Le drame des familles socialistes, la fin du PS

Le PS sera-t-il encore candidat à l’élection présidentielle de 2022 ?

La défaite du candidat socialiste, Lionel Jospin, à l’élection présidentielle française de 2002 n’était pas tant celle contre Jacques Chirac, mais celle contre Jean-Marie Le Pen. Parce qu’il a terminé troisième au premier tour, il était hors course au second. Lui, le premier ministre, après Le Pen… Jospin, humilié, quitte définitivement la politique. Le PS ne sait pas clairement qui lui succédera. La perte des votes des ouvriers Les socialistes sont pris dans un drame familial. François…

La défaite du candidat socialiste, Lionel Jospin, à l’élection présidentielle française de 2002 n’était pas tant celle contre Jacques Chirac, mais celle contre Jean-Marie Le Pen. Parce qu’il a terminé troisième au premier tour, il était hors course au second. Lui, le premier ministre, après Le Pen… Jospin, humilié, quitte définitivement la politique. Le PS ne sait pas clairement qui lui succédera.

La perte des votes des travailleurs

Les socialistes sont pris dans un drame familial. François Hollande est le compagnon de Ségolène Royal depuis 1978. Ils ne sont pas mariés, mais ils ont quatre enfants ensemble. En 2005 déjà, le conseil d’administration du PS avait proposé son secrétaire général, M. Hollande, comme candidat à la présidence pour 2007.

Mais l’ambitieuse Ségolène s’est avérée plus populaire auprès des membres du parti. Hollande, furieux, a démissionné de son poste de chef de parti. Il soutient ouvertement Martine Aubry, l’adversaire de son partenaire. Néanmoins, Ségolène Royal devient la candidate socialiste à la présidence.

Royal est bien consciente que le PS est en train de perdre les votes des travailleurs. Elle tente d’y remédier en recrutant des migrants et en plaidant pour le « métissage », la bâtardise. Je veux que le métissage dans la France d’aujourd’hui ne ferme pas les portes, mais les ouvre. Les choses auront changé lorsque nous ne verrons même plus les différences, lorsque nous ne parlerons même plus de la diversité des origines ».

Pendant la campagne, elle parle de « La France métissée qui nous fera tous avancer », la France corrompue qui nous fera tous avancer. Et elle promet d’être « la Présidente de la France métissée ». Sa grande erreur est de supposer que le migrant musulman moyen rêve d’un avenir métis… Ségolène Royal perd l’élection présidentielle, le gaulliste Nicolas Sarkozy la bat sans problème.

J’ai demandé à François Hollande de quitter notre maison ».

Avant les élections, Ségolène Royal a mis en avant sa famille et sa relation stable avec François Hollande. Elle a même parlé d’un éventuel mariage. Mais le soir de sa défaite dans la course présidentielle, elle a annoncé son « divorce » d’avec Hollande. Etonnamment culotté même : « J’ai demandé à François Hollande de quitter notre maison, pour vivre de son côté son aventure sentimentale, qui s’affiche désormais dans les livres et les magazines… ».

Hollande et Royal viennent tous deux d’un environnement atypique pour les socialistes. Elle est issue d’une famille de huit personnes, dans une famille de généraux et autres officiers supérieurs. Il est issu d’une famille de médecins catholiques, fils cadet d’un oto-rhino-laryngologiste ayant une clinique privée. Le père Hollande a été candidat sur une liste d’extrême droite aux élections municipales de Rouen en 1959 et 1965 et était connu comme un partisan de l’OAS.

François et Ségolène se rencontrent à la prestigieuse École nationale d’administration (ENA), l’école d’élite qui donne officiellement accès aux plus hauts postes de l’administration française. Et dans la pratique, également aux plus hauts postes de la politique. M. Hollande avait déjà accumulé un certain nombre de diplômes universitaires (droit, sciences politiques, sciences commerciales). Elle fait au moins aussi bien (économie et deux masters en sciences politiques).

Les fossoyeurs du PS

Le couple est un modèle de l’aversion du PS pour le mouvement ouvrier. En tant que progressistes de gauche, ils seront les fossoyeurs du PS. Et d’excellents éclaireurs de Macron. François Hollande a été un théoricien précoce du « réformisme de gauche » à la mode, sur le modèle de Tony Blair. Une autre idole de Hollande est l’homme politique socialiste Jules Ferry (1832-1893), un colonialiste convaincu. En tant que ministre de l’éducation, il a supprimé toute forme d’enseignement dans les langues minoritaires. Son objectif jacobin : l’éradication des identités régionales. Le jour où il est devenu président, M. Hollande a rendu publiquement hommage à Jules Ferry devant son monument à Paris, au Jardin des Tuileries.

En tant qu’ancien membre du programme « Young Leaders » de la French-American Foundation, M. Hollande a toujours été fortement pro-américain. Il est sans précédent qu’en 2006, il se soit rendu à l’ambassade américaine, dans le dos du président Chirac, pour dénoncer l’opposition de ce dernier à l’invasion américaine de l’Irak.

DSK et le Parti de Gauche

Entre-temps, le PS doit faire face à une nouvelle scission. L’ancien ministre socialiste Jean-Luc Mélenchon a quitté le PS fin 2008 et a fondé le Parti de Gauche. M. Hollande se prépare pour les élections présidentielles de 2012.

Dans les sondages, il a été dépassé avec brio par Dominique Strauss-Kahn, patron du Fonds monétaire international (FMI). Mais ensuite, l' »affaire DSK » a explosé. Le banquier est arrêté en mai 2011 à New York pour agression sexuelle. Hollande est devenu le candidat socialiste à la présidence après tout. Il a battu de justesse le président sortant Nicolas Sarkozy avec 51,64 %.

