Libye: Des services sexuels contre de l’eau potable

Amnesty dit que les migrants dans les camps libyens sont contraints d’échanger des services sexuels contre de l’eau potable

BRUXELLES, 15 juillet (Reuters) – Amnesty International a déclaré jeudi que les migrants détenus dans les camps libyens sont soumis à d’horribles violences sexuelles de la part des gardiens, et sont notamment contraints d’échanger des services sexuels contre de l’eau potable, de la nourriture et l’accès à des installations sanitaires.

Le rapport, qui s’est concentré sur les migrants interceptés en Méditerranée et qui ont débarqué en Libye en 2020 et 2021, suggère une aggravation des conditions dans les camps, bien qu’ils aient été récemment placés sous le contrôle du ministère libyen de l’Intérieur.

Le pape François et le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres ont appelé à leur fermeture.

Les gardiens du camp disent : « Vous voulez peut-être de l’eau fraîche et des lits… laissez-moi avoir des relations sexuelles avec vous, pour que je puisse vous libérer », a déclaré une femme à Amnesty, l’une des nombreuses personnes qui ont dit que les gardiens avaient violé ou contraint des femmes à avoir des relations sexuelles en échange de leur libération ou d’eau fraîche.

Les conclusions sont issues d’entretiens avec 53 réfugiés et migrants, âgés de 14 à 50 ans, originaires de pays tels que le Nigeria, la Somalie et la Syrie, pour la plupart encore en Libye, qui avaient pu fuir les camps ou avaient accès à des téléphones.

Certaines femmes enceintes à l’intérieur des camps ont raconté à Amnesty qu’elles avaient été violées à plusieurs reprises par des gardiens, tandis que des hommes ont dit qu’on les obligeait à ne porter que des sous-vêtements dans le but de les humilier. D’autres, notamment des garçons, ont décrit avoir été tripotés, poussés et violés.

Ce traitement inhumain fait suite à de multiples rapports depuis 2017 faisant état de passages à tabac, de torture et d’un manque d’hygiène et de nourriture.

Les garde-côtes libyens financés par l’Union européenne ont intercepté en mer et renvoyé en Libye quelque 15 000 personnes au cours des six premiers mois de cette année, a indiqué Amnesty, soit plus que pour toute l’année 2020. Bien que les données ne soient pas fiables, Amnesty a indiqué qu’environ 6 100 personnes avaient été transférées dans des camps à la fin du mois de juin.

Malgré une trêve entre les factions belligérantes de la Libye depuis octobre dans le cadre d’un plan de paix soutenu par l’ONU après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, les groupes armés détiennent toujours le pouvoir sur le terrain, certains contrôlant les camps de migrants.

Certains législateurs de l’UE ont exhorté la Commission européenne, l’exécutif européen, à cesser de financer les garde-côtes, affirmant que la Libye n’était pas un « pays sûr » pour les migrants.

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