Rome-Washington : Convergence de vues sur la Libye

« Rome Caput Mundi » : avec un président catholique à la Maison Blanche, la redécouverte d’une centralité romaine ne devrait pas être une surprise. La visite du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, rend hommage à la capitale italienne en tant que carrefour stratégique pour la géopolitique de la Méditerranée et les relations Est-Ouest.

Le chef de la diplomatie américaine concentre les réunions et les sommets en Italie : le G20 sous la présidence italienne et la visite au pape François ; le sommet intergouvernemental anti-Isis et l’arrêt à la FAO pour parler des urgences alimentaires dans l’hémisphère sud. La journée d’aujourd’hui sera surtout consacrée au sommet de la Coalition anti-État islamique : la tendance de nombreux partenaires est d’essayer de transférer les mécanismes qui ont fonctionné contre Daesh en Irak et en Syrie également dans la zone sahélienne. Luigi Di Maio affirme que la réunion de Rome servira à confirmer l’engagement « sur la lutte contre le terrorisme, qui est fondamentale pour arrêter les attentats et l’immigration irrégulière ». Non seulement au Moyen-Orient, où Isis a été contenu pour l’instant, mais aussi en Afrique, où la région du Sahel est désormais traversée par des groupes djihadistes imitant Isis.

Le tourbillon de l’activité diplomatique de l’envoyé américain n’éclipse pas le volet bilatéral américano-italien. Au contraire, de très fortes attentes sont concentrées sur ce point. Blinken vient chercher des garanties et des assurances : pour l’administration Biden, il est essentiel que l’unité transatlantique proclamée lors de la tournée européenne du président (G7, OTAN, US-EU) soit confirmée dans les faits.

Après avoir rencontré M. Di Maio à la Villa Taverna, M. Blinken a fait l’éloge de la collaboration avec le gouvernement italien : « Vous voyez le travail que fait l’Italie, avec notre soutien, son leadership rassemble la coalition contre Isis, dirige le G20, travaille sur la Syrie et d’autres questions : c’est la démonstration pratique d’une coopération qui fonctionne et produit des résultats ».

Lors de sa tournée en Europe, le président Biden avait tenté d’unir le front atlantique sur une stratégie commune face à la Chine et à la Russie. Avec le départ de Biden, cependant, les Européens ont commencé à envoyer des signaux dissonants qui inquiètent Washington. Il y a eu la discorde interne de l’Union sur le sommet avec la Russie voulu par les Allemands. Un autre signal problématique est venu d’Allemagne, la prise de position du successeur d’Angela Merkel à la tête de la Cdu, Armin Laschet, contre la  » nouvelle guerre froide  » : au-delà des formules, il semblait un retour de l’Allemagne à des positions de  » troisième force « , dans une logique de puissance mercantile qui ne veut pas perdre les avantages de son accès au marché chinois.

Enfin, l’appel téléphonique du ministre chinois des Affaires étrangères à Luigi Di Maio a été perçu comme le début d’une offensive diplomatique de Pékin pour « annuler » les effets de la visite de Biden, à commencer par le seul pays du G7 qui a signé un « protocole d’accord » sur l’initiative « Belt and Road ».

Pour cette raison, la visite de Blinken à Rome a été précédée d’une « diplomatie de la séduction » qui met en évidence l’importance, non seulement historique, mais très actuelle, des liens entre l’Italie et les États-Unis. « Nous sommes le plus grand marché de débouchés pour les exportations du Made in Italy en dehors de l’Union européenne », a souligné le département d’État, « avec un échange de biens et de services qui a atteint 80 milliards de dollars l’année dernière ». Le flux des investissements est tout aussi important. Les dernières données disponibles citées par le département d’État, qui datent de 2018, sont les suivantes : « Les investissements directs des entreprises américaines en Italie ont atteint 35 milliards de dollars. Il y a 250 000 emplois italiens qui dépendent de ces investissements. »

Une longue liste de dossiers d’intérêt commun est dressée par les collaborateurs de Blinken, en vue des rencontres que le secrétaire d’État aura avec Mattarella, Draghi, Di Maio : « Toute la situation sur le flanc sud de l’OTAN ; les missions conjointes qui unissent nos forces en Irak, au Kosovo, au Liban, en Afghanistan ; la Libye ».

Le G20 est également le lieu où M. Blinken, comme M. Biden, est convaincu que le leadership de M. Draghi fera progresser deux défis prioritaires pour la Maison Blanche : l’impôt minimum mondial sur les multinationales (déjà approuvé comme principe au G7) et la lutte contre la crise climatique. Dans les autres réunions, romaines par leur lieu mais non italiennes par leur gestion, le dialogue avec le pape François sera d’un intérêt aigu pour l’opinion publique américaine : une tentative est en cours de la part de la droite catholique, hégémonique au sein de la Conférence épiscopale américaine, pour obtenir l’excommunication de Biden pour ses positions sur l’avortement, manœuvre dont le pontife s’est distancé.

MSN Notizie, 28 juin 2021

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