Algérie- Tour d’horizon : cyberguerre, Hirak, RSF, Tunisie

par Hassan Zerrouky

Pegasus ? Ce n’est rien en comparaison de l’US Cyber Command, un « machin » basé à Fort Mead (Maryland, États-Unis) qui mène une véritable guerre électronique sans faire de bruit. Et qui a, entre autres, pour mission d’intercepter les communications électroniques dans le monde, d’empêcher l’intrusion et le piratage dans les systèmes informatique et de cyberdefence américains, de collecter les informations et les documents confidentiels dans les systèmes des pays jugés hostiles aux intérêts US… et d’espionner…

Pegasus, ce logiciel espion est un petit avatar, parmi d’autres, de ce que les États-Unis ont conçu à une échelle beaucoup plus grande pour surveiller leurs ennemis potentiels et même leurs alliés, comme l’a révélé le lanceur d’alerte Edward Snowden, lui-même ancien de la NSA, cet organisme qui coiffe tous les services de sécurité US dont la CIA.

Grâce à ces joujoux électroniques, qui donnent un sacré coup de vieux à toutes ces thèses qui voient la NSA derrière chaque hirakiste, il suffit pour les services marocains d’écouter ce qui se dit sur ces 50 000 « smartphones-khebardjias » dont 6 000 rien qu’en Algérie.

Le Maroc ? J’ai beaucoup de respect pour son histoire et son peuple. Je préfère donc parler du Makhzen, cet État profond, qui a agi comme un enfant à qui on a mis entre ses petites mains un jouet destiné aux adultes. Et du coup, tel Hulk al-adjib qui a bercé nos enfants dans les années 80-90, le Makhzen a été gagné par une tentation à l’hégémonie. Il s’est vu grand. Sûr de l’appui de Washington, d’Israël, des Émiratis et des pétrmonarchies arabes du Golfe, et se sachant impuni quoi qu’il fasse, le Makhzen est allé jusqu’à admonester l’Espagne et même l’Allemagne comme des républiques bananières et à mettre sur écoute le Président Macron et 14 de ses ministres qui, pour l’heure, se taisent ! Pas même la moindre protestation officielle.

Hirak. À Tizi-Ouzou et Béjaïa, pandémie oblige, la protestation citoyenne a baissé le rideau de son propre chef, à l’appel de ses vrais acteurs, pas à l’appel de Zitout et ses amis qui, eux, ont d’autres projets. Deux jours après, de leur prison où ils ne devraient pas être, Hamou Boumedine et ses co-détenus, qui n’ont rien à voir avec le MAK, ont dénoncé la sédition de la Kabylie à laquelle le Makhzen a appelé. Ils l’ont fait par patriotisme, rappelant l’exemple du regretté colonel Mohand Ouel Hadj qui, en 1963, avait cessé son combat armé contre le régime de Ben Bella pour combattre l’armée marocaine qui avait tenté d’annexer Tindouf.

RSF (Reporters sans frontières), la faute. En tentant d’impliquer l’Algérie, l’ONG de défense des journalistes a sans doute voulu allumer un contrefeu destiné à détourner les regards critiques se focalisant sur le seul Makhzen. Raté. RSF, qui s’est décrédibilisé dans cette affaire, s’est certes excusé. Mais le mal a été fait d’autant que l’ONG française a mis ceux qui croient en elle en Algérie dans une posture inconfortable.

Tunisie. En décidant de geler le Parlement pendant un mois et de limoger le gouvernement, le Président Kaïs Saïed a pris un risque certain. D’autant qu’il a pris cette mesure avec l’aval, semble-t-il, d’une armée dont on sait peu de choses et dont on mesure mal le poids politique. Reste que, quelle que soit la qualité des relations entre l’Algérie et la Tunisie, cela n’a pas empêché l’armée tunisienne de prendre part aux exercices militaires dits African Lyon sous commandment US qui se sont déroulés, en avril dernier, aux confins du Sahara Occidental et à proximité des frontières algériennes. Et quand on connaît la vraie finalité de ces exercices, le fait que l’armée tunisienne y ait pris part interroge…

Le Soir d’Algérie, 29/07/2021

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