Fait remarquable, le nouveau venu Mélenchon a atteint 11% au premier tour. La nouvelle présidente du Front national, Marine Le Pen, obtient un score encore meilleur, près de 18%. Le PS a maintenant deux concurrents sérieux qui pêchent dans ses eaux. Elle ne leur complique pas non plus la tâche : à partir de 2014, elle prendra un « tournant social libéral ». La nomination d’un certain Emmanuel Macron, cogérant de la Banque Rothschild, au poste de ministre de l’économie en est le symbole.

Dans sa campagne, Hollande avait parlé à plusieurs reprises de « mon véritable adversaire… le monde financier ». Aujourd’hui, l’un de ses ministres (Michel Sapin) parle de « nos amis de la haute finance ». La politique fiscale du nouveau gouvernement est claire : viser les classes moyennes. Les taux de TVA passeront de 7 à 10% et de 19,6 à 20%, contre toutes les promesses électorales. En 2013, 840 000 familles qui étaient auparavant exemptées d’impôts recevront pour la première fois un avis d’imposition.

La chute de Hollande

La liste des échecs de Hollande n’est surpassée en longueur que par celle de ses promesses électorales non tenues. Les électeurs socialistes découvrent qu’ils ont un président libéral. Et même pas ça. Ses politiques sont complètement incohérentes. Hollande est en train de dégringoler dans tous les sondages.

Il a été élu en 2012 avec 51,64 %. En 2014, sa popularité semble être tombée entre 13 et 19%, selon l’institut de sondage. L’Express (6 mai 2013) y voit cinq raisons : l’absence de politique claire, le manque d’autorité, l’absence de ligne idéologique claire, l’opposition d’une partie de la population au mariage gay, et surtout : le non-respect des promesses socio-économiques.

La situation continue de se détériorer : si Hollande devait se représenter à la présidence en 2017, il pourrait compter sur 7 % à 14 % des voix. Mélenchon, du Parti de Gauche, est souvent mieux placé que Hollande dans les sondages. Et puis le dénouement, sans précédent en France : le président sortant n’ose pas aller aux prochaines élections et renonce à un second mandat.

La dégringolade du PS à l’élection présidentielle de 2017 est complète : même avec le soutien des Verts, le candidat socialiste Hamon ne récolte qu’un maigre 6,36%. La cinquième place. Macron devient président. Aux élections législatives, le PS s’impose comme La Gauche parlementaire. Il perd 269 sièges et il n’en reste que 45. Hamon a également perdu son siège. Cela le conduit à l’idée originale de se séparer du PS. Aux élections européennes de 2019, il obtient 3,3%, après quoi il quitte la politique.

Les chiffres

En 1946, le PS (alors SFIO) comptait 350 000 membres cotisants. En 2016, elle affirme en compter encore 120 000, mais le critère  » adhésion  » a été opportunément modifié. Est considéré comme membre, celui qui a payé sa cotisation au moins une fois au cours des cinq dernières années…

Si nous nous en tenons à la norme du passé, le nombre de membres du PS est tombé à 42 300. Depuis lors, le PS a refusé de communiquer sur sa composition. Selon les initiés, il y en a entre 12 et 15 000.

La mutation idéologique

Pourquoi le PS est-il devenu si sensible aux idées libérales au fil des ans ? Il y a trois raisons à cela.

La première est un déplacement général et mondial de l’attention du social vers l’économique. Ce phénomène est une conséquence de l’augmentation de la prospérité, et se produit depuis 1960. Ce n’est plus « chacun son truc », ni « tout le monde pareil », mais « je veux la plus grande part possible de la nouvelle prospérité, si nécessaire à vos frais, désolé ». Après tout, il y a « assez pour tout le monde », telle est la justification morale. C’est ce que Peter Koelewijn a chanté en 1976.

Cette mutation du socialisme au libéralisme est préparée idéologiquement en France par le Club Jean Moulin (1958-1970). En 2008, un autre club, Terra Nova, a repris le flambeau. Il n’est plus question de socialisme. Elle se nomme elle-même « La fondation progressiste ». Sur le plan politique, Tony Blair, Premier ministre britannique de 1997 à 2007, en est l’incarnation la plus éloquente. Ses résultats électoraux font saliver les politiciens socialistes du monde entier.

Échec du système communiste

Deuxième cause : à partir de Leonid Brejnev, qui a dirigé l’Union soviétique de 1964 à 1982, la faillite du système communiste devient évidente. En 1989, l’effondrement complet a suivi. Quel socialiste ose encore défendre l’économie des États rouges ? Le capitalisme de marché libéral semble expérimentalement supérieur. Pour de nombreux socialistes, il n’y a « pas d’alternative ».

Troisièmement, depuis les années 1960, nous avons assisté simultanément à une diminution de la classe ouvrière et (paradoxalement) à un afflux de « travailleurs invités ». Les partis socialistes voient leur électorat traditionnel se réduire. Ils recherchent « un prolétariat de rechange », un prolétariat de remplacement.

Pour reprendre les mots cyniques de l’auteur communiste allemand Bertolt Brecht : « Le peuple a perdu la confiance du gouvernement. Ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et de choisir un autre peuple? ». Les socialistes misent donc sur les migrants, plus on est de fous, plus on rit. En France, le Parti de Gauche a changé son nom en La France insoumise et est devenu de facto le premier parti des migrants. En concurrence avec les Verts, bien sûr.

En 2022, il y aura une autre élection présidentielle en France. Il n’est même pas certain que le PS présentera un candidat.

Doorbraak.be, 27 juin 2021

Etiquettes : France, partis politiques, PS, François Hollande, Ségolène Royale, familla socialiste, gauche, élections, Martine Aubry, élections régionales,