La provocation du Maroc engendre une «union sacrée» en Algérie

La dernière provocation en date du Makhzen marocain par la voix de son représentant aux Nations Unies qui a osé parler du droit à l’autodétermination du « peuple kabyle » a été accueillie comme c’était prévisible par une levée de boucliers de la part de l’ensemble des forces politiques et syndicales en Algérie. Fait remarquable, la réaction n’est pas venue seulement des partis traditionnels et des organisations syndicales et patronales à la botte du pouvoir. Les partis d’opposition et les syndicats contestataires n’ont pas hésité de leur côté à condamner fermement la sortie du diplomate marocain.

Dans un communiqué signé par le premier secrétaire national, Youcef Aouchiche, Le FFS a condamné la distribution par la représentation du royaume marocain près l’ONU aux pays membres du Mouvement des Non-Alignés, d’une note à caractère provocateur odieux, dont la teneur n’est que mensonge et calomnie, dans une tentative désespérée d’attenter à notre chère patrie et de semer la division au sein de notre vaillant peuple uni ». « Cet acte abject, loin des sentiments de fraternité, d’estime et d’amitié que se vouent les deux peuples algérien et marocain et loin des principes même de la diplomatie, est un dérapage dangereux et un acte irréfléchi », souligne le FFS qui affirme que « l’indépendance et l’intégrité du territoire algérien sacré, arrachées au prix de lourds sacrifices et de tant de caravanes de chouhada, constituent une ligne rouge qu’il n’est permis à personne de franchir quel qu’en soit le prétexte ».

De son côté, le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP), d’habitude très virulent à l’égard du pouvoir, n’a pas hésité à condamner « les provocations systématiques continues » du Makhzen, affirmant que ces pratiques « honteuses et récurrentes » s’inscrivent dans le cadre d’une « série de forfaitures » auxquelles nous a habituées le Maroc. Dans un communiqué rendu public, le SNAPAP s’est fortement indigné contre les provocations « systématiques et continues du Makhzen à travers la note distribuée par la représentation marocaine aux pays membres du Mouvement des Non-Alignés et par laquelle il soutient un mouvement classé terroriste par l’Etat algérien et qui appelle à la séparation d’une partie intégrante de notre territoire national ».

Ces pratiques marocaines « honteuses et récurrentes » et qui « ne reflètent en aucun cas les liens de fraternité entre les deux peuples, s’inscrivent dans une « série de forfaitures » auxquelles nous a habituées le régime marocain, a précisé le SNAPAP, soulignant que « le Makhzen s’acharne, aujourd’hui, contre l’unité et l’identité du peuple algérien qui demeure conscient de ce qui se trame contre lui par les ennemis de l’Algérie déterminée à barrer la route à ces derniers grâce à ses enfants dignes et loyaux », a rappelé le Syndicat dans son document. Ces manœuvres fomentées par certaines parties et visant, depuis des années, à saper l’unité et la stabilité de notre pays n’auront aucune influence sur le peuple algérien vaillant et uni dans toutes ses composantes nationales, qui a choisi d’emprunter, en toute liberté, la voie des institutions constitutionnelles et d’aller de l’avant pour tourner la page et édifier une Algérie nouvelle », a poursuivi le SNAPAP.

Certes, la réaction du FFS et du SNAPAP est venue avec un retard de plusieurs jours tout à fait incompréhensible. Mais comme on dit en pareilles circonstances, mieux vaut tard que jamais. Pour les observateurs, l’ « union sacrée » engendrée par la provocation du Makhzen démontre une fois de plus que les Algériens, par delà leur opposition sur des questions de politique intérieure, savent faire front uni quand il s’agit de l’intégrité de l’Algérie. Cependant, ces mêmes observateurs ne peuvent pas s’empêcher de reconnaître que le pouvoir a bien profité de cette crise diplomatique pour détourner l’attention de l’opinion publique algérienne des problèmes récurrents qui ont conduit les Algériens à se soulever dans plusieurs wilayas à l’instar de ce qui s’est passé dans les wilayas du sud du pays. Par ailleurs, la crise avec le Makhzen a sans doute poussé les clans en lutte au sommet de l’Etat à mettre provisoirement de côté leurs différends pour se consacrer à ce nouveau défi diplomatique et sécuritaire.

Dans ces conditions, la lutte des Algériens en vue d’imposer des réformes de structure à la hauteur des attentes populaires sera plus difficile dans la mesure où parmi les forces qui étalent aujourd’hui ostensiblemen leur « patriotisme », il y en a certaines qui ne voient dans l’Etat algérien qu’une vache à lait pour leurs nombreux cousins infiltrés au sein de l’Administration et dans les entreprises publiques.

Mustapha Senhadji

Algérie solidaire, 21/07/2021

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