Le Maroc menace l’UE pour empêcher tout débat sur les mineurs

Plusieurs députés européens ont reçu une lettre du Parlement marocain les avertissant de la possibilité de « suspendre la collaboration » entre le pays voisin et l’Union européenne si le débat sur l’entrée de 2 000 mineurs dans notre ville en mai dernier est abordé. Une tactique « habituelle » des pays tiers, selon de sources au Parlement européen.

Jeudi prochain, le Parlement européen se penchera sur la situation des mineurs marocains entrés irrégulièrement dans notre ville lors des entrées massives des 17 et 18 mai. Mais elle le fera également dans une perspective critique. Une proposition condamnant « l’utilisation de mineurs pour exercer une pression politique sur l’Espagne » sera débattue.

Cela n’a pas vraiment plu à Rabat. Selon Ignacio Cembrero dans « El Confidencial », « Chaoui Belas, président de la commission parlementaire mixte Maroc-UE, a envoyé lundi une lettre à des centaines de députés européens, les mettant en garde au nom des autorités de son pays : « Les tentatives de l’Espagne d’impliquer le Parlement européen dans un conflit bilatéral, en profitant de la question migratoire, risquent de compromettre non seulement notre longue tradition de coopération, mais aussi nos engagements communs et la coopération mutuellement bénéfique du Maroc avec les pays européens et avec le Parlement » ».

Cembrero souligne également un fait : il s’agira de la première résolution critiquant la politique marocaine en matière de droits de l’homme à être votée par le Parlement européen depuis plus d’un quart de siècle. La proposition de résolution est signée par Jordi Cañas, membre de Ciudadanos, et est promue par le groupe Renovar Europa. Outre la formation « orange », on y trouve également le PNV, le parti « La République en marche », du président français Enmanuel Macron.

Des sources du Parlement européen consultées par Ceuta Television affirment que le débat ne sera pas modifié. « Il est habituel, lorsque nous discutons d’une question relative aux pays tiers, qu’ils envoient des lettres aux députés européens afin d’éviter le débat ou du moins de le moduler », expliquent-ils. Par exemple, « chaque fois qu’un sujet a été débattu en relation avec la dictature cubaine, ou une lettre envoyée par Evo Morales lui-même, lorsqu’il était président de la Bolivie, sur une question touchant ce pays ».

Le débat « va avoir lieu » et il proposera « de demander à la Commission européenne de fournir une aide d’urgence pour faire face à la situation à Ceuta ». Le titre du débat ne laisse aucune place à l’interprétation : « La violation de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant par les autorités marocaines dans la crise migratoire de Ceuta ».

Ceuta TV, 08 juin 2021

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