La crise diplomatique avec le Maroc arrive au Parlement européen

Le Parlement européen débattra et votera la semaine prochaine une résolution sur la possible violation des droits de l’enfant et l’utilisation présumée de mineurs par les autorités marocaines lors de la soi-disant crise migratoire à Ceuta. En pleine polémique sur l’expulsion chaude et systématique de mineurs pendant la crise, l’Europe choisit de soutenir l’État espagnol.

Jeudi, les députés européens débattront des récents événements de Ceuta, où des milliers de jeunes Marocains ont réussi à franchir la frontière avec les deux villes autonomes.

Plus précisément, les députés se prononceront sur la question de savoir si l’utilisation et l’encouragement présumés de centaines d’enfants à traverser la frontière par les autorités marocaines constituent une violation de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant. A l’issue du débat, la plénière votera une résolution résumant ses conclusions.

Intérêt européen

Depuis le début de la crise migratoire à la mi-mars, la Commission européenne a réitéré à plusieurs reprises son soutien à l’Espagne après que Rabat ait lié cette crise migratoire à la position espagnole sur le Sahara occidental. Plus précisément, l’UE compte sur les frontières de l’Espagne avec le continent africain pour empêcher les mouvements de migrants vers l’Europe continentale, un « service » pour lequel l’État facture des dizaines de millions d’euros par an, et qui est également partagé avec le Maroc pour assurer la surveillance des frontières.

« La frontière de Ceuta est une frontière européenne et l’UE est solidaire de l’Espagne », c’est la phrase qui a été répétée à maintes reprises par différents responsables communautaires, qui ont laissé la gestion de cette crise avec Rabat entre les mains de la Moncloa. Bruxelles a également répété que l’UE a une « position très ferme sur le Sahara Occidental » et qu’elle « reste inchangée ».

En outre, l’Union a demandé la reprise immédiate des négociations avec les Nations unies pour « trouver une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier la résolution 2548 adoptée le 30 octobre 2020 ».

Enquête sur l’exécutif espagnol

Parallèlement, le ministère public a décidé d’ouvrir une enquête sur les expulsions express de mineurs pendant la crise migratoire, puisque la législation établit l’interdiction des retours à chaud pour les personnes de moins de 18 ans qui entrent irrégulièrement sur le territoire espagnol. Contrairement aux adultes, dont les expulsions ont été entérinées par le TC et la Cour européenne des droits de l’homme, les mineurs bénéficient d’une protection spéciale en vertu du droit espagnol et international. Cette expulsion ne peut être exécutée qu’avec un contact préalable avec les parents de l’enfant, si la volonté du jeune de retourner chez lui est confirmée et s’il est démontré que cela garantit la protection de l’intérêt supérieur du mineur.

Accusations interchangées

Dans de récentes déclarations, le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a assuré qu’il est  » absolument inacceptable  » que le Maroc ait pu attaquer les frontières  » de Ceuta avec l’assaut de milliers de personnes comme moyen de protester contre un problème de politique étrangère. De la même manière, la ministre de la Défense, Margarita Robles, a également utilisé un langage similaire et a directement accusé le pays africain d’envoyer des mineurs aux frontières.

De leur côté, les Marocains dénoncent le traitement réservé par l’État aux milliers d’enfants non accompagnés qui arrivent à la frontière avec l’Espagne.

Le gouvernement de la ville autonome de Ceuta estime qu’il y a encore quelque 3 000 personnes  » errant  » dans les rues, dont de nombreux mineurs, sur les plus de 10 000 personnes qui sont entrées dans la ville par la frontière avec le Maroc pendant les journées des 17 et 18 mai. Les autorités affirment qu’à l’heure actuelle, elles ont recensé environ 1 160 mineurs et qu’elles travaillent à la mise en place de nouveaux entrepôts dans la zone industrielle de Tarajal pour héberger les immigrés qui restent encore dans la rue afin qu’ils bénéficient d’une « prise en charge digne ».

El Nacional.cat, 5 juin 2021

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