Algérie : Les youyous de l’indépendance

« En vrac » par Madjid Khelassi : Les youyous de l’indépendance

5 juillet 1962- 5 juillet 2021 : 59e anniversaire de l’indépendance pays…Tant que ça ! Dieu que cela est passé comme un éclair.

Sexagénaire…déjà, l’Algérie indépendante, s’étonnent les populaces . Si jeune et tellement défigurée , disent les déçus de l’istiqlal.

5 juillet 1962…La pellicule, aux images sépia, défile. Liesse et incrédulité , chants et danses , treillis et Haïks , calots et grades rigides…Sauf que la mitraillette est déjà le joujou préféré des libérateurs.

Et le chemin de halage pour la conquête du pouvoir est déjà tracé par certains.

5 , 6 , 7 , 8, juillet 1962…Les fêtards, d’une indépendance si longue à étrenner, sont épuisés. Les uns rentrent chez eux , d’autres dans un nouveau « chez eux ». Tout est vacant. Et la vacance durera toujours.

La trêve est de courte durée…car les postulants aux premières loges affrontent ceux qui déjà contestent leur légitimité. Ils appelleront ça : les nuages de l’été 62 que chantera un refrain intitulé : « Sebaa snine barakat »…allusion à la lutte fratricide qui fait rage.

Mais dans ce tableau traversé de taches cruelles , apparaît la course au koursi…et qui ne s’arrêtera jamais.

Ben Bella est porté au pouvoir dans l’euphorie de l’indépendance. La mitraillette prêtant toujours ses cartouches à ses préférés. Et Ben Bella en est un. Il pérore, agite les foules. Il passe, de la juva 4 à la DS 19, avec la bouffonnerie assumée du rôle. Il s’américanise, puis se cubanise en 24 heures. Et au retour au pays , il dissout la 1ère assemblée algérienne présidée par Ferhat Abbas.

Boumedienne est aux aguets. En juin 65 il dépose H’mimed selon l’expression de Zbiri.

Chadli succède à Boumedienne puis vinrent des années difficiles pour le pays, puis Zeroual , puis Boutef et ses 4 mandats, qui ne quittera son koursi que malade et sous l’estocade d’une rue nommée hirak.

Tebboune est élu président dans le sillage du Hirak. Une énième constitution voit le jour, suivie par des élections législatives au taux d’abstention effarant.

5 juillet 2021…Le président gracie quelques détenus d’opinions, élève quelques généraux au grade supérieur. Mais une chose manque : les youyous de l’indépendance. Disparus à jamais des gorges et des octaves déçues d’une indépendance confisquée… selon la formule inusable de Ferhat Abbas.

La Nation, 05/07/2021

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