Centrafrique : Un musicien franco-algérien rapproche des ethnies

Le son des trompes se mêle aux chants. Sur scène, Prosper Kota, un chanteur pygmée Aka, communauté vivant dans le sud-ouest de la Centrafrique, se jette au sol pour mimer un cérémonial mortuaire. Autour de lui, les musiciens du groupe Ongo Brotto, des Banda, une des ethnies majoritaires établie au centre du pays, soufflent dans leurs instruments à vent. Une cohabitation inédite, grâce à la musique, pour deux groupes éloignés géographiquement et dont un, les Aka, est issu d’une minorité ostracisée dans ce vaste pays pauvre d’Afrique centrale.

«Polyphonie, polyfolie» a fait ses derniers réglages lors de représentations à l’Alliance française de la capitale Bangui en juin, sous la houlette de Kamel Zekri, guitariste franco-algérien qui fait le lien entre les deux cultures. Le spectacle va ensuite s’exporter en France, où il est programmé dans une dizaine de villes tout l’été. Le public assiste, pour la première fois, à la rencontre de ces deux ethnies, les Aka quittant rarement les forêts épaisses du Sud-Ouest ou leurs lisières. «D’un côté, il y a les pygmées, des chasseurs-cueilleurs qui vivent dans la forêt, et de l’autre les Banda, qui viennent de la ville» explique un membre de l’équipe technique proche des musiciens.

Les Banda-Linda soufflent dans leurs trompes, des racines évidées par les termites, qui produisent un son grave, pendant que les pygmées enveloppent ces notes chaleureuses de leurs voix plutôt aiguës. Ficelés aux chevilles des Banda-Linda, des grelots constitués de feuilles et de graines s’agitent à la cadence de leurs pas. Quant aux pygmées, ils tambourinent sur leur tamtam et font glisser leurs phalanges sur une harpe-cithare.

L’objectif de la troupe : marier les cultures et les sons, l’instrumentale des Banda-Linda et la vocale des pygmées Aka. Kamel Zekri est à la guitare, pour que les deux musiques «n’en deviennent qu’une». Lors d’un festival organisé il y a plus de vingt ans, Zekri avait rencontré ces musiciens traditionnels. Il avait alors travaillé avec les deux troupes séparément, sans qu’elles jouent ensemble. Longtemps après cette collaboration, il apprend «qu’ils ne s’entendent pas».

Malgré cette méconnaissance mutuelle profonde, «je leur ai proposé qu’on s’accorde», confie le compositeur. «Ces deux ethnies centrafricaines qui n’étaient pas amies jouent ensemble aujourd’hui, c’est une belle image», ajoute-t-il «Nous sommes devenus une grande famille et nous mangeons désormais la même chose», s’amuse un musicien Banda. «Le fait que nous soyons des artistes nous rapproche», ajoute Jean-Pierre Mongoa, renchérit un chanteur pygmée. «Maintenant, nous aimerions faire des concerts au milieu de la population locale pour montrer nos liens d’amitiés», s’enthousiasme-t-il.

Horizons, 04/07/2021

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