De l’espionnage entre amis ? Malheureusement, c’est la norme

Le Danemark aurait aidé l’Agence nationale de sécurité américaine à espionner des hommes politiques allemands. Quiconque s’en étonne est naïf, écrit Marcel Fürstenau.

Le Danemark vient de s’ajouter à la liste officieuse des États qui auraient traité des pays supposés amis comme s’ils étaient des ennemis. De 2012 à 2014, le voisin septentrional de l’Allemagne aurait aidé la National Security Agency (NSA) à espionner les communications électroniques de personnalités politiques allemandes de premier plan : La chancelière Angela Merkel, Frank-Walter Steinmeier – alors ministre des Affaires étrangères, aujourd’hui président allemand – et Peer Steinbrück, candidat à la chancellerie des sociaux-démocrates lors des élections de 2013.

Grâce à Edward Snowden, il est de notoriété publique depuis un certain temps que la NSA avait ciblé Merkel et Steinmeier. Ses révélations de 2013 ont provoqué une onde de choc dans le monde entier. Il a toujours été évident que les agences de services secrets, même celles des États démocratiques, ne sont pas de simples associations inoffensives. Mais le degré d’impitoyabilité et l’absence de scrupules ont étonné même des poids lourds de la politique comme Angela Merkel, victime de la surveillance de la NSA. Son commentaire de l’époque – « L’espionnage entre amis est inacceptable » – est devenu un bon mot familier. Car, en réalité, tout est permis. L’espionnage ne connaît aucune limite, ni morale ni géographique.

Les services secrets doivent être soumis à un contrôle plus strict

Nous pouvons et devons continuer à nous indigner de la façon dont la NSA, le service fédéral de renseignement allemand (BND) et d’autres organisations de leur acabit écrivent leurs propres règles. Toutefois, depuis les révélations de Snowden au plus tard, cette réaction – bien que trop compréhensible – semble carrément naïve. Il serait bien plus important que les dirigeants politiques d’Allemagne, du Danemark et de tous les autres pays qui pratiquent la séparation des pouvoirs exercent enfin un meilleur contrôle sur leurs services de renseignement. Malheureusement, cela semble aussi improbable que jamais.

En Allemagne, une commission d’enquête parlementaire a passé des années à se pencher sur le scandale de la NSA/BND, mais le résultat a été scandaleux et honteux. La réforme a conduit à la légalisation de la pratique illégale des écoutes téléphoniques, qui n’était devenue connue de tous que grâce aux informations de Snowden. Heureusement, la Cour constitutionnelle fédérale d’Allemagne a prouvé qu’on pouvait compter sur elle : Elle a annulé ce réétiquetage éhonté et faux en 2020.

Un scandale : Snowden en exil en Russie

Quiconque veut comprendre comment les États-Unis, l’Allemagne et l’Europe démocratique fonctionnent en matière de services de renseignement n’a qu’à se pencher sur le sort de Snowdon. Depuis qu’il a fait des révélations sans précédent, il vit en exil en Russie. Le fait que Vladimir Poutine, l’homme fort du Kremlin et ancien officier des services secrets soviétiques (KGB), doive tenir sa main protectrice sur Snowden est et reste une mise en accusation de l’Occident.

Et malheureusement, rien n’indique que cela pourrait changer. Car les adversaires de l’Américain de 37 ans, des deux côtés de l’Atlantique, sont d’accord : A leurs yeux, il est un traître. C’était l’avis de l’ancien président américain Barack Obama, qui était en fonction lorsque Snowden a fait ses révélations ; et l’actuel président, Joe Biden, partage le même avis.

Un changement de culture est nécessaire

Il n’a pas été signalé que Merkel, Steinmeier ou d’autres victimes allemandes de la NSA aient insulté le lanceur d’alerte de la même manière, mais l’ancien président controversé du service de renseignement intérieur allemand, Hans-Georg Maassen, l’a fait. Ce sont des gens comme lui, et leur idéal de voir les services de renseignement rester largement incontrôlés, qui font obstacle à un changement radical de culture dans ce domaine. Cela restera le cas tant qu’ils bénéficieront d’un soutien suffisant de la part des législateurs et des gouvernements – et il faudra que cela change avant que Snowden puisse espérer quitter son exil douteux en Russie.

DW, 01 juin 2021

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