Projet Pegasus : la boîte de Pandore est ouverte !

Décidément, l’enquête effectuée par le consortium de 17 médias a ouvert une véritable boite de Pandore en dévoilant l’espionnage de plus de 50000 téléphones portables à travers plusieurs pays dans le monde par le logiciel Pegasus, mis au point par la compagnie israélienne NSO. De nombreux pays ont utilisé ce logiciel pour espionner aussi bien leurs citoyens (journalistes, militants des droits de l’homme, …) que des hauts responsables d’autres pays, dont l’Algérie et la France. Même le président de ce pays, Emmanuel Macron, n’aurait pas échappé à cette surveillance, effectuée par un pays considéré comme ami de la France, le Maroc. D’anciens et actuels responsables algériens ont aussi été espionnés par le biais de ce logiciel, toujours par le Maroc. Ce dernier a nié complètement avoir utilisé le logiciel mais plusieurs médias, dont Le Monde, ont persisté dans leur affirmation et déclarent détenir des preuves irréfutables.

D’autres pays ont été cité comme clients de NSO et utilisateurs de Pegasus et la compagnie israélienne se défend et déclare qu’elle a fourni ce logiciel à près de 40 pays dans le seul but de lutter contre le terrorisme, ce qui a été facilement réfuté par les journalistes et militants auteurs de l’enquête.

En France, le président Macron a convoqué une réunion d’urgence du conseil de sécurité pour étudier cette véritable atteinte à la sécurité de l’Etat (un téléphone du président Macron et de plusieurs ministres ayant été espionnés) et aux moyens d’y faire face, démontrant par là que les dénégations du Maroc quant à son implication n’étaient perçues que comme des gesticulations inutiles.

L’Algérie a ouvert une enquête pour déterminer l’ampleur exacte de cet espionnage de la part de nos voisins de l’ouest afin de mettre au point les ripostes adéquates. Dans la foulée et en prenant le train en marche, l’organisation RSF (Reporters Sans Frontières) avait accusé l’Algérie d’avoir utilisé le logiciel d’espionnage, se récusant quelques heures plus tard pour annoncer que le nom de l’Algérie a été cité ‘par erreur’ et a été retiré par la suite. L’Algérie a déposé plainte par le biais de son ambassadeur à Paris et l’affaire suit son cours car il est inconcevable qu’une erreur de la sorte puisse être faite, surtout pour de si graves accusations. C’était plutôt la haine maladive contre l’Algérie et une volonté délibérée d’installer un amalgame pour tenter de sauver le royaume chérifien qui ont guidé l’action de RSF. L’association devra payer les pots qu’elle a cassés.

Et ce n’est pas tout !

Will Cathcart, PDG de WhatsApp confirme et rappelle :

« Les révélations du Projet Pegasus correspondent à ce que nous avons vu lors de l’attaque il y a deux ans »

En effet, l’entreprise WhatsApp a découvert en 2019 que NSO Group avait infecté des téléphones avec Pegasus en utilisant une faille de sécurité dans son logiciel. Après avoir réagi énergiquement face à cet espionnage via WhatsApp, l’entreprise a colmaté la faille avant d’avertir les quelques 1400 victimes de cette attaque et a déposé plainte auprès des autorités compétentes.

Après les révélations publiées au courant de cette semaine et mettant à nu l’espionnage dont ont été victimes plus de 50 000 téléphones à travers le monde, le PDG de WhatsApp a accordé un entretien au ‘The Gardian’ dans lequel il revient sur leurs observations en 2019 lors de la découverte de l’attaque et ce qu’a révélé l’enquête menée par les 17 médias ainsi que des ONG.

Il révèle en effet que les ‘révélations correspondent à ce que nous avons vu lors de l’attaque que nous avons combattue il y a deux ans. Ces révélations sont parfaitement cohérentes avec ce que nous avons appris’. Continuant sur sa lancée, il déclare que parmi les 1400 victimes de l’attaque, ‘il y avait aussi des responsables gouvernementaux, y compris à des postes de haute responsabilité’. Il y avait aussi des alliés des USA, des journalistes, des militants des droits humains et d’autres personnes encore, affirme-t-il.

Des gouvernements demandent à WhatsApp d’affaiblir le niveau de sécurité

Will Cathcart révèle aussi que certains gouvernement demandent à l’entreprise qu’il dirige d’affaiblir à dessein le niveau de sécurité des messages et : « je pense que c’est le bon moment pour que les gouvernements cessent de nous demander d’affaiblir le niveau de sécurité des messages et pour que nous ayons à la place une discussion à l’échelle de toute l’industrie sur la meilleure manière de rendre Internet et nos communications plus sures. Voilà ce dont nous avons besoin ».

Questionné sur les identités des responsables gouvernementaux qui ont été victimes de ces attaques en 2019, le même responsable évoque la vie privée des personnes pour ne pas donner plus de détails mais rappelle que l’attaque n’a été active que pendant quelques semaines avant d’être déjouée par les services de WhatsApp : « durant cette brève période, il y a eu 1400 victimes, imaginez que cette période ait été plus longue, le nombre aurait été beaucoup plus important ».

Pegasus peut attaquer même les toutes dernières versions d’IOS, le logiciel central des iPhone

Le PDG de WhatsApp estime aussi qu’il n’est possible de protéger la vie privée des utilisateurs qu’en faisant tout pour la sécurité mais, surtout, ‘faire beaucoup de bruit’ : « il faut parler, porter plainte, vous assurer que les agresseurs soient tenus pour responsables, partager les informations avec les victimes, les chercheurs en sécurité informatique.. », prévient-il, en ajoutant que ce logiciel de la NSO ou d’autres encore peuvent pirater tous les systèmes installés sur les téléphones car ils sont très puissants.

Il annonce aussi être très contents que Microsoft, Google et l’Internet Associate ont déposé des motions écrites pour soutenir WhatsApp dans son procès contre NSO. Il préconise aussi une union à grande échelle de toutes les industries informatiques pour mettre fin aux logiciels espions et ‘changer la manière dont les gouvernements réfléchissent à ce sujet’.

Concernant le procès intenté contre NSO, WhatsApp a eu gain de cause en première instance mais NSO a fait appel et le procès est toujours en cours.

Afin de rendre les téléphones plus surs, Will Cathcart préconise de tout mettre en œuvre pour y arriver, chacun y mettant du sien, ceci d’un côté, et, de l’autre, que les coupables soient poursuivis et tenus pour responsables, sinon : « vous donnez l’impression que ce qu’ils ont fait n’était pas un problème », termine-t-il.

En attendant d’autres révélations, la boite de Pandore demeure toujours ouverte.

Tahar Mansour

La Patrie News, 25/07/2021

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