Libye : Un ciel obscurci

De nouveau, Rome va accueillir à partir d’aujourd’hui dimanche, une série de discussions interlibyennes qui pourraient s’avérer décisives pour les élections du 24 décembre prochain. En effet, suite à l’échec des discussions menées par l’ONU à Genève, la menace d’un report, voire d’une annulation, pèse sur l’important rendez-vous électoral de décembre.

Le ciel que l’on croyait désormais dégagé s’obscurcit à l’approche de la date, qui devrait marquer la fin de la transition en Libye. Le 15 juillet, l’Envoyé spécial du SG de l’ONU pour la Libye, Jan Kubis, avait fait part, devant les membres du Conseil de sécurité, de ses craintes de voir les efforts déployés en vue de faire aboutir le processus politique anéantis par les Libyens eux-mêmes. «Je crains que la Libye perde la percée réalisée et que l’accord de cessez-le-feu s’effondre si le processus politique reste bloqué», avait-il déclaré.

Selon l’émissaire onusien, «certaines parties en Libye ne sont pas prêtes pour la tenue des élections prévues pour le 24 décembre prochain», avait-il ainsi indiqué. Les parties mises en cause, sans pour autant être nommément citées, insistent, selon Kubis, «à imposer des conditions préalables à la tenue des élections à temps». D’où l’importance des réunions romaines, annoncées du reste par Kubis lui-même, il y a dix jours.

Pour les Nations unies, l’essentiel consiste à sauver l’échéance électorale de décembre prochain. La présence, annoncée, de hautes personnalités libyennes devrait contribuer à lever les désaccords, et les parties libyennes sont appelées par le responsable onusien à déployer tous les efforts nécessaires pour organiser les élections à la date fixée et mettre de côté leurs divergences pour parvenir à un accord.

Pourtant, jusqu’à ces dernières semaines, ce développement du dossier libyen n’était pas imaginé. Mieux, l’espoir était permis de parvenir enfin à un règlement durable. En effet, la signature de l’accord de cessez-le-feu, le 23 octobre dernier, suivie de la réunion du forum de dialogue politique libyen, puis de l’investiture du gouvernement d’union nationale par le Parlement, ont été perçus par les observateurs comme autant de signes positifs qui ont laissé croire que la Libye allait enfin et définitivement tourner la page d’une décennie de chaos.

Mais comme c’est souvent le cas en Libye, l’optimisme aura été de courte durée. D’autant que la situation évolue au gré des desideratas de certains acteurs libyens et étrangers qui tentent de dicter et d’imposer leur volonté. Pourtant, pour l’ONU et la communauté internationale qui accompagnent le processus politique en Libye, il est hors de question de renoncer à la tenue des élections.

L’éventualité d’un report n’est pas aussi envisagée. «Nous ne pouvons, en aucun cas, transiger sur la date du 24 décembre, pour quelque motif que ce soit», a déclaré le chef de la diplomatie française, qui a présidé la dernière session du Conseil de sécurité consacrée à la Libye.

Cependant, il ne peut ignorer que ni l’ONU ni la communauté internationale ne sont en réalité en mesure d’imposer quoi que ce soit aux parties libyennes. Dès lors, faut-il s’interroger, la paix est-elle vraiment à portée de main en Libye ?

EL MOUDJAHID, 25/07/2021

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