Affaire Pegasus : De nouvelles preuves accablent le Maroc

Par Mohamed K.

Les preuves continuent d’accabler Rabat dans l’affaire d’espionnage contre l’Algérie, ses voisins ainsi que des personnalités en France et en Afrique.

Après ses récentes déclarations officielles, où le Makhzen récuse les informations publiées dernièrement par un consortium de la presse internationale, et ses attaques à travers les réseaux sociaux, le journal français le Monde a apporté ce mercredi de nouveaux éléments techniques confirmant l’utilisation par le Maroc du logiciel espion Pegasus pour surveiller des journalistes et personnalités en France et ailleurs. Le Monde vient ainsi de battre en brèche, une fois de plus, les dénégations du royaume.

Se basant sur une expertise effectuée par le Security Lab d’Amnesty International, un laboratoire spécialisé dans l’analyse des logiciels d’espionnage, le Monde a indiqué que les téléphones des journalistes et personnalités espionnés, une quarantaine dont 15 en France, ont été effectivement infectés par le logiciel Pegasus.

Il a souligné, à ce titre, que “les experts ont fait parler les archives des téléphones d’Apple. Les iPhones ont ceci de particulier qu’à chaque fois qu’un composant d’IOS, le logiciel qui les fait fonctionner, est lancé (par exemple pour prendre une photo ou envoyer un message), une trace est consignée dans la mémoire du téléphone. Les experts du Security Lab d’Amnesty ont découvert dans cet historique des traces de composants qui n’ont pas été développés par Apple, totalement étrangers à IOS”.

“Dans certains cas, le fonctionnement de ces composants étrangers s’accompagnait de l’exfiltration de données. Autrement dit, la preuve qu’un logiciel espion s’était activé sur ces téléphones”, a ajouté le média.

Le journal le Monde affirme que les traces retrouvées par le Security Lab d’Amnesty International sur les téléphones ciblés par le Maroc sont similaires à celles découvertes par LookOut, une entreprise spécialisée dans la cybersécurité des appareils mobiles : “Elle y avait alors découvert les mêmes noms de composants aujourd’hui exhumés par Amnesty International. La preuve qu’il s’agit d’un seul et même logiciel espion : Pegasus.”

En outre, le journal français a noté que “les experts du Security Lab d’Amnesty International ont aussi, dans certains cas, réussi à isoler des adresses internet utilisées par Pegasus pour communiquer avec l’extérieur : toutes ces adresses, récupérées par les experts ces trois dernières années, présentent d’importantes similitudes, preuves de l’activité d’un seul et même logiciel espion”.

Selon le Monde, “les numéros correspondant aux téléphones ciblés en France figurent parmi une liste de cibles potentielles coïncidant avec les priorités géostratégiques du Maroc (société civile marocaine, responsables algériens et sahraouis).

“Plusieurs services de l’Etat en France ont acquis la conviction que le Maroc était bel et bien client de Pegasus”, a-t-il conclu.

Pour rappel, plusieurs personnalités algériennes, dont de hauts responsables de l’Etat, parmi eux l’ancien président déchu Abdelaziz Bouteflika, le défunt vice-ministre de la défense et chef d’état-major Ahmed Gaid Salah et le diplomate Abdelaziz Rahabi ont été espionnées par les services de renseignements marocains à travers le logiciel israélien Pegasus.

Parmi les Algériens ciblés par cette opération d’espionnage, on trouve de hauts responsables politiques mais aussi des militaires, des diplomates et même des chefs de partis politiques et des chefs d’entreprise, selon une liste révélée récemment par le journal français le Monde.

Ainsi, ce sont plus de 6 000 numéros algériens qui ont été ciblés par le Maroc dans le cadre de cette vaste opération d’espionnage.

Dans cette liste des numéros infectés, on y trouve ceux présumés de Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’ANP décédé en décembre 2019, Ramtane Lamamra, l’actuel chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel, Nourredine Bedoui ainsi que Noureddine Ayadi, qui a occupé successivement les postes de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères puis de directeur de cabinet de la présidence de la République, selon le Monde.

Le royaume chérifien s’est également intéressé à des journalistes et à des personnalités politiques comme Abdelaziz Rahabi.

Suite à ces révélations, le ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger a exprimé sa profonde préoccupation en condamnant le procédé marocain, qualifié comme une atteinte flagrante aux droits de l’homme.

“L’Algérie condamne vigoureusement cette inadmissible atteinte systématique aux droits de l’homme et libertés fondamentales, qui constitue également une violation flagrante des principes et normes régissant les relations internationales”, a affirmé la même source dans une déclaration diffusée dans la soirée de jeudi. Pour le MAE, “cette pratique illégale, malvenue et dangereuse, met en péril le climat de confiance qui doit présider aux échanges et interactions entre les responsables et représentants des Etats”.

“Etant directement concernée par ces attaques, l’Algérie se réserve le droit de mettre en œuvre sa stratégie de riposte et se tient prête à participer à tout effort international destiné à établir collectivement les faits et à faire la lumière sur la matérialité et l’ampleur de ces crimes qui menacent la paix et la sécurité internationales ainsi que la sécurité humaine”, a souligné le communiqué.

“Toute impunité constituerait un précédent extrêmement dommageable à la conduite de relations amicales et de coopération entre les Etats conformément au droit international”, a conclu le journal le Monde.

Le Jeune Indépendant, 29/07/2021

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