce propos, je rassure nos frères en Algérie : vous n’aurez jamais à craindre de la malveillance de la part du Maroc, qui n’est nullement un danger ou une menace pour vous. En fait, ce qui vous affecte nous touche et ce qui vous atteint nous accable. Aussi, nous considérons que la sécurité et la stabilité de l’Algérie, et la quiétude de son peuple sont organiquement liées à la sécurité et à la stabilité du Maroc. Corollairement, ce qui touche le Maroc affecte tout autant l’Algérie car les deux pays font indissolublement corps. La vérité est que le Maroc et l’Algérie sont tous deux confrontés aux problèmes de l’immigration, de la contrebande, du narcotrafic et de la traite des êtres humains. Les bandes qui s’adonnent à ces activités criminelles sont notre véritable ennemi commun. Si, ensemble, nous nous attelons à les combattre, nous parviendrons à mettre fin à leurs agissements en extirpant leur mal à la racine”.

A la fin de son discours, le monarque a tenté de jouer “à la main tendue” en affirmant :”Nous déplorons les tensions médiatiques et diplomatiques qui agitent les relations entre le Maroc et l’Algérie. Elles nuisent à l’image des deux pays et laissent une impression négative, notamment dans les enceintes internationales. Aussi, nous appelons à faire prévaloir la sagesse et les intérêts supérieurs de nos deux pays. Nous pourrons ainsi dépasser cette situation déplorable qui gâche les potentialités de nos deux pays, au grand dam de nos deux peuples et des liens d’affection et de fraternité qui les unissent. Plus que deux nations voisines, le Maroc et l’Algérie sont deux pays jumeaux qui se complètent. Par conséquent, à sa plus proche convenance, j’invite Son Excellence le président algérien à œuvrer, à l’unisson, au développement des rapports fraternels tissés par nos deux peuples durant des années de lutte commune”, conclut le roi du Maroc.

Pour le moment, aucune réaction officielle algérienne n’a été enregistrée quant au contenu de ce discours.

Le Jeune Indépendant, 01/08/2021

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