Algérie : Des chiffres et des scénarii

Au lendemain des législatives : Des chiffres et des scénarii

Phase cruciale, s’il en est, dans l’agenda politique du président Tebboune, les législatives sont déjà une affaire pliée, après avoir cristallisé pendant des mois l’intérêt des observateurs politiques. Par « pliée », il faut surtout entendre le taux de participation qui a été révélé samedi, lors du dernier point de presse tenu par le président de l’ANIE qui a un peu surpris tout son monde en avançant le taux de 30,20% de participation à la fermeture des bureaux de vote à 20 heures, alors qu’il n’était que de 14,47% à 16 heures.

En quatre heures seulement, ce taux a bondi de 14,47 à 30,20%, soit plus du double ; un rebond qui pose à tout le moins une question, sachant que la tendance du vote va en s’effilochant, au fil des heures. Une règle qui ne semble pas être de mise en Algérie, où le plus gros des votants se serait rendu aux urnes, entre 16 heures et 18 heures, selon les propos de Mohamed Charfi, dans sa tentative d’expliquer ce sursaut électoral spectaculaire qui permet de sauver les apparences, même si le doute reste permis. On en a pris d’ailleurs toute la mesure de ce doute sur les réseaux sociaux avec des internautes qui ont fait assaut d’humour et de savoureuses formules pour moquer cette « performance » électorale.

Il appartient désormais au président Tebboune, pour qui d’ailleurs compte moins la participation au vote que la légitimité des futurs élus de conjuguer son slogan fétiche à des actions concrètes susceptibles d’impacter positivement la vie des citoyens qui refusent désormais de se payer de mots, fussent-ils magiques. Et pour cela, il faut d’abord attendre l’autre verdict, c’est-à-dire les résultats pour connaitre l’identité physique et politique des 407 nouveaux députés qui donneront à la Chambre basse son nouveau visage, sa nouvelle configuration en termes de rapport de force politique.

Le problème c’est que l’attente risque d’être longue, en tous cas plus longue que d’habitude, car le nouveau système de comptage des voix est, certes plus démocratique, mais plus complexe et pourrait ouvrir la voie à des contestations à grandes échelles. Mais en attendant, la future majorité et de l’exécutif qui en sera issu est au cœur des interrogations qui agitent à l’envie le landerneau politique sur fond de scénarii avec force configuration et force castings.

Le président Tebboune, juste après avoir glissé son bulletin dans l’urne n’a pas éludé la question du futur gouvernement en se limitant juste à évoquer les deux cas de figure prévue par la Constitution, à savoir une majorité favorable à l’opposition ou une majorité présidentielle. Mais au vu de la flopée de candidats, tant partisans qu’en listes indépendantes, qui ont eu à s’exprimer sur les médias tablent sur une assemblée mosaïque sans majorité qui donnerait au président Tebboune l’occasion de mettre en place une majorité « de bric et de broc » pour traduire en textes ses 54 engagements de campagne. Avec quel Gouvernement ? Avec quel Premier ministre ? Parole au président Tebboune.

H. Khellifi

L’Est Républicain, 14 juin 2021

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