Migration: L’humain, objet de transactions

par Abdou BENABBOU

Dans la prise en charge des immigrés clandestins qu’ils voudraient refouler de chez eux, certains Etats européens, à la tête desquels la France, accusent le gouvernement algérien de faire preuve d’indolence. Accompagnées de pressions soutenues et d’un ballet de visites à Alger de ministres, les accusations se répètent sans tenir compte des éléments objectifs fondamentaux qui composent ce lourd dossier.

Il est exigé de l’Algérie une ferme disponibilité à recevoir ses nationaux clandestins au nom d’une entraide par plusieurs aspects douteuse caractérisée par un égoïsme politique loin de toute bienséance diplomatique. Vouloir se débarrasser de voyageurs particuliers devient dans ce cas d’espèce un troc à sens unique s’apparentant à une autre forme de traite d’humains contraire à un principe humaniste essentiel. Contrairement à certains pays magrébins et africains, les Algériens n’accepteraient jamais de marchander leurs enfants et n’en feront pas un objet de commerce.

A l’opposé de leurs voisins, ils se sont toujours fait un point d’honneur à annihiler les tentatives d’escapades clandestines vers l’Europe de jeunes et de moins jeunes en mal de vie. Les autres au contraire n’ont pas hésité à saisir l’aubaine pour des infanticides au grand jour au vu et au su de tout le monde en jetant à la mer des milliers de leurs enfants. L’espace européen est devenu un terrain propice à un commerce original où l’être humain est outil de transactions parmi lesquelles l’enjeu électoral en Europe et la consolidation des pouvoirs en Afrique et ailleurs occupent les premières places.

Le gouvernement algérien a toujours montré sa bonne grâce à accueillir ses ressortissants ivres de rébellion. Très loin de tout marchandage en euros trébuchants, la seule et unique condition avancée sans autres préalables marchants est que les refoulés soient Algériens. Or on sait que la majorité des harraga ont noyé leurs identités en haute mer pour devenir des citoyens du monde difficiles à identifier. Une fois leurs aventures suicidaires stoppées, tous ou presque tous prétendent qu’ils sont Algériens. Etre refoulé vers Alger garantit une magnanimité rassurante.

Ceux qui de l’autre rive de la Méditerranée ont affirmé que leur pays n’avait pas vocation à accueillir la misère du monde devraient comprendre que l’Algérie non plus n’est pas la seule dépositaire d’un humanisme de large aloi pour gérer la décrépitude des existences terrestres.

Le Quotidien d’Oran, 17/07/2021

Etiquettes : France, Algérie, UE, migration, rapatriement,


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