Algérie : Donner une crédibilité au systéme politique né du Hirak

Elections législatives : Donner une crédibilité au systéme politique né dans le sillage de la « révolution de février 2019 »

Par B. Chellali

Dans un entretien à Sputnik, Ahmed Rouadjia, professeur algérien d’histoire et de sociologie politique, affirme que les 20 années de pouvoir de l’ex-Président Abdelaziz Bouteflika ont été marquées d’une déliquescence et d’une corruption généralisée qui ont « failli provoquer l’effondrement total de l’Etat-nation algérien », de l’aveu même de l’actuel chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune. Il estime ainsi que le Hirak du 22 février 2019, qui a fait barrage de manière pacifique au 5ème mandat de Bouteflika, est considéré par la majorité des Algériens comme l’événement le plus important de l’histoire moderne du pays, après la guerre de libération nationale (1954-1962) qui a mis fin à 132 ans de présence coloniale de la France.

Le Hirak, par son élan politique, philosophique, sociétal, et sa profondeur historique, a suscité un énorme espoir dans le pays et une admiration dans le monde entier. En décembre 2010, suite à son élection, Abdelmadjid Tebboune a promis de bâtir « une nouvelle Algérie ». Une année après, il a fait adopter par référendum une nouvelle Constitution, il a dissous l’Assemble nationale et convoqué en mars le corps électoral pour des élections législatives anticipées le 12 juin.

Dans cet entretien, le Pr. Ahmed Rouadjia à l’université de Msila souligne que « les partisans de l’ancien système corrompu, érigé par le Président déchu Bouteflika, sont encore très actifs, mais de manière clandestine, et certains leaders du Hirak qui se croient, à tort, ou qui affectent d’être indépendants de tous les coteries et lobbies existants, sont en vérité de simples valets et complices de certaines chefs de la mafia politico-financière placés en détention dans les divers prisons du pays ».

Dans le même sens, il estime que « la répression, qui s’est abattue ces derniers temps sur certains de ces leaders prétendument représentatifs du Hirak, s’explique par la crainte qu’inspirent au gouvernement les affinités idéologiques et les accointances reliant « ces chefs autoproclamés » du Hirak avec les barrons de « l’ancien régime » en détention et dont les procès n’en finissent pas de rebondir ». Pour le professeur d’histoire et de sociologie politique, « les élections du 12 juin ont été conçues justement pour comprimer toute velléité d’insurrection ou de rébellion contre l’ordre établi de la part d’un Hirak aux objectifs fort ambiguës. Ces élections visent également par la nouvelle loi électorale à donner une crédibilité au systéme politique né dans le sillage de la « révolution de février 2019 ».

Le Maghreb, 08 juin 2021

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