Algérie : Le visa ou la harga

par Abdelkrim Zerzouri

L’effort en valait-il la chandelle ? Solliciter un visa Schengen en 2020, une année marquée par le confinement quasi planétaire dans le cadre des mesures de protection contre la propagation de la pandémie, qui aurait songé à le faire s’il n’a pas «motif impérieux », condition sine qua non pour l’entrée des étrangers dans les pays européens durant cette période de crise sanitaire ? Certes, on a enregistré une baisse importante des demandeurs algériens de visa Schengen, 80% de moins qu’en 2019, mais les consulats européens en Algérie ont enregistré quand même, en 2020, 136.079 demandes de visa Schengen, dont 87.138 ont obtenu une réponse positive, soit un taux de rejet des demandes de visa Schengen qui s’est établi à 38% en 2020. Lequel taux de rejet des demandes de visa est le plus faible comparé aux deux dernières années, qui s’est établi à 43% en 2019 et 45,5% en 2018.

Mais, ce taux de rejet enregistré en 2020 est plus élevé qu’en 2017 et surtout en 2016 lorsqu’il s’établissait respectivement à 35,9% et 27,7%. Les causes des rejets ? Souvent non motivé, basé sur des soupçons de départ sans retour ou prolongation illégale du délai de séjour autorisé, le rejet de la demande de visa n’est-il pas à l’origine de l’explosion d’autres chiffres, ceux liés à l’émigration clandestine, la harga, comme la qualifient les Algériens ? Le lien existe bien si l’on tient compte de la hausse des chiffres des harraga qui ont traversé la Méditerranée dans la même période. Pourquoi se fatiguer à suivre la voie légale quand on est assuré du refus au bout de la demande de visa, et quand rejoindre les rives sud de l’Europe devient du domaine du possible, juste le temps d’une traversée par mer, de plus en plus court grâce à des embarcations rapides et plus sûres, et ce malgré tous les risques de l’aventure ?

Il y a, donc, les chiffres de demandeurs de visa et les autres chiffres cachés de l’émigration clandestine, plus importants, et qui devraient amener, ici et ailleurs, à se poser moult interrogations. A-t-on vraiment réussi à empêcher les gens, les jeunes notamment, de se rendre en Europe en leur refusant le visa ? Si non, pourquoi alors ne pas accorder le visa au grand nombre de demandeurs pour réduire une immigration clandestine incontrôlable, afin de se charger d’un flux de voyageurs étrangers détenteurs de visa, qu’on pourrait identifier, contrôler et suivre facilement, y compris dans le cas de prolongation illégale de la période de séjours autorisée ?

Certainement que si les visas étaient plus faciles à obtenir, les gens seraient plus disposés à rentrer chez eux à la fin de leur séjour avec l’espoir de tenter leur chance une autre fois. L’émigration clandestine serait réduite considérablement et deviendrait dès lors plus contrôlable, plus maîtrisable. Durant cette année 2020, de nombreux détenteurs de visa C, court séjour, n’ont pas été autorisés à pénétrer dans l’espace Schengen, à cause de la fermeture des frontières, mais juste à côté, des centaines de harraga, qui n’ont rien demandé à leurs hôtes, ont accompli le voyage et se baladent dans les villes européennes ! Quelque part, c’est insensé, et cela pousse à se demander si le rejet du visa n’est pas fait pour booster l’émigration clandestine.

Le Quotidien d’Oran, 13 juin 2021

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