Le drapeau algérien dérange toujours en France

Le racisme inflexible ?

par Abdelkrim Zerzouri

Le drapeau algérien dérange toujours en France où certains parlementaires ne se lassent pas de chercher à faire voter une loi pour que plus personne ne le lève au vent en signe de joie ou de soutien à ses couleurs.

Bien sûr, la récente proposition de loi d’une députée du parti Les Républicains (LR) vise à interdire les danses traditionnelles lors des fêtes de mariages dans les mairies et tout drapeau étranger, mais cet étranger est surtout algérien, marocain, tunisien ou turc, jamais européen ou américain. La députée a appelé le gouvernement à permettre à l’ensemble des maires s’ils l’estiment nécessaire d’interdire à tout participant à une cérémonie maritale d’afficher des signes d’appartenance nationale autres que celle de la République.

Après l’interdiction d’afficher les signes religieux, le hidjab notamment, qui semble heurter le politique plus que la conscience religieuse chrétienne, certains députés se tournent vers le drapeau étranger, algérien notamment, le plus visible en France, un drapeau qui suscite énormément d’émoi dans la population, qui insupporte les gens, selon les arguments de la même députée. Et quoi encore ? On ne veut plus voir ce drapeau étranger s’afficher dans les airs de la France. Si ce n’était pas une manifestation de racisme, on aurait admis la liberté de cette députée de voir les lois selon ses convenances. Le drapeau n’est pas un signe religieux, c’est la couleur d’un pays portée par un peuple. Etre indisposé à le voir, reflète un racisme pur et dur, qui avance à visage découvert.

Heureusement que cette proposition de loi n’a pas été du goût d’une partie de la classe politique et des membres du gouvernement. D’ailleurs, le débat a été largement amplifié sur les réseaux sociaux, avec les avis pour et contre. Le ministre français de la Justice est le premier à « s’inquiéter » d’entendre dire que ses compatriotes réagiraient mal en voyant des gens danser, au moment de leur mariage, sur des rythmes étrangers. Les partis de la gauche ont, pour leur part, estimé que cette proposition est scandaleuse, à la limite du racisme et du séparatisme. Enfin, la majorité des députés partage ces avis, car l’amendement en question a été rejeté par un vote à main levée. C’est bénéfique que cette loi ait été rejetée, prouvant que le peuple français n’est pas raciste dans sa majorité. Mais, peut-on mesurer sérieusement le degré de racisme dans un pays selon le taux d’un vote à l’Assemblée nationale ?

Evidemment, quand les lois racistes ne trouvent pas terrain favorable au sein des institutions législatives, cela milite pour un pays non raciste, mais la minorité raciste, quand elle existe, pèse lourdement sur cette qualification. En effet, un certain maire de Nice n’a pas attendu que cette loi soit approuvée par l’Assemblée nationale pour passer à l’acte et la mettre à exécution dès 2012. Les époux sont obligés, depuis près d’une décennie, donc, de signer une charte de « bonne conduite », signifiant pas de drapeau ni danses étrangères, s’ils veulent se marier dans une mairie niçoise. En 2014, lors de la Coupe du monde, le maire de cette ville a interdit aux supporters de brandir des drapeaux étrangers dans sa ville.

Loin du rejet de la proposition de loi en question par l’Assemblée nationale, le racisme circule à visage découvert pour les habitants de cette ville. La majorité est toujours et partout contre le racisme, mais elle n’a jamais réussi à l’apprivoiser.

Le Quotidien d’Oran, 06/07/2021

